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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401116

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401116

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantKONATE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2024, Mme D A, représentée par

Me Assa Konaté, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 de la préfète du Loiret rejetant sa demande de carte de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le Sénégal comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler en qualité de parent d'enfant malade, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le refus de séjour a été pris par une autorité incompétente, n'est pas motivé et méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, méconnaît l'article L. 611-3-9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et doit être annulée en conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Konaté, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 16 mars 1980, est entrée pour la dernière fois en France le 6 décembre 2018 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa Schengen valable du 17 septembre 2018 au 16 septembre 2019. Le 6 mai 2019, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 27 mai 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 24 avril 2023 de la cour nationale du droit d'asile. Le 2 juin 2023, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée, pour irrecevabilité, par une décision du 8 juin 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 19 juin 2023. Le 28 juillet 2023, la requérante a sollicité la délivrance d'une carte de séjour en tant que parent d'enfant malade au titre des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 29 décembre 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande de carte de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 29 décembre 2023 a été signé par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Selon l'article 1er de l'arrêté

n° 45-2023-10-23-00002 du 23 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2023-325 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions de comptable public. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Dès lors que l'arrêté du 23 octobre 2023, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Par ailleurs, l'arrêté attaqué vise la décision de délégation de signature précitée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour attaquée du 29 décembre 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 4 décembre 2023, que l'état de santé de l'enfant de la requérante, C Ibrahima Osem Diallo né le 14 septembre 2018, ne nécessite pas de prise en charge médicale, qu'au vu des pièces du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'enfant peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine et qu'aucun élément du dossier et aucune circonstance particulière ne justifiaient de s'écarter de l'avis des médecins. L'arrêté précise que la requérante ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles prévues par l'article L. 425-10 du code dans la mesure où son fils ne remplit pas les conditions de l'article L. 425-9. Par suite, le refus de séjour est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

5. En se prévalant de ces dispositions, la requérante soutient que son fils mineur, âgé de quatre ans, est malade depuis l'année 2019, qu'il a été hospitalisé au centre hospitalier de Bourges, qu'un polype au colon a été découvert en janvier 2023, qu'il a été hospitalisé en avril 2023 pour coloscopie et exérèse du polype, qu'il a été de nouveau hospitalisé le 2 janvier 2024 en raison de la dégradation de son état de santé, suit un traitement médical et son état de santé nécessite un suivi pédiatrique spécialisé et une prise en charge pluridisciplinaire afin de limiter les séquelles du polype du colon droit qui peut dégénérer en cancer en cas de suivi irrégulier. Toutefois, s'il ressort du certificat en date du 15 mars 2023 d'un professeur en chirurgie pédiatrique du centre hospitalier du Kremlin Bicêtre que l'état de santé de l'enfant de la requérante nécessite sa présence en France car sa prise en charge médicale ne peut être dispensée dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que l'exérèse du polype du colon de l'enfant a été réalisée le 5 avril 2023, postérieurement à l'attestation du professeur, et que les certificats et comptes rendus médicaux du centre hospitalier universitaire d'Orléans, postérieurs à l'opération du 5 avril 2023, ne précisent aucunement que l'état de santé de l'enfant nécessite un suivi et des soins qui ne pourraient être assurés dans son pays d'origine. Ainsi, la requérante ne peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour au titre de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son fils ne remplit pas l'ensemble des conditions prévues à l'article L. 425-9 du même code.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France dispose que " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L.431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicité la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 421-9, ce délai est porté à trois mois ".

7. La requérante soutient que la préfète du Loiret a commis une erreur de droit en estimant que sa demande de carte de séjour était tardive au regard des dispositions précitées au point 6. Toutefois, la préfète s'est prononcée sur le droit au séjour de la requérante au regard des dispositions citées au point 4. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit invoquée a été, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité du refus de séjour attaqué.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente.

9. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

10. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 29 décembre 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionnent les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation au regard de son droit au séjour et à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite et en tout état de cause, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire en conséquence de l'annulation du refus de séjour.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. En prévalant de ces stipulations, la requérante soutient qu'elle vit en France avec ses trois enfants, dont deux sont mineurs, que son fils C est scolarisé en grande section de maternelle et l'autre fils B est scolarisé en petite section de maternelle depuis la rentrée de septembre 2023, que sa fille aînée est arrivée en France le 21 décembre 2019 et a obtenu le statut de réfugié le 5 février 2024, qu'elle a divorcé du père de ses deux jeunes enfants le 20 octobre 2022 en raison de violences conjugales, que leur vie familiale est désormais fixée en France, qu'elle est atteinte d'un diabète de type 2 sous insulinothérapie et antidiabétique oraux et souffre de douleurs articulaires à type inflammatoire avec une discopathie lombaire importante ainsi que de dépression en raison de ses douleurs chroniques et de son parcours de vie difficile, qu'elle est entrepreneure dans le domaine cosmétique et suit un accompagnement au sein de la BGE Berry Touraine destiné aux porteurs de projet et entrepreneurs, qu'elle est parent d'élève élue à l'école maternelle Jules Lenormand à Saint-Jean-de-la-Ruelle. Toutefois, elle est entrée assez récemment en France, le 21 décembre 2018. Elle ne justifie pas avoir des liens intenses avec sa fille majeure qui bénéficie du statut de réfugié d'ailleurs obtenu postérieurement à l'arrêté attaqué. Il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que son fils C ne pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. De même, il ne ressort pas des documents médicaux la concernant qu'elle produit que son état de santé nécessite des soins qui ne pourraient être assurés dans son pays d'origine. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale, composée d'elle-même et de ses deux enfants mineurs, se reconstitue au Sénégal. Par suite, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français de l'intéressée, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas, dans les circonstances de l'espèce, à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux effets de la mesure attaquée. Il suit de là que l'obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

15. En se prévalant de ces stipulations, la requérante soutient que ses deux enfants mineurs résident et sont scolarisés en France et que la décision contestée aurait pour conséquence de bouleverser leur vie. Toutefois, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet et pour effet de séparer la requérante de ses deux enfants mineurs. Elle n'établit pas que, compte tenu notamment de leur jeune âge, ses enfants ne pourraient s'intégrer au Sénégal et poursuivre leur scolarité dans ce pays. Par suite, l'obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

16. Enfin, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Ces dispositions ne s'appliquent qu'aux étrangers eux-mêmes malades et non aux accompagnants de personnes malades. Par suite, la requérante, qui ne se prévaut pas de son propre état de santé, ne peut utilement s'en prévaloir pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire attaquée.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise, notamment, les articles

L. 721-3 et L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité de la requérante et les décisions prises par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile et indique que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. En se prévalant de ces stipulations, la requérante soutient qu'elle a quitté le Sénégal le 6 décembre 2018 en raison des menaces qu'elle avait reçues de son entourage qui lui impute d'appartenir au groupe social des personnes homosexuelles lesquelles sont violemment persécutées, que les actes homosexuels sont réprimés par le code pénal sénégalais, que le rapport de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 septembre 2014 corrobore cette situation et qu'elle craint d'être excisée en cas de retour au Sénégal alors qu'elle n'a pu empêcher l'excision de sa fille à l'âge de quinze ans qui a été mutilée avant d'être mariée de force et vient d'obtenir le statut de réfugié. Toutefois, elle ne produit aucun élément ou document de nature à établir qu'elle ferait personnellement l'objet de mutilations en cas de retour au Sénégal. D'ailleurs, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale d'asile ont rejeté sa demande d'asile fondée sur les mêmes motifs. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

21. La requérante soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation en faisant valoir que son cas aurait dû être considéré comme une circonstance humanitaire, que la préfète aurait dû tenir compte de la durée de cinq ans de présence en France, de la présence de ses deux enfants mineurs, d'une absence de liens avec le Sénégal depuis son arrivée en France, surtout du risque pour sa vie si elle y retourne, et de la circonstance qu'elle n'est pas connue défavorablement des forces de l'ordre. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 13 et 15, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de la requérante se reconstitue dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'intéressée ne justifie pas de circonstances humanitaires dès lors qu'elle n'établit pas qu'elle-même et son fils ne pourraient être soignés dans leur pays d'origine. Par suite, même si elle réside en France depuis le

6 décembre 2018 et même si elle ne trouble pas l'ordre public, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

22. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Céline BOISGARDLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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