mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400583 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCP SEGUIN & KONRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 février 2024 et le 19 février 2024, Mme F C, représentée par Me Seguin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a décidé qu'elle sera remise aux autorités grecques, pays ayant accepté de la réadmettre et l'a assignée à résidence dans le périmètre de la ville de Blois pendant une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans de délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant remise aux autorités grecques :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que E A, son enfant née le 10 aout 2023, bénéficie de droit de se maintenir en France sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant de New-York ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- du fait de l'illégalité de la décision portant remise aux autorités grecques, elle est illégale,
- elle porte atteinte à sa situation personnelle, en particulier en raison de son état de santé.
En ce qui concerne la demande de sursis à exécution de la décision d'éloignement :
- les arguments de Mme C sont suffisamment sérieux pour justifier son maintien sur le territoire jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention des Nations-Unies sur les droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article L. 614-9 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante sierra-léonaise née le 24 juin 1998, déclare être entrée en France le 15 février 2023. L'intéressée a demandé le 26 avril 2023 le bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 6 décembre 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 23 janvier 2024, le préfet de Loir-et-Cher a ordonné sa remise aux autorités grecques en application des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a assignée à résidence dans le périmètre de la ville de Blois pour une durée de quarante-cinq jours. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision portant remise aux autorités grecques :
2. En premier lieu, d'une part, selon les termes de l'article L. 531-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à l'article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. ". Lorsqu'un étranger s'est vu octroyer le bénéfice de la protection subsidiaire, tous ses enfants mineurs doivent pouvoir bénéficier de la même protection, y compris ceux qui sont nés après la date à laquelle cette protection lui a été octroyée, et aussi longtemps que le bénéfice de cette protection lui est maintenu.
3. En l'espèce, les autorités grecques ayant accordé à Mme C le bénéfice de la protection subsidiaire en Grèce le 14 septembre 2022, l'enfant E A, née le 10 août 2023, dont le cas est indissociable de celui de sa mère, Mme C, doit dès lors être regardée comme bénéficiaire de la protection subsidiaire en application des dispositions précitées de l'article L. 531-23 du code.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne () ".
5. En l'espèce, il ressort du compte-rendu de l'entretien personnel qui a eu lieu le 17 juillet 2023 que Mme C a fait valoir, devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, son état de grossesse, le terme prévu de sa grossesse et le sexe de l'enfant à naître. Il ressort également des pièces du dossier que cette enfant, E A s'est vue délivrer une attestation de demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 12 septembre 2023. Il ressort de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 6 décembre 2023 que la demande d'asile de Mme C a été rejetée comme irrecevable sur le fondement du 1° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que les autorités grecques lui ont accordé le bénéfice de la protection subsidiaire en Grèce. Dans ces conditions, ni la requérante, ni sa fille ne bénéficiaient plus, en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du droit de se maintenir sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En deuxième lieu, eu égard à ce qui précède, le défaut de mention de la demande d'asile introduite par la requérante en France au bénéfice de sa fille n'entache pas la décision de remise aux autorités grecque d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Si la requérante fait état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des réfugiés ou des bénéficiaires de la protection subsidiaire en Grèce, aucun élément produit au dossier ne permet toutefois de tenir pour établi qu'elle serait personnellement exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants en Grèce, alors que ledit pays est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Par ailleurs, si Mme C fait état de son état de santé en ce qu'elle souffre d'un syndrome anxio dépressif, les pièces produites faisant état de son suivi médical au centre médico psychiatrique de Blois depuis mai 2023 et de son traitement médicamenteux ne suffisent pas à démontrer que l'état de santé de l'intéressée serait incompatible avec sa réadmission en Grèce, ni qu'elle ne pourra bénéficier dans ce pays d'un suivi médical approprié à son état. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
11. Alors que la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer Mme C de sa fille, aucune pièce du dossier ne fait obstacle à ce que le soutien à la parentalité dont elle a bénéficié en France en raison des questionnements sur sa capacité à protéger sa fille, ayant conduit à informer le Conseil départemental de Loir-et-Cher, ne puisse se poursuivre en Grèce. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision portant assignation à résidence :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 ci-dessus que l'illégalité de la décision portant remise aux autorités grecques opposée à Mme C n'est pas établie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'assignation à résidence prononcée à son égard est dépourvue de base légale. Ce moyen doit donc être écarté.
13. En second lieu, si aux termes de la décision attaquée, Mme C doit se présenter les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine au commissariat de Blois, ses " crises d'angoisse et de pleurs " ne constituent pas une contrainte suffisante de nature à faire obstacle à ce qu'elle puisse satisfaire à son obligation en qualité d'assignée à résidence.
En ce qui concerne la demande de suspension dans l'attente de l'arrêt de la Cour nationale du droit d'asile :
14. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
15. Alors que le droit au maintien sur le territoire français de Mme C et de sa fille a pris fin en application du a) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante n'est pas fondée à demander le sursis à exécution de la décision de remise aux autorités grecques.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.
17. Il en sera de même pour les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 23 janvier 2024, et les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
La magistrate désignée,
D B
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026