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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400607

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400607

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantKONATE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2024, M. E D, représenté par Me Assa Konaté, avocate, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 du préfet d'Eure-et-Loir l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant la Côte d'Ivoire comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de situation personnelle ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Konaté, avocate de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ivoirien né le 6 janvier 2006, a été interpellé le 13 février 2024 par les services de la brigade de la gendarmerie nationale de Maintenon. Il a déclaré être entré en France en décembre 2021 sous couvert d'un visa C valable du 9 décembre 2021 au 6 juin 2022. Par l'arrêté attaqué du 13 février 2024, le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 13 février 2024 a été signé par M. C A, directeur de cabinet du préfet d'Eure-et-Loir. Par l'article 10 de l'arrêté n° 2-2024 du 10 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs du mois de janvier 2024 mis en ligne sur le site de la préfecture dans la partie " Recueil des actes administratifs ", le préfet d'Eure-et-Loir a donné délégation à M. A à l'effet " En cas d'absence ou d'empêchement de M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir () de signer tous arrêtés, décisions () pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas l'arrêté attaqué. Dès lors que l'arrêté du 10 janvier 2024, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Eure-et-Loir, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, que M. B n'était pas absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

6. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 13 février 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale et personnelle, à raison desquels le préfet l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient qu'il est arrivé en France en décembre 2021, qu'il est hébergé par sa tante maternelle et son oncle depuis son arrivée lesquels disposaient d'une délégation de l'autorité parentale lorsqu'il était mineur car sa mère ne pouvait s'occuper de lui et que le centre de ses intérêts familiaux est désormais en France. Toutefois, il est entré très récemment en France et n'a pas cherché à régulariser sa situation administrative depuis sa majorité. Il ne conteste pas être célibataire et sans charges de famille. S'il est hébergé chez sa tante maternelle et son oncle depuis son arrivée en France, en vertu d'une délégation de l'autorité parentale sur l'intéressé en vertu d'une ordonnance du 14 mars 2022 d'un juge du tribunal de première instance d'Abidjan, cette délégation a pris fin à la majorité du requérant, soit le 6 janvier 2024. Compte tenu de son entrée très récente en France, il ne peut être regardé comme ayant des liens anciens, stables et continus en France. Par ailleurs, sa mère réside dans son pays d'origine dans lequel il a lui-même résidé jusqu'à son arrivée en France. Par suite, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé et eu égard aux effets d'une obligation de quitter le territoire, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne méconnait pas, en l'espèce, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. Le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'un an est entachée d'erreur d'appréciation en faisant valoir qu'il est entré en France depuis plus de deux ans, que la décision le prive de la possibilité d'entamer des démarches de régularisation, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, il est entré très récemment en France, en décembre 2021, et n'a pas cherché à régulariser sa situation à sa majorité. Il est célibataire et sans charges de famille. Il ne peut être regardé comme ayant des liens familiaux anciens, stables et continus en France. Sa mère réside dans son pays d'origine. Par suite, et même s'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas pris une mesure excessive et porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé en prenant une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Céline BOISGARDLa République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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