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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400457

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400457

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOUSSAVOU-DJEMBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2024, Mme A, représentée par Me Moussavou-Djembi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour alors qu'elle justifie résider en France depuis plus de 10 ans ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle engendre sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gasnier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante gabonaise née le 15 février 1981, est, selon ses déclarations, entrée irrégulièrement en France en 2012. Elle a, selon les écritures en défense du préfet d'Indre-et-Loire, bénéficié d'un titre de séjour pour raisons médicales en 2015 et 2016 et fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2018. Le 20 septembre 2022, Mme A a présenté une demande de titre de séjour sur fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 16 octobre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de Mme A en France, qui en constituent le fondement. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

4. Mme A soutient qu'elle est présente en France depuis plus de 10 ans. Elle produit notamment, pour établir sa présence en 2012 et 2013 un titre de transport daté du 29 novembre 2012, un récépissé de demande de titre de séjour, une facture d'analyses médicales du 6 novembre 2013, ainsi qu'une facture d'électricité, un courrier de l'assurance maladie et un avis d'imposition pour l'année 2017.

5. Toutefois, la requérante n'a produit aucune pièce pour établir sa présence en France en 2014. En outre, la faible voire très faible valeur probante des documents produits par la requérante au titre des années 2012, 2013 et 2017, compte tenu de leur nombre, de leur nature et de leur teneur ne permet pas de considérer sa présence comme continuellement établie durant cette période. Mme A ne justifie donc pas d'une durée de séjour en France depuis plus de 10 ans de sorte que la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. Il ressort des pièces du dossier et des écritures du préfet en défense, que Mme A justifie d'une présence continue en France en 2015 et 2016, dates durant lesquelles elle a bénéficié d'un titre de séjour, puis à partir de 2018. Il ressort cependant des pièces du dossier que Mme A est célibataire, sans charge de famille, qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2018 et qu'elle s'est maintenue irrégulièrement en France depuis lors. A cet égard, la requérante réside seule en France et n'allègue pas entretenir de relations sociales ou familiales intenses sur le territoire alors qu'elle dispose nécessairement d'attaches dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans suivant ses allégations et où réside à tout le moins son frère. Par ailleurs, Mme A ne justifie avoir travaillé que durant une période de 10 mois entre 2022 et 2023 pour une faible rémunération mensuelle (entre 90 et 250 euros), si bien qu'elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle notable. Il s'ensuit qu'en dépit de la durée de sa présence en France, Mme A ne peut être regardée comme ayant fixé le centre de sa vie privée et familiale sur le territoire de telle sorte que l'arrêté attaqué y porterait une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été édicté. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent dès lors être écarté.

8. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, quant aux conséquences qu'induit l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Frédérique GAUTHIER

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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