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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401144

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401144

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantLICOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, et des mémoires en réplique, enregistrés les 9 et 11 février 2025, présenté par Me Jean-Michel Licoine, Mme B C demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 22 janvier 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Loiret a rejeté son recours administratif dirigé contre le refus de lui accorder la remise de sa dette de revenu de solidarité active de 13 006,64 euros indument perçue au cours de la période de novembre 2014 à novembre 2017 et de lui accorder la décharge des sommes restant dues ;

2) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Loiret la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la caisse d'allocations familiales n'a pas accepté sa demande exceptionnelle de transférer au père de ses filles, à la date de leur séparation, la dette dont il est à l'origine ;

- M. A résidait dans le département d'Indre-et-Loire et percevait les prestations ;

- elle doit rembourser une dette alors qu'elle n'a pas perçu de prestations.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 novembre 2024 et 11 février 2025, le département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales du Loiret qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme C est allocataire de la caisse d'allocations familiales du Loiret. M. A, père de leurs deux enfants, était allocataire de la caisse d'allocations familiales d'Indre-et-Loire et bénéficiait du revenu de solidarité active, de la prime d'activité, de l'aide au logement et de la prime exceptionnelle de fin d'année. A la suite d'un contrôle réalisé en 2017, la caisse d'allocations familiales d'Indre-et-Loire a relevé que

M. A et Mme C avaient une communauté de vie. Le 28 novembre 2017, la caisse d'allocations familiales d'Indre-et-Loire a notifié à M. A un indu de revenu de solidarité active de 13 006,64 euros au titre de la période de novembre 2014 à octobre 2017. Cette dette a été transférée sur le compte de la requérante à la caisse d'allocations familiales du Loiret. La requérante a déclaré sa séparation avec M. A au 28 mars 2022. Par lettre du 22 avril 2022, elle a demandé que la dette de revenu de solidarité active soit transférée au nom de M. A. Cette demande a été rejetée le 28 décembre 2022. Par ailleurs, la requérante a sollicité une remise gracieuse de sa dette. Par la décision attaquée du 22 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales du Loiret, par délégation du président du conseil département du Loiret, a rejeté le recours administratif formé par la requérante contre la décision du 28 décembre 2022 ainsi que sa demande de remise gracieuse.

Sur la demande de transfert de la dette de revenu de solidarité active :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". L'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Selon l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; / () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () " Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. ". Aux termes de l'article R. 262-32 du même code : " Lorsque, au sein du foyer, un des membres ou son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin est déjà allocataire au titre des prestations familiales, il est également le bénéficiaire au titre de l'allocation de revenu de solidarité active. / Dans le cas contraire, le bénéficiaire est celui qu'ils désignent d'un commun accord. Ce droit d'option peut être exercé à tout moment. L'option ne peut être remise en cause qu'au bout d'un an, sauf changement de situation. Si ce droit d'option n'est pas exercé, le bénéficiaire est celui qui a déposé la demande d'allocation ".

4. Il résulte des dispositions des articles L. 262-2 et L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles que le revenu de solidarité active a pour objet de porter les ressources de l'ensemble du foyer à un niveau garanti. Par suite, alors même qu'un seul des membres du foyer a été désigné comme allocataire, les sommes qui ont été indument perçues au titre de l'allocation peuvent en principe être récupérées, en tout ou partie, tant auprès de l'allocataire que de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, lorsque cette personne a été prise en compte pour le calcul du revenu garanti. En effet, en cas de mariage ou de pacte civil de solidarité, chacun des époux ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité peut être, le cas échéant, appelé à répondre solidairement d'une telle dette sur le fondement, respectivement, des articles 220 et 515-4 du code civil et, en cas de concubinage, eu égard à l'objet de l'allocation et à son mode de calcul, les concubins sont tenus solidairement au remboursement de l'indu à raison du bénéfice qu'ils en ont l'un et l'autre retiré.

5. En l'espèce, la requérante ne conteste pas le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active de 13 006,64 euros qui résulte de ce que la caisse d'allocations familiales avait constaté une communauté de vie entre elle et M. A. Ainsi, l'allocation de revenu de solidarité active ne peut être regardée comme ayant été perçue uniquement par M. A. Il suit de là qu'en application de ce qui a été dit au point 4, l'administration était en droit de récupérer auprès de la requérante les sommes indûment perçues, alors même que la demande de revenu de solidarité active aurait été présentée par le seul M. A.

Sur la demande de remise gracieuse :

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 242-46 du code de l'action sociale et des familles qu'un bénéficiaire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'aide, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation du bénéficiaire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé aux allocations ou à leur montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

8. En l'espèce, le département soutient, sans être contredit, que la requérante ne justifie pas que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette de revenu de solidarité active. Il suit de là qu'il ne peut être fait droit à la demande de la requérante tendant à la remise gracieuse de la somme de 13 006,64 euros.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la caisse d'allocations familiales du Loiret et au département du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et à la préfète du Loiret, chacun en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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