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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400585

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400585

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2024, Mme F A, représentée par Me Greffard-Poisson, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 20 novembre 2023 par laquelle la préfète du Loiret lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale " obtenu en qualité de mère d'enfant française ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer, à titre provisoire, une autorisation de séjour et de travail dans le délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, dans l'attente du jugement sur le recours en annulation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle est entrée en France en 2017 où elle a rejoint M. A E C, ressortissant français, dont elle avait fait connaissance dans son pays d'origine, la Côte d'Ivoire ; de leur relation est née D, le 25 janvier 2018 à Orléans ; ils n'ont jamais mené de vie commune, car il était déjà marié et père de famille ; néanmoins, il a toujours assuré ses obligations éducatives et financières à l'égard de l'enfant ; elle a obtenu en tant que parent d'enfant français, un titre de séjour temporaire à compter du 1er juillet 2021 ; elle s'est vu opposer un refus de renouvellement de ce titre de séjour, au motif qu'elle ne justifierait pas de la contribution de M. C à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions de l'article 371-2 du code civil ;

- l'urgence est caractérisée car elle est présumée dans l'hypothèse d'un refus de renouvellement de titre et car, alors qu'elle élève une enfant, son employeur menace de rompre son contrat de travail d'ici le 22 février prochain et elle est donc exposée de manière imminente à une perte de son emploi et de ses revenus, et en conséquence à une précarisation de sa situation ;

- le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige est caractérisé car :

* la compétence du signataire n'est pas établie ;

* cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative aux conditions d'exercice de l'autorité parentale par M. C à l'égard de l'enfant Moye car celui-ci l'aide à subvenir à ses besoins et ceux de sa fille, dont il s'est toujours occupé en faisant des courses ou en lui remettant des espèces et pour laquelle il est présent ; il contribue donc à l'entretien et éducation de l'enfant commun dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil ;

* elle méconnait l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui impose d'apprécier son droit au séjour au regard de son intégration dans la société française et des conséquences qu'aurait une décision de refus pour son enfant ;

* elle est insuffisamment motivée sur ce point en droit et en fait en tant que la préfète mentionne de façon lapidaire, que sa " décision ne méconnait ni les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale dans la mesure où la situation de votre enfant, née le 25 janvier 2018 est indissociable de la vôtre " ;

* elle méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme

* elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; sa fille française, dont la situation est également indissociable de celle de son père qui réside sur le territoire français, a droit de pouvoir être éduquée et vivre en France auprès de ses deux parents dont la coparentalité s'exerce de manière harmonieuse et positive, quand bien même ils vivraient séparément ;

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car elle résidait en France depuis 6 ans au jour de la décision en litige, elle s'y est parfaitement intégrée socialement et professionnellement puisqu'elle travaille sous couvert d'un contrat à durée indéterminée en tant qu'agent logistique polyvalent.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2024.

Vu :

- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier ;

- et la requête au fond n°2400586 présentée par Mme A.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lefebvre-Soppelsa pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 22 février 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Greffard-Poisson, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens et souligné que le père B joue son rôle d'un point de vue éducatif et que jusqu'au refus en litige la préfète, qui au demeurant n'a pris qu'un refus de titre et non une mesure d'éloignement en considération de l'ancrage de la requérante sur le territoire, a, à deux reprises, renouvelé le titre aujourd'hui refusé et donc retenu que les conditions pour la délivrance d'un titre en qualité de mère d'enfant française étaient remplies.

La préfète du Loiret n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur les conclusions à fin de suspension :

En ce qui concerne la condition d'urgence

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

3. D'une part, cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour. D'autre part, il résulte de l'instruction que la requérante établit qu'à la date de la décision en litige elle travaillait sous couvert d'un contrat à durée indéterminée et qu'elle risque de perdre de manière imminente son emploi alors qu'elle élève une enfant. Par suite, la décision en litige lui cause un préjudice grave et immédiat.

4. Dès lors, la condition tenant à l'urgence, au demeurant non contestée en défense, doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté

5. Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés d'une méconnaissance des articles L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision refusant à Mme A le renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale ".

7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 20 novembre 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé à Mme A le renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale " obtenu en qualité de mère d'enfant française.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer à Mme A, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour et de travail, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n°2400586.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Greffard-Poisson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Greffard-Poisson de la somme de 1 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 20 novembre 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé à Mme A le renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale " est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n°2400586.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme A dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour et de travail valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête n°2400586.

Article 3 : L'Etat versera, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros à Me Greffard-Poisson.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F A, à la préfète du Loiret et à Me Greffard-Poisson.

Fait à Orléans, le 22 février 2024.

La juge des référés,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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