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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400735

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400735

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme C E, ressortissante camerounaise, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour par la préfète du Loiret. La juridiction a examiné les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que les erreurs manifestes d'appréciation au regard des articles L. 423-7, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a considéré que la décision était suffisamment motivée, que le signataire disposait d'une délégation de compétence régulière, et que la préfète n'avait pas commis d'erreur de droit ou d'appréciation. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 février 2024, le 6 septembre 2024, le 29 novembre 2024 et le 3 décembre 2024, Mme F C E, représentée par Me Echchayb, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 28 décembre 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de renouveler son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " et, à titre subsidiaire, dans un délai de deux mois à compter de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder au réexamen de sa demande et de soumettre son dossier à la commission du titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de compétence ;

- son droit à être entendue, tel que garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la préfète du Loiret a, en prenant la décision attaquée, porté une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure à défaut pour la préfète d'avoir consulté préalablement la commission du titre de séjour ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa situation entre dans les cas de délivrance d'un titre de séjour prévus par la circulaire dite Valls ;

- la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- en tant qu'elle porte refus d'autorisation de travail et de séjour, elle est entachée d'une erreur de fait, de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 5 septembre 2024, la préfète du Loiret, représentée par la société d'avocats Actis, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 20 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2024 à 12 heures.

Un mémoire présenté pour Mme C E par Me Echchayb a été enregistré le 13 décembre 2024, après la clôture de l'instruction.

Mme C E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de Me Echchayb, représentant Mme C E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante camerounaise née le 20 avril 1985, est, selon ses déclarations, entrée de manière irrégulière sur le territoire français le 1er novembre 2011. Elle s'est vu délivrer un premier titre de séjour le 15 juillet 2013 puis a bénéficié de titres de séjour pluriannuels régulièrement renouvelés. Le 28 mars 2023, elle a sollicité auprès des services de la préfecture du Loiret le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée du 28 décembre 2023, la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Mme C E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté n° 45-2023-10-23-00002 du 23 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2023-325 et mis en ligne sur le site de la préfecture, Mme B A, préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions de comptable public. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de cet article : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision. En l'espèce, M. C E, qui a déposé une demande de titre de séjour, ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne fusse prise la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées en temps utile, auraient été de nature à y faire obstacle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de la requérante à être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles la requérante a fondé sa demande de titre de séjour ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, dont la préfète du Loiret a fait application. Elle expose les circonstances de fait propres à la situation familiale de Mme C E, sur lesquelles la préfète, qui n'était pas tenue d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait invoqués, s'est fondée pour refuser à l'intéressée le titre de séjour sollicité. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des mentions de la décision attaquée qui, au demeurant n'a pas eu pour effet de refuser à l'intéressée une autorisation de travail, que la préfète n'aurait pas, comme elle y était tenue, procédé à un examen particulier de la demande de Mme C E qui avait pour seul fondement sa qualité de parent d'enfant français.

7. En cinquième lieu, si la requérante entend soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la fois en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour et en ne consultant pas préalablement à sa décision la commission du titre de séjour alors qu'elle justifie de plus de dix années de présence sur le territoire français, ce moyen est inopérant dès lors, d'une part, qu'il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de la demande de titre de séjour présentée par Mme C E, que cette dernière n'a fondé sa demande de titre de séjour que sur les seules dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, qu'il ne ressort pas des mentions de la décision attaquée que la préfète ait entendu examiner la situation de l'intéressée au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, la requérante fait valoir que la préfète du Loiret aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, selon les propres propos de l'intéressée, elle n'a plus aucun contact avec le père de son enfant, M. D, depuis que son fils, né le 29 décembre 2012, est âgé d'un an, et reste seule à en assumer la charge. Dès lors, à défaut d'établir que M. D, qui au demeurant a fait l'objet de la part du préfet du Loiret en 2019 d'un signalement auprès du procureur de la République pour suspicion de reconnaissance frauduleuse d'enfant français, participe de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son fils, Mme C E n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait commis une erreur d'appréciation ainsi qu'une erreur de droit ou de fait. Par ailleurs, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 dite " circulaire Valls ", celle-ci étant dépourvue de toute valeur réglementaire.

9. En septième lieu, si la requérante entend se prévaloir de la méconnaissance par la préfète du Loiret des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des mentions de la décision attaquée que la requérante ait entendu présenter sa demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, ni que la préfète du Loiret ait entendu se prononcer sur la situation de l'intéressée au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

10. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors que, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit aux points précédents, Mme C E ne pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, la préfète du Loiret n'était pas tenue de soumettre sa demande à la commission du titre de séjour.

11. En neuvième lieu, si la requérante entend soutenir que la préfète du Loiret aurait méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne ressort pas des pièces du dossier que malgré une présence sur le territoire français non contestée depuis 2011, Mme C E ait noué des relations sociales ou professionnelles particulièrement étroites. Dans ces conditions, alors que Mme C E n'a quitté son pays d'origine qu'à l'âge de vingt-six ans et qu'elle ne conteste pas qu'y résident toujours l'un de ses quatre enfants dont elle a toujours la charge ainsi que son frère et deux sœurs, la préfète du Loiret a pu prendre la décision attaquée sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il doit en être de même, eu égard aux éléments exposés ci-dessus, du moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète du Loiret dans l'appréciation des conséquences qu'emporte sa décision sur la situation de la requérante.

12. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la requérante ne justifie pas que le père de son fils né en France s'occupe de ce dernier. Par ailleurs, la décision n'a pas pour effet de la priver de ses enfants dont la situation est indissociable de la sienne. Enfin, la requérante n'établit pas non plus que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité au Cameroun. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de son ou ses enfants tel que garanti par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit également être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C E à l'encontre de la décision du 28 décembre 2023 doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme C E.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C E et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Benoist GUÉVEL

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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