vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400492 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DEZALLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2024, Mme B A, représentée par Me Dézallé, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 15 janvier 2024 du préfet d'Eure-et-Loir portant, d'une part, refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination et, d'autre part, assignation à résidence dans le département de l'Eure-et-Loir pour une durée de 45 jours et fixation des obligations de présentation aux autorités de police ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, un titre délivré au titre de la régularisation exceptionnelle ou, à défaut, en qualité d'étudiant avec autorisation de travail, dans le délai de 48 heures à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, sous astreinte, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un même délai, l'ensemble sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 800 euros au titre de ses frais de défense et de donner acte à son conseil de ce qu'il s'engage à renoncer à l'aide juridictionnelle s'il parvient dans les six mois de la délivrance de l'attestation de fin de mission à recouvrer la somme ainsi allouée.
Elle soutient que :
- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés et ne traduisent pas un examen complet de sa situation ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur d'appréciation au motif que l'intéressée ne peut être regardée comme responsable de l'absence de poursuite de ses études dès lors que le préfet ne lui a pas délivré d'autorisation de travail ;
- il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu de l'intensité des attaches privées et familiales en France ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- cette décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de l'intensité de ses attaches privées et familiales en France ;
- l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- les obligations de présentation aux autorités de police sont excessives.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024 à 9h 33, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lacassagne, président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1 à L. 777-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lacassagne,
- et les observations de Me Dézallé pour Mme A,
En présence de Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante albanaise, est entrée en France, selon ses déclarations, le 21 février 2017 alors âgée de 15 ans et accompagnée de ses parents et de sa fratrie. Après avoir atteint l'âge de la majorité, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en se fondant sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui a été refusé. Statuant le 13 juillet 2022 sur la requête dirigée contre ce refus, le tribunal administratif d'Orléans l'a annulé et a enjoint au préfet de délivrer à Mme A, sous réserve de la poursuite de ses études, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Le préfet n'a toutefois pas déféré à cette injonction et s'est borné à délivrer à l'intéressé des récépissés de demande de titre de séjour, régulièrement renouvelés jusqu'au 15 janvier 2024. Il a, à cette date, considéré que Mme A n'avait pas poursuivi ses études, examiné sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pris un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination. Par un second arrêté du même jour, il a, d'autre part, assigné Mme A à résidence dans le département de l'Eure-et-Loir pour une durée de 45 jours et fixé ses obligations de présentation aux autorités de police. Mme A demande l'annulation de ces décisions.
La compétence du magistrat désigné :
2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme A a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et assignation à résidence. La formation de droit commun du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions accessoires à ces dernières ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.
Les conclusions dirigées contre les décisions contestées :
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
3. Les arrêtés du 15 janvier 2024 comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions détaillées d'entrée et de séjour de Mme A en France, qui en constituent le fondement. Ils sont, par suite, motivés conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et cette motivation, pas plus qu'aucun élément du dossier, ne traduit aucun défaut d'examen complet de la situation de l'intéressée.
Sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement :
4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. "
5. Pour refuser de délivrer le titre de séjour prévu par ces dispositions, le préfet d'Eure-et-Loir s'est fondé sur la circonstance que Mme A n'a pas poursuivi ses études après l'obtention du baccalauréat en juillet 2022. Si la requérante soutient que le défaut de poursuite de ses études résulte de ce qu'elle n'a pas pu obtenir de recrutement par un employeur dans le cadre d'une formation par apprentissage en raison de ce qu'elle ne disposait pas d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, elle se borne à produire à l'appui de cette affirmation une lettre de candidature pour un apprentissage " Agent de crèche " qui n'est ni datée, ni signée et ne mentionne aucun destinataire, un curriculum vitae, une liste de sept établissements qui auraient été démarchés et un courriel adressé par la requérante à son conseil le 9 septembre 2022 évoquant l'interruption de ses recherches de contrat d'apprentissage en raison de l'absence d'autorisation de travail. Toutefois, il n'est justifié d'aucune démarche de l'intéressée ni de son conseil tendant à la délivrance de l'autorisation de travail requise ni d'aucune démarche tendant à l'inscription de l'intéressée dans un cursus de formation ne nécessitant pas la conclusion d'un contrat de travail. Dans ces circonstances, alors même que l'emploi occupé par Mme A n'aurait que pour objet de permettre de subvenir aux besoins de sa famille, le préfet a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que Mme A ne justifiait pas, au 15 janvier 2024, avoir poursuivi ses études et refuser de délivrer un titre de séjour sur ce fondement.
6. Si Mme A soutient que ses parents et toute sa fratrie résident en France, il ressort des pièces du dossier que ses parents sont en situation irrégulière, que son père, éloigné du territoire après juillet 2022, y est revenu irrégulièrement et que les autres enfants du couple n'ont pas de droit au séjour indépendant de celui de leurs parents. Il n'est pas justifié d'autres éléments d'intégration de la requérante. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de l'absence de liens intenses et anciens d'intégration en France, et eu égard aux effets d'un refus de titre de séjour, le refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à prétendre que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.
8. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement doivent être rejetées.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :
10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ".
11. Il résulte de ce qui a été jugé au point 9 que le moyen tiré de l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. En second lieu, en se bornant à soutenir que les obligations de présentation aux autorités de police, soit tous les jours du lundi au vendredi à 9h 30, sont excessives au regard de son jeune âge et de son emploi de serveuse, Mme A n'établit pas que le préfet d'Eure-et-Loir a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision d'assignation à résidence doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation des arrêtés du 15 janvier 2024 en tant qu'ils comportent des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français, assignation à résidence et obligation de présentation aux autorités de police sont rejetées.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par Mme A est renvoyé à la formation de droit commun.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Eure-et-Loir.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
Le magistrat désigné,
D. LACASSAGNE
La greffière,
C. BOISGARD
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026