vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401196 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCP GERIGNY & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mars 2024 et le 27 mars 2024, M. F B A, représenté par Me Dallois Segura, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2024 par lequel le préfet du Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet du Cher de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou, à défaut, de réexaminer sa situation et sa demande de titre de séjour sur les mêmes fondements dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français attaquée :
- cette décision méconnaît l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne comporte pas la mention quant à la langue choisie et le préfet ne justifie pas lui avoir donné la possibilité de s'expliquer et d'être entendu dans une langue qu'il maîtrise et qu'il aurait choisi ;
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- son permis de conduire est authentique.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions du 1° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de retour : cette décision méconnaît l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- cette décision méconnaît l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 27 mars 2024, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Le Toullec, premier conseiller, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec, magistrate désignée, qui informe la partie présente que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la tardiveté des conclusions dirigées à l'encontre de la décision d'assignation à résidence, lesquelles ont été présentées le 27 mars 2024 après l'expiration du délai de recours contentieux de quarante-huit heures ;
- les observations de Me Dallois Segura, représentant M. B A, assisté par M. C, interprète en langue portugaise. Me Dallois Segura confirme les conclusions et moyens de la requête. Elle produit également des pièces relatives à la présence du requérant et de sa famille à Vierzon depuis au moins 2021.
Le préfet du Cher n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité brésilienne, né le 25 septembre 1986, est entré en France en février 2019 selon ses déclarations, accompagné de sa compagne, Mme E, et de leur enfant, né le 29 octobre 2018. Il a été interpellé le 23 mars 2024 par les gendarmes de Vierzon lors d'un contrôle routier. Par un arrêté du même jour, le préfet du Cher l'a obligé à quitter territoire français sans délai à destination du Brésil ou de tout autre pays dans lequel il prouve être légalement admissible et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans. Par un arrêté du même jour, il l'a assigné à résidence dans le département du Cher pour une durée de quarante-cinq jours. M. B A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français :
2. Il ressort des pièces du dossier et des débats à l'audience que M. B A, qui réside en France avec sa compagne et leur enfant depuis cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, danseur de profession, a créé en mars 2022, à Vierzon, une association appelée " Breaking Journey " qui propose des cours de breakdance et une découverte de la culture hip hop. Sa compagne, également danseuse, est la présidente de l'association et, depuis le 1er janvier 2024, le requérant en est le salarié. Il ressort des nombreuses pièces produites que le requérant collabore activement avec les autorités locales - ville de Vierzon, communauté de communes Vierzon-Sologne-Berry, département du Cher - qui soutiennent les nombreux projets culturels et sportifs, à destination notamment des jeunes, que développe et propose son association. Il ressort d'un courriel du 26 mars 2024 que le délégué du préfet aux quartiers prioritaires de Vierzon et Saint-Amand-Montrond a informé le requérant que " l'ensemble des dossiers déposés par [son association] au titre de l'appel à projet de la politique de la ville 2024 ont reçus un avis très favorable " et que ses projets " seront financés à hauteur des demandes ". Il précise également que la qualité des interventions de l'association " est reconnue par tous les acteurs " et que les " dossiers " breaking quartier " et " breaking quartiers d'été " seront () suivis et financés par la direction régionale des affaires culturelles ". Il ajoute enfin que " le directeur du centre social du QPV de Saint-Amand-Montrond souhaite collaborer avec " Breaking journey " sur son secteur ". Ces informations, datées du 26 mars 2024 et donc postérieures de deux jours à l'arrêté attaqué, n'en sont pas moins contemporaines et renforcent une situation préexistante quant à la place qu'occupe l'association dans le paysage culturel et sportif local. Ainsi, la maire de Vierzon atteste, le 26 mars 2024, que " depuis sa création l'association Breaking Journey () est une association de premier plan pour le développement et la pratique des activités culturelles et sportives des jeunes D ". Les pièces du dossier font état des diverses prestations réalisées par l'association : création, à partir de 2023, du festival international de breaking " Create your Vibe ", organisation de spectacles de battle breakdance, animation d'ateliers, démonstrations et cours de danse. Enfin, il ressort des débats à l'audience que le requérant comprend et parle le français. Il explique à l'audience qu'il a souhaité être accompagné d'un interprète en langue portugaise afin de s'assurer de bien comprendre les questions et propos du tribunal à son intention. Il dispose d'un logement et son fils est scolarisé. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, eu égard notamment à l'investissement associatif dont fait preuve le requérant - en collaboration avec sa compagne tout aussi impliquée - et à l'intérêt et l'impact positif de l'association dans la vie locale, lesquels démontrent une intégration sociale particulière, le préfet, en prenant une obligation de quitter le territoire sans délai a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, d'annuler la décision du 23 mars 2024 par laquelle le préfet a obligé M. B A à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision d'assignation à résidence, qui comporte la mention des voies et délais de recours, a été notifiée à M. B A le 23 mars 2024 à 16 h 30. Les conclusions dirigées contre cette décision ont été enregistrées le 27 mars 2024 dans un mémoire complémentaire à la requête, soit au-delà du délai de quarante-huit heures courant à compter de la notification de la décision contestée. Le requérant a signé le procès-verbal d'audition de la gendarmerie nationale du 23 mars 2024 et la notification de la décision attaquée du même jour sans émettre de réserve et il ne ressort des pièces du dossier qu'il aurait informé l'agent notifiant qu'il ne comprenait pas le français et aurait exprimé le souhait de bénéficier d'un interprète. Au contraire, le procès-verbal d'audition mentionne que " après vérification auprès d'elle de son niveau de compréhension et de sa capacité à s'exprimer, il apparaît que la personne comprend la langue française et en mesure de s'exprimer dans cette langue sans le truchement d'un interprète ". Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la notification ne lui a pas été faite au moyen d'un interprète dans les conditions fixées par l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que la notification de la décision d'assignation à résidence doit être regardée comme régulière. Les conclusions dirigées contre cette décision sont donc tardives et, par suite, irrecevables. Elles ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement annulant l'obligation faite à M. B A de quitter le territoire français implique seulement que le préfet du Cher, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - aux termes desquelles " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L.741-1 et L.743-13 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas " - réexamine la situation M. B A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais d'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie principalement perdante, dans la présente instance, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 mars 2024 par lequel le préfet du Cher a fait obligation à M. B A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans doit être annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Cher de réexaminer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la situation de M. B A et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F B A et au préfet du Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La magistrate désignée,
Hélène LE TOULLEC
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026