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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400729

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400729

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLICOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 février 2024 et le 17 avril 2024, M. A C, représenté par Me Licoine, retenu au centre de rétention d'Olivet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays dont il a la nationalité ou dans lequel il est légalement admissible, comme pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et de ses effets juridiques dont le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

Sur l'ensemble de l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît l'article L. 212-1 alinéa 1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'est pas possible d'identifier le nom et la qualité du signataire ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le motif de menace à l'ordre public sur lequel elle se fonde n'est pas suffisamment caractérisé pour justifier d'une mesure d'éloignement ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en fait, dès lors qu'il n'est pas fait mention de la possibilité pour lui d'être réadmis en Espagne ;

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant du risque de fuite et de la menace à l'ordre public ;

Sur la décision portant l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne mentionne pas la présence en France de son oncle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que les faits qui lui sont reprochés pour justifier d'une menace à l'ordre public sont isolés et n'ont donné lieu à aucune poursuite ou condamnation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 9 avril 2024, le préfet de Loir-et-Cher a placé M. C au centre de rétention administrative d'Olivet.

Par une ordonnance du 11 avril 2024 le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans a prolongé la rétention de M. C pour une durée de 28 jours.

Par une ordonnance du 14 avril 2024, la juge des libertés et de la détention à la cour d'appel d'Orléans a confirmé l'ordonnance de prolongation de la rétention de M. C pour une durée de 28 jours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 avril 2024 à 10 heures 30 :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Licoine, représentant M. C, qui persiste dans ses conclusions, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h10.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 14 juin 1986 à Renchi (Algérie), déclare être entré en France en 2019. Le 9 août 2021, il a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Le 21 février 2024, le préfet de Loir-et-Cher a pris à son encontre un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et lui a notifié une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 9 avril 2024, notifié à M. A C le 9 avril 2024 à 12h40, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé son placement en rétention administrative. Par une ordonnance du 11 avril 2024 la juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans a prolongé la rétention de M. C pour une durée de 28 jours. Par une ordonnance du 14 avril 2024, la juge des libertés et de la détention à la cour d'appel d'Orléans a confirmé l'ordonnance de prolongation de la rétention de M. C pour une durée de 28 jours. Par sa requête, M. C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du Loir-et-Cher du 21 février 2024.

Sur l'ensemble de l'arrêté :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par l'article 1er d'un arrêté n° 41-2023-08-21-00023 du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 41-2023-08-015 et mis en ligne sur le site de la préfecture, le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation à M. Faustin Gaden, secrétaire général, " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher à l'exclusion des déclinatoires de compétence, des arrêtés de conflits et ce qui concerne l'exercice du droit de passer outre à un avis défavorable du contrôle financier a priori et à l'exercice du droit de réquisition du comptable. ". Cet article précise " qu'à ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature n'est pas générale et absolue. Dès lors que l'arrêté du 21 août 2023, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Loir-et-Cher, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer aux requérants. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit donc être écarté.

3. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. "

4. Conformément à ces dispositions, l'arrêté attaqué comporte le nom, la qualité et la signature de son auteur. Si la mention de la qualité du signataire est peu lisible, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision contestée dès lors que son auteur, secrétaire général de la préfecture, peut être identifié sans ambiguïté à l'examen de l'arrêté dont l'en-tête comporte par ailleurs le visa de sa délégation citée au point 3. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5o Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

6. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de Loir-et-Cher a considéré que la présence de M. C en France représente une menace pour l'ordre public. Si le requérant soutient que les faits qui lui sont reprochés sont isolés et s'expliquent par un état d'ébriété ponctuel, il ressort notamment des extraits du fichier de traitement des antécédents judiciaires, produits en défense, que le requérant a été mis en cause à six reprises, alors même que son entrée en France ne date que de 2019. Il est ainsi mentionné que M. C a été mis en cause le 9 août 2021 pour tentative de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, le 3 mai 2022 pour dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et violence suivie d'incapacité excédant huit jours, le 31 mai 2022 pour dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, le 5 juin 2022 pour menace réitérée de crime contre les personnes et pour refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique lors de la constatation d'un crime, d'un délit ou d'un accident de la route et violence avec usage ou menace d'une arme, le 1er juillet 2022 pour refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique par le pilote d'un navire, outrage et violence sur une personne dépositaire de l'ordre public, et le 20 février 2024 pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. En considérant que ces faits rapprochés témoignent d'un comportement du requérant constituant une menace à l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et le moyen doit par suite être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Il résulte de ce qui est dit aux points 2 à 6 que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français délivrée à l'encontre de M. C n'est pas établie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement est dépourvue de base légale. Ce moyen doit donc être écarté.

8. L'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. C entend se prévaloir, en particulier le fait qu'il allègue sans le démontrer être légalement admissible en Espagne. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. C entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En troisième lieu, si le requérant soutient présenter les garanties de représentation suffisantes et ne pas présenter de risque de se soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est déjà soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 9 août 2021 et qu'il n'a conduit depuis aucune démarche pour régulariser sa situation. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant d'accorder au requérant un délai pour appliquer la mesure d'éloignement prise à son encontre.

Sur la décision portant l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. C entend se prévaloir, en particulier la présence alléguée de son oncle en France. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

14. En dernier lieu, il résulte des éléments évoqués au point 6 que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant que la présence en France de M. C représentait une menace à l'ordre public et qu'il s'était déjà soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français pour prononcer à son encontre l'interdiction de retour sur le territoire français de trois ans attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 21 février 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Loir-et-Cher.

Lu en audience publique le 17 avril 2024.

La magistrate désignée,

Pauline B

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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