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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400336

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400336

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantKONATE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 19 janvier 2024, le président du tribunal administratif de Paris transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par M. D B en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. B, représenté par Me Assa Konaté, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 du préfet de police de Paris l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de destination de sa reconduite ;

2) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 du préfet de police de Paris lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Assa Konaté, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 11 avril 1994, a été interpellé par les services de police de Paris le 22 novembre 2023. Par l'arrêté attaqué du 22 novembre 2023, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de l'Algérie. Par un autre arrêté du même jour, il lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. E, attaché d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de Mme C, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

6. Si l'obligation de motiver les mesures portant obligation de quitter le territoire à un étranger, qui résulte des dispositions citées au point 5, implique que ces décisions comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui fondent la mise en œuvre de la procédure d'éloignement, l'autorité administrative n'est pas tenue de préciser en quoi la situation particulière de l'intéressé ne fait pas obstacle à la mise en œuvre de cette procédure. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 22 novembre 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment le 1° de son article

L. 611-1, et l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et mentionne que l'intéressé, dépourvu de tout document, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale car l'intéressé se déclare marié sans en apporter la preuve. Ainsi, l'arrêté comporte, même sommairement, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et permet de s'assurer qu'il s'est livré à un examen de sa situation particulière au regard des dispositions applicables pour prendre l'obligation de quitter le territoire. Par suite, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient qu'il est entré en France en 2019, qu'il a rencontré sa conjointe, Mme A, de nationalité française avec laquelle il s'est marié le 20 mai 2023 à Saint-Jean-de-Braye (Loiret), qu'ils vivent ensemble et que son épouse est enceinte de quatre mois. Toutefois, il est entré assez récemment en France et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré une obligation de quitter le territoire prise le

15 décembre 2021 par le préfet de police de Paris validée par un jugement n° 2200044 du 2 mars 2022 du président du tribunal administratif d'Orléans devenu définitif. Par ailleurs, il n'a pas cherché à régulariser sa situation administrative à la suite de son mariage. En outre, l'enfant dont Mme A est enceinte n'est pas né. Ainsi, compte tenu notamment de l'entrée assez récente sur le territoire français du requérant, du caractère récent de son mariage à la date de l'arrêté attaqué, en l'absence de toute indication d'une vie commune antérieure et eu égard aux effets d'une obligation de quitter le territoire, l'obligation de quitter le territoire du préfet de police du 22 novembre 2023 ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette mesure ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

9. Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Si le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il est le futur parent d'un enfant français, il est constant que l'enfant dont est enceinte son épouse n'était pas né à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. Le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation en faisant valoir qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, que l'interdiction pour une durée de douze mois le priverait de toute possibilité de voir son enfant dont la naissance est prévue au mois de mai 2024 et d'assister à sa naissance. Toutefois, le préfet a estimé qu'il n'est entré en France qu'en 2019, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France et qu'il avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 15 décembre 2021 à laquelle il s'est soustrait. Par ces motifs, dont la réalité est établie, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la décision attaquée d'interdiction de retour sur le territoire français et fixé sa durée à douze mois même si l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public et s'il va être père d'un enfant français.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Nathalie ARCHENAULTLa République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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