Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401209

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP SELATNA DE MATOS SI MOHAMED

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme C, ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté préfectoral du 27 février 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que l'arrêté ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme) et ne méconnaissait pas l'intérêt supérieur de ses enfants (article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant), ceux-ci pouvant retourner avec elle au Cameroun. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 423-23.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2024, Mme B C, représentée par Me Selatna, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- sa situation répond aux critères de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 concernant la régularisation des parents d'enfants scolarisés.

Par un mémoire enregistré le 3 juin 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Toullec.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise, née le 7 avril 1993, est entrée en France le 24 juin 2018 selon ses déclarations. Elle a déposé, le 23 août 2018, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 avril 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 mars 2021. Elle a alors fait l'objet d'un arrêté du 8 novembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an. Elle s'est maintenue sur le territoire et a, le 19 juillet 2023, déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté 27 février 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, Mme C fait valoir qu'elle réside en France depuis plus de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué et qu'elle est mère de deux enfants qui sont scolarisés en France, A né le 29 décembre 2017 au Cameroun et D née le 27 mai 2019 à Perpignan. Il ressort des pièces du dossier que le père A, de nationalité camerounaise, réside au Cameroun et le père de D, également de nationalité camerounaise, réside en France en situation irrégulière. La requérante ne justifie pas que le père de D s'occupe de sa fille. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux enfants de la requérante, dont la situation est indissociable de celle de leur mère, ne pourraient pas retourner avec elle au Cameroun et y poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Dans ces conditions, alors même que la requérante est bénévole dans des associations caritatives et maîtrise la langue française, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

3. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la requérante ne justifie pas que le père - au demeurant en situation irrégulière - de sa fille née en France s'occupe de cette dernière. Par ailleurs, l'arrêté n'a pas pour effet de la priver de ses deux enfants dont la situation est indissociable de la sienne. La requérante n'établit pas non plus que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité au Cameroun. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants garanti par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit donc également être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet n'a pas examiné d'office la situation de la requérante sur ce fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté.

5. En dernier lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 qui est dépourvue de caractère réglementaire.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 février 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURTLe greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401209