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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400841

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400841

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE - CRA OLIVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2024, M. B D, représenté par

Me Mélodie Gasner, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 du préfet d'Eure-et-Loir l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant la Turquie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Gasner, avocate de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant turc né le 9 juin 1984, a été interpellé et placé en garde à vue le 29 février 2024 par les agents du commissariat de police de Dreux à la suite d'une plainte pour violences conjugales. Il a déclaré être entré en France en 2014 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 6 février 2015, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 30 juin 2015 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 22 décembre 2015 par la cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire prise le 27 septembre 2016 par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Il s'est maintenu sur le territoire français. Il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour en qualité de père d'un enfant français auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par un arrêté du 16 juin 2020, le préfet d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire. Par un jugement n° 2002340 du 30 mars 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Le 13 février 2024, il a été placé en rétention administrative. Par l'arrêté attaqué du 29 février 2024, le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de la Turquie et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 29 février 2024 a été signé par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par arrêté n° 62-2023 du 4 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs du mois de septembre 2023 de la préfecture dans la rubrique " Recueil des actes administratifs " et mis en ligne sur le site de la préfecture, le préfet d'Eure-et-Loir a donné délégation de signature à M. C à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure et Loir ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas l'arrêté attaqué. Dès lors que l'arrêté du 4 septembre 2023, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Eure-et-Loir, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 29 février 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment en indiquant que sa demande d'asile avait été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ainsi que les éléments relatifs à sa situation familiale, à raison desquels le préfet l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient qu'il réside en France depuis dix ans, qu'il a deux enfants français nés les 18 novembre 2016 et 8 décembre 2023 de sa relation avec Mme A, ressortissante française, que son fils est handicapé et a besoin de sa présence et qu'il a deux frères et deux sœurs en France. Toutefois, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré les décisions dont il est fait état au point 1 et n'a pas cherché à régulariser sa situation depuis le jugement du 30 mars 2021 de ce tribunal qui a rejeté son recours dirigé contre la décision du préfet rejetant sa demande de délivrance de carte de séjour en qualité de parent d'enfant français. S'il produit une lettre du 13 février 2024 de la préfecture d'Eure-et-Loir lui demandant de se présenter le 20 février 2024 à la préfecture muni des pièces demandées par cette lettre afin d'examiner sa situation au regard du droit au séjour et sa lettre en date du 20 février 2024 destinée au préfet d'Eure-et-Loir ayant pour objet une demande de régularisation et de titre de séjour, il ne justifie pas l'avoir adressée aux services préfectoraux et ne conteste pas ne pas avoir transmis les pièces demandées. S'il est le père de deux enfants français, il ne justifie pas résider de façon stable et continu avec sa compagne et ses enfants et participer à leur entretien et à leur éducation en se bornant à produire une attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales d'Eure-et-Loir portant sur les prestations du mois de janvier 2024 versées à Mme A même si cette attestation mentionne son nom. Par ailleurs, il ne produit aucune pièce justifiant de la présence en France de ses deux frères et de ses deux sœurs et de leur situation au regard du droit au séjour et ne justifie pas davantage avoir des liens anciens, stables et continus avec eux. Il n'allègue pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. Enfin, il ne conteste pas faire l'objet d'une procédure judiciaire pour violences sur sa conjointe. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, dès lors que le requérant ne justifie pas de liens intenses, continus et stables avec ses deux enfants mineurs français et contribuer à leur entretien et à leur éducation, l'obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas l'intérieur supérieur de ses enfants et, par suite, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne s'appliquent pas aux obligations de quitter le territoire français. Au demeurant, il ne justifie pas de circonstances exceptionnelles au sens de ces dispositions.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont motivées. ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté d'obligation de quitter le territoire, que le refus d'accorder au requérant un délai de départ volontaire a été pris sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 et de celles des 3° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente.

11. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 612-2 alinéa 3 et L. 612-3 alinéas 3° et 5° et rappelle que le requérant n'a pas déféré aux mesures d'éloignement des

27 septembre 2016 et 16 juin 2020 et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après cette dernière mesure. Ces motifs relèvent des dispositions des 3° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour. Par suite, la décision refusant un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas fondé sa décision de refus d'un délai de départ volontaire sur le motif qu'il constituerait une menace pour l'ordre public mais sur les motifs rappelés au point 11 qui relèvent des dispositions des 3° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent de les regarder comme constituant un risque de fuite de l'étranger. Par suite, même s'il dispose de garanties de représentation, d'une adresse stable et d'un passeport en cours de validité, le préfet était en droit de prendre la décision de refus de départ volontaire pour les motifs précités et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant cette décision.

13. Enfin, il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente.

15. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8 et les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la nationalité du requérant et précise que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention précitée. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

17. Enfin, il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7,

L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

19. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente.

20. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

21. En l'espèce, le préfet d'Eure-et-Loir, après avoir rappelé les termes de l'article

L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé qu'au regard des éléments rappelés dans l'arrêté et en l'absence de circonstance humanitaire, le requérant pouvait faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français conformément aux dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'article 3 de l'arrêté fixe la durée de l'interdiction de retour à deux ans. Le requérant soutient que la décision est insuffisamment motivée en faisant valoir qu'il est en France depuis dix ans, qu'il a deux enfants de nationalité française dont l'un est handicapé et qu'il a deux frères et deux sœurs en France. Toutefois, ces éléments ne concernent pas la forme de la motivation de la décision mais son bien-fondé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire n'est pas suffisamment motivée.

22. En troisième lieu, pour les motifs rappelés au point 6, le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas pris une mesure entachée d'erreur manifeste et porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé en prenant une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

23. Enfin, il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

24. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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