vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400347 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AUBRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Aubry, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2023 du préfet de Loir-et-Cher portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte temporaire de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 700 euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors, d'une part, que la demande de regroupement familial présentée au cours de l'année 2020 par son mari à son profit a été refusée en 2021, peu de temps après la naissance de leur premier enfant et, d'autre part, que la cellule familiale ne pourra pas se reconstituer au Maroc du fait de la présence en France du premier enfant de son mari, de nationalité française ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant en ce qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, et en particulier à celui de son fils aîné, dont l'état de santé requiert sa présence constante et un accompagnement spécialisé et soutenu ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- son annulation emporte l'annulation de la mesure de surveillance dont elle est le support légal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2024 :
- le rapport D Rouault-Chalier ;
- et les observations de Me Aubry, représentant Mme C, présente à l'audience, qui a conclu aux mêmes fins avec les mêmes moyens qu'elle a développés et a sollicité, en outre, l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ; elle a indiqué, en outre, maintenir l'ordre de présentation des moyens de la requête en privilégiant le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour.
Le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent ni représenté.
Les parties ont été informées du report de la clôture de l'instruction, après audiencement, au vendredi 2 février 2024 à 10 heures.
Des pièces ont été produites pour Mme C le 1er février 2024 et ont été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, épouse C, née le 7 septembre 1995, de nationalité marocaine, est entrée en France le 4 août 2015, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises à Tanger. Le 9 novembre 2019, elle a épousé M. C, ressortissant marocain titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2026. Deux enfants sont nés de leur union en 2021 et 2022. Le 17 mars 2023, Mme C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Toutefois, par un arrêté du 15 décembre 2023, dont Mme C sollicite l'annulation par la requête ci-dessus analysée, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays dans lequel elle établit être légalement admissible. Par ailleurs, par un arrêté du 24 janvier 2024, notifié le jour même, le préfet de Loir-et-Cher a assigné l'intéressée à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter les mercredis à 8 heures 30 au commissariat de Blois.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Mme C établit avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point précédent, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () / (), lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".
5. En l'espèce, en raison de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre de la requérante par arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 24 janvier 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans est saisie de l'ensemble des conclusions de la requête de l'intéressée dirigées contre l'arrêté du 15 décembre 2023, à l'exception de celles tendant à l'annulation de la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour, dont l'examen relève de la compétence d'une formation collégiale de ce tribunal. Par suite, il y a lieu, dans cette mesure, de renvoyer en formation collégiale les conclusions de la requérante en tant qu'elles sont dirigées contre la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision et, enfin, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
6. Pour demander l'annulation de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, Mme C soulève par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme C, qui est présente en France depuis plus de huit ans, s'est mariée en novembre 2019 avec un compatriote, titulaire d'une carte de résident de dix ans expirant le 4 décembre 2026, avec lequel elle partage, depuis, une vie commune. Si le préfet fait valoir en défense que la requérante " a choisi de développer ses intérêts affectifs en France faisant fi de la législation relative au regroupement familial applicable en l'espèce ", il ressort des pièces du dossier que le mari de la requérante a transmis le 18 août 2021 aux services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, soit sept mois après la naissance de leur premier enfant le 24 janvier 2021 à Blois, un dossier de demande de regroupement familial sur place en faveur de son épouse, qui a été rejeté. Le couple a ensuite donné naissance, le 27 février 2022, à un second enfant. Il ressort également des pièces du dossier que le fils aîné D Mme C, qui souffre de troubles neurodéveloppementaux, est suivi à ce titre par le service de neuropédiatrie et handicaps de l'hôpital Clocheville de Tours et bénéficie d'une prise en charge hebdomadaire par une psychomotricienne, laquelle indique qu'il est systématiquement accompagné aux séances par sa mère. Si le préfet fait valoir que la requérante peut reconstituer sa vie familiale au Maroc, pays dont son mari a également la nationalité, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier du 8 septembre 2020 de l'avocat de M. C, que ce dernier, qui est divorcé et père d'un enfant français né en 2015 et scolarisé en classe de CE2, s'est vu attribuer par le juge aux affaires familiales l'exercice conjointe de l'autorité parentale et des droits de visite et d'hébergement un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et alors même que Mme C ne serait pas dépourvue d'attaches familiales au Maroc, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans, le préfet de Loir-et-Cher, en prenant la décision attaquée, a porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée à mener une vie privée et familiale et méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation, par la voie de l'exception, de la décision contenue dans l'arrêté du 15 décembre 2023, par laquelle le préfet de
Loir-et-Cher l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement, qui se trouve privée de base légale, doit également être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
11. L'exécution du présent jugement, compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Loir-et-Cher de munir immédiatement Mme C d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions D C dirigées contre le refus de titre de séjour qui lui a été opposé le 15 décembre 2023, les conclusions accessoires qui s'y attachent ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 3 : L'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 15 décembre 2023 sont annulées.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de munir immédiatement Mme C d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à A B épouse C et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
La magistrate désignée,
La greffière,
Patricia ROUAULT-CHALIER
Nathalie ARCHENAULT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026