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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401201

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401201

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFROUJY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mars et 11 avril 2024, M. A B, représenté par Me Froujy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une obligation de pointage ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet du Loiret l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'arrêté attaqué :

- est entaché d'erreurs de fait qui révèlent un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entaché d'erreur de droit ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

L'obligation de quitter le territoire :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de pointage :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- est disproportionnée.

L'assignation à résidence :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire ;

- est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 23 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 12 avril 2024 à 10h00.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 31 décembre 1994, a déclaré être entré en décembre 2019 en France. Sa demande d'asile a été rejetée le 16 novembre 2021 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 février 2022. Le 26 avril 2022 le préfet du Val-d'Oise a pris à l'encontre de l'intéressé une mesure d'éloignement. M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 30 novembre 2023, notifié le 11 décembre 2023, par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une obligation de pointage et, d'autre part, l'arrêté du 23 janvier 2024, notifié à l'intéressé le 3 avril 2024, par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours.

En ce qui concerne l'arrêté portant refus de titre et obligation de quitter le territoire :

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions accessoires à ces dernières ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient dans sa requête que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, il n'assortit pas son moyen de précisions de nature à permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

5. En troisième lieu, si le requérant soutient dans sa requête que l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait il se borne à indiquer qu'il est séparé de son épouse. Or il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait juridiquement séparé de son épouse.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. L'épouse et les trois enfants mineurs du requérant résident au Mali. Si le requérant soutient qu'il est séparé de son épouse, il ne l'établit pas. En outre, l'intéressé ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre n'est pas établie. Le requérant n'est dès lors pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant obligation de pointage :

10. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre n'étant pas établie. M. B n'est dès lors pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de pointage.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article R. 721-6 du code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine ". Et aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ".

12. Si le requérant soutient qu'il ne dispose d'aucun véhicule de transport personnel, il n'établit pas par ces seules allégations que l'obligation de pointage qui lui est faite serait disproportionnée. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

13. En premier lieu, il résulte des points 3 à 12 du jugement que l'illégalité de l'arrêté du 30 novembre 2023 n'est pas établie. M. B n'est dès lors pas fondé à exciper de l'illégalité de cet arrêté à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

15. M. B fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré et est, par suite, au nombre des étrangers susceptibles de faire l'objet d'une assignation à résidence. Le requérant, par les documents qu'il verse aux débats, ne démontre pas que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Le préfet a pu légalement assortir sa décision d'assignation à résidence de l'obligation pour l'intéressé de se présenter au commissariat de police de Vendôme les lundis, mercredis et vendredis y compris les jours fériés à 8 heures 30, compte tenu de la nécessité de mettre en œuvre aussi rapidement que possible l'éloignement de l'étranger. Par suite, et pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 12, l'arrêté d'assignation à résidence n'est pas entaché d'une erreur d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, d'une part, de l'arrêté du 30 novembre 2023 du préfet de Loir-et-Cher en tant qu'il a fait obligation à M. B de quitter le territoire et a fixé le pays de destination et, d'autre part de l'arrêté du 23 janvier 2024 du préfet de de Loir-et-Cher portant assignation à résidence de M. B, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de Loir-et-Cher du 30 novembre 2023 refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Froujy et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Eric C

La greffière,

Céline BOISGARDLa République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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