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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400337

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400337

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantBEN AMMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 19 janvier 2024, le président du tribunal administratif de Paris transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par M. B A en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris, et un mémoire enregistré le 18 février 2024 au greffe du tribunal administratif d'Orléans, M. A, représenté par Me Dalanda Ben Ammar, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2023 du préfet de police de Paris l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3) en tout état de cause, de dire qu'il pourra solliciter un titre de séjour salarié auprès de la préfecture du Loiret.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- sa situation n'a fait l'objet d'aucun examen préalable à la prise de décision ;

- l'obligation de quitter le territoire sans délai est disproportionnée ;

- il justifie d'une résidence effective et permanente à titre d'habitation principale et de garanties de représentation ;

- il est entré en France en 2018 muni d'un visa Schengen et y vit depuis de façon permanente ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en méconnaissant l'article L. 313-11 - 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le préfet de police de Paris, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que dès lors que M. A était entré régulièrement sur le territoire français le 28 septembre 2018 sous couvert d'un visa délivré par le consulat général de France à Tunis, l'obligation de quitter le territoire ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il convenait de procéder à une substitution de base légale en fondant la décision sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 9 février 1979, a été interpellé par les services de police de Paris le 14 décembre 2023. Par l'arrêté attaqué du 15 décembre 2023, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de la Tunisie.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'indiquent les motifs de l'arrêté attaqué, M. A est entré régulièrement en France le 28 septembre 2018 sous couvert d'un visa C à entrées multiples délivré par le consulat général de France à Tunis et valable du

5 octobre 2016 au 4 octobre 2019. Ainsi, il justifie être entré régulièrement en France. Par suite, le préfet de police de Paris ne pouvait prendre la décision d'obligation de quitter le territoire attaquée sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français attaquée, motivée par l'irrégularité du séjour de M. A, trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° du de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 1° dès lors, en premier lieu, que, s'étant maintenu sur le territoire français après l'expiration de la validité de son visa sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré, M. A se trouvait dans la situation où, en application du 2° de l'article

L. 611-1, le préfet pouvait décider de l'obliger à quitter le territoire français, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre des deux dispositions citées au point 2.

6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

7. Si l'obligation de motiver les mesures portant obligation de quitter le territoire à un étranger, qui résulte des dispositions citées au point 6, implique que ces décisions comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui fondent la mise en œuvre de la procédure d'éloignement, l'autorité administrative n'est pas tenue de préciser en quoi la situation particulière de l'intéressé ne fait pas obstacle à la mise en œuvre de cette procédure. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 15 décembre 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment le 1° de son article

L. 611-1, et l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et mentionne que l'intéressé ne peut justifier d'un titre de séjour pour se maintenir sur le territoire français, qu'il est dépourvu de document de voyage (passeport) et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale car l'intéressé se déclare divorcé avec trois enfants à charge sans en apporter la preuve. Ainsi, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et permet de s'assurer qu'il s'est livré à un examen de sa situation particulière au regard des dispositions applicables pour prendre l'obligation de quitter le territoire. Par suite, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle et familiale du requérant.

9. En quatrième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait en faisant valoir que contrairement à ce que mentionne la décision, il n'est pas entré sans visa et il justifie de garanties de représentation et d'un domicile. Toutefois, il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que le préfet pouvait prendre la décision d'obligation de quitter le territoire sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'erreur de fait tiré de ce que contrairement à ce qu'indique l'arrêté attaqué, il est entré sous couvert d'un visa est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire. Par ailleurs, les erreurs de fait tirées de la justification de garanties de représentation et d'un domicile sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire dès lors qu'elles concernent la décision refusant un délai de départ volontaire.

10. En cinquième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée porte une atteinte manifestement excessive à son droit en faisant valoir qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, qu'il est entré en France avec un visa, qu'il réside en France de façon stable depuis cinq ans et que la décision aura pour incidence de le forcer à quitter son emploi stable, son logement et sa source de revenu et de survie économique. Toutefois, s'il est entré régulièrement en France le 28 septembre 2018, il s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de la date de validité de son visa sans chercher à régulariser sa situation et à obtenir un titre de séjour. Par ailleurs, il ne justifie pas avoir de liens familiaux anciens, stables et continus en France et en être dépourvu dans son pays d'origine. Ainsi, même si sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public et s'il justifie disposer d'un logement à Orléans et occuper un emploi dans le secteur du bâtiment, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas une atteinte excessive à sa vie privée et familiale eu égard aux effets d'une telle décision.

11. Enfin, le requérant se prévaut des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces dispositions ont été recodifiées, à compter du 1er mai 2021, à l'article L. 423-7 du même code qui prévoit que : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Le requérant ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait le père d'un enfant français mineur. Par suite, il ne peut, en tout état de cause, se prévaloir de ces dispositions.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le refus d'accorder au requérant un délai de départ volontaire a été pris sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 et de celles des 1°, 7° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

15. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant à raison desquelles le préfet a décidé de ne pas accorder de délai de départ volontaire. Ainsi, la décision refusant un délai de départ volontaire est suffisamment motivée et satisfait aux dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

16. En second lieu, le requérant soutient que la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit en faisant valoir qu'il est entré sous couvert d'un visa en France et qu'il justifie de garanties de représentation et d'un domicile. Toutefois, il ne conteste pas n'avoir pu présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité lors de son interpellation le 14 décembre 2023. Dans ces conditions et même s'il est entré régulièrement en France sous couvert d'un visa et justifie de garanties de représentation et d'un domicile, le préfet était en droit de prendre sa décision de refus d'un délai de départ volontaire sur le seul fondement des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 précité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police aurait pris la même décision en se fondant sur les seules dispositions du 8° de l'article L. 612-3 précité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit.

Sur les conclusions tendant à dire qu'en tout état de cause, il pourra solliciter un titre de séjour salarié auprès de la préfecture du Loiret :

17. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de dires des parties ou de déclarations telles que celle susvisée. Par suite, les conclusions susvisées du requérant sont irrecevables.

18. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Nathalie ARCHENAULTLa République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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