mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400654 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | SCP MADRID-CABEZO MADRID-FOUSSEREAU MADRID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2024, M. C A, représenté par la SCP Madrid Cabezo - Madrid-Foussereau - Madrid, avocats, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant l'Algérie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de mettre fin immédiatement à toutes mesures de surveillance et de contrôle et de lui restituer son passeport retenu le 2 février 2024 et de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen complet de sa situation, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le délai de trente jours fixé par la décision accordant un délai de départ volontaire est insuffisant ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an est illégale car la préfète n'a pas apprécié convenablement sa situation particulière.
La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Madrid, avocate de M. A, de M. A et de Me Hervois, avocat de la préfète du Loiret.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 1er mai 2004, a été interpellé le 2 février 2024 par les services de police d'Orléans pour des faits de détention et usage non autorisé de produits stupéfiants. Il a déclaré être entré en France le 22 juillet 2021 accompagné de son jeune frère alors qu'ils étaient mineurs. Par l'arrêté attaqué du 2 février 2024, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
3. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 2 février 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation au regard de son droit au séjour et à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, quel que soit le bien-fondé de ses motifs, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.
5. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient qu'il est arrivé en France, avec son petit frère de treize ans, le 22 juillet 2021 alors qu'il était âgé d'à peine dix-sept ans et à la suite de l'assassinat de leur père en Algérie, qu'ils sont accueillis par leur oncle paternel, que son père et sa mère étaient séparés et qu'il a été élevé par son père, que ses oncles, tantes et grands parents paternels ainsi que des cousins et cousines résident en France, qu'il est proche d'eux, qu'il est domicilié chez son oncle, qu'il a repris sa scolarité en France, a suivi une formation en CAP dans le domaine de la restauration, qu'il s'est inscrit en 2022-2023 en classe de seconde en vue d'une formation pour un baccalauréat professionnel dans le domaine des métiers de la transition numérique et énergétique, qu'il est très proche de son petit frère, qu'il a obtenu un diplôme d'études en langue française en juin 2022, qu'il s'est inscrit à la rentrée scolaire 2023 au campus des métiers de l'artisanat afin de préparer le diplôme de CAP Maintenance véhicules - option véhicules des particuliers et a conclu un contrat d'apprentissage avec son oncle qui a une entreprise de négoce en véhicule, qu'il se plaint régulièrement de douleurs au niveau du tronc et du dos pour lesquelles il a été admis aux urgences du centre hospitalier régional universitaire de Tours en octobre 2023 et que sur le plan psychologique, il a été atteint par le décès de son père. Toutefois, il est entré très récemment et irrégulièrement en France le 22 juillet 2021 et n'a pas engagé de démarches en vue de régulariser sa situation lorsqu'il a atteint sa majorité, le 1er mai 2022. S'il produit un acte de Kafala en date du 14 avril 2019 par lequel ses parents le confient, ainsi que son petit frère, à leur oncle, M. B A, qui réside en France, cet acte avait cessé de produire ses effets à la date de la décision attaquée dès lors qu'il était devenu majeur le 1er mai 2022. Il s'ensuit que la préfète du Loiret n'avait pas à prendre en compte cet acte de Kafala. Il n'a d'ailleurs rejoint son oncle que le 22 juillet 2021 alors que l'acte de Kafala prenait effet en avril 2019 et quelques mois avant sa majorité. Il ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille. Ainsi, ses liens familiaux en France ne sont pas anciens. En revanche, il a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans dans son pays d'origine dans lequel réside sa mère, même après le décès de son père survenu le 26 décembre 2020. Compte tenu de son entrée très récente en France, il ne peut être regardé comme ayant des liens anciens, stables et continus en France. En outre, il ne ressort pas du compte rendu du 20 octobre 2023 établi par un praticien du service des urgences du centre hospitalier universitaire d'Orléans et du certificat établi le 19 février 2024 par un médecin généraliste, lequel est sommaire, que l'état de santé de l'intéressé nécessiterait des soins dont il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine. Par suite, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux effets de cette mesure d'éloignement. Il suit de là que, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé et eu égard aux effets d'une obligation de quitter le territoire, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne méconnait pas, en l'espèce, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
Sur la décision accordant un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
8. Le requérant soutient que le délai de départ volontaire de trente jours qui lui été accordé pour quitter le territoire français est insuffisant au regard de son apprentissage en cours et de la présence de l'ensemble de ses proches en France. Toutefois, ces éléments ne peuvent être regardés, en eux-mêmes, comme des circonstances exceptionnelles de nature à établir que la préfète du Loiret aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant le délai de départ volontaire à trente jours alors, au demeurant, qu'il ne conteste pas que sa mère réside dans son pays d'origine.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. La préfète du Loiret a pris sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an aux motifs que nonobstant le fait que l'intéressé n'avait pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne représentait pas une menace pour l'ordre public, il ne pouvait justifier d'une ancienneté de présence sur le territoire français et d'une vie privée et familiale ou amicale car il se déclarait célibataire et sans charge de famille.
11. Le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an est illégale car la préfète n'a pas apprécié convenablement sa situation particulière. Toutefois, il ressort de ce qui a été dit au point 6 ci-dessus, que le requérant est entré très récemment en France, ne peut être regardé comme justifiant de liens anciens, stables et continus en France alors que sa mère réside en Algérie. Ainsi, pour ces motifs et même s'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne représentait pas une menace pour l'ordre public, la préfète du Loiret n'a pas entaché sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une illégalité.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Céline BOISGARDLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026