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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401219

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401219

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, M. B A, représenté par Me Vieillemaringe, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par heure de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué ne satisfait pas à l'exigence de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande de titre de séjour ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 7 b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant, pour refuser de l'admettre exceptionnellement au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur son absence de ressources et de logement personnel, conditions qui ne sont pas prévues par cet article ; il a également commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- dès lors qu'il a présenté une demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du même code ;

- la décision de refus de titre de séjour étant illégale, l'obligation de quitter le territoire français devra être annulée par voie de conséquence ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de titre de séjour étant illégale, la décision fixant le pays de destination et la décision fixant le délai de départ volontaire devront être annulées par voie de conséquence.

Par un mémoire enregistré le 7 juin 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Dorlencourt.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 8 septembre 1997, est entré en France le 25 février 2018, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà de la durée de validité de ce visa, il a sollicité le 23 janvier 2024 son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par l'arrêté du 27 février 2024 attaqué, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. A a obtenu l'aide juridictionnelle par décision du 19 avril 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les stipulations et dispositions dont le préfet a fait application, notamment les articles 7 (b) et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article L. 611-1 (3°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique avec une précision suffisante les considérations de fait propres à la situation de M. A sur lesquelles l'autorité administrative - qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des pièces produites par l'intéressé à l'appui de sa demande - s'est fondée pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. En application des dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme en l'espèce, ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter l'exigence de motivation des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. Il doit en être de même du moyen tiré du défaut d'examen particulier de la demande de titre de séjour, alors au contraire que la motivation de l'arrêté attaqué témoigne de ce que le préfet a procédé à un tel examen.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 " (lettres c et d) ", et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titre mentionnés à l'alinéa précédent ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du même code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () / La demande peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise () ". Enfin aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement des stipulations du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien, le préfet s'est fondé sur le fait que l'intéressé ne présentait pas de visa de long séjour, ni de contrat de travail visé par les autorités compétentes. Si le requérant fait valoir qu'il est titulaire d'un contrat de travail, il ne conteste pas que ce contrat n'a pas été visé par les autorités compétentes, et ne prétend pas qu'une demande d'autorisation de travail aurait été présentée par son employeur ou une personne habilitée à cet effet. Par ailleurs et en tout état de cause, il ne conteste pas être dépourvu de visa de long séjour. Par suite, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur leur fondement.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles elles renvoient, sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. D'une part, il résulte de ce qui est dit au point précédent que le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en ajoutant à l'article L. 435-1 des conditions que cet article ne prévoit pas ne peut qu'être écarté, alors au demeurant que le préfet n'a nullement fait application de ces dispositions mais s'est prononcé sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

9. D'autre part, il appartenait au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, de prendre en compte l'ensemble de la situation de M. A, ainsi qu'il l'a fait en relevant notamment que l'intéressé était dépourvu de ressources et de logement personnel. Il ne ressort pas des pièces du dossier - alors notamment que M. A, célibataire sans charge de famille, ne justifie, par les quelques bulletins de salaire qu'il produit, que d'une activité professionnelle épisodique - que le préfet aurait entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a portée sur la situation de M. A.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 () ". Le deuxième alinéa de l'article L. 435-1 dispose que : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

11. Ces dispositions ne sont pas au nombre des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour, mais s'appliquent uniquement aux étrangers qui présentent une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel, ainsi qu'il a été dit au point 7 ci-dessus, n'est pas applicable aux ressortissants algériens et n'a pas d'équivalence dans les stipulations de l'accord franco-algérien. Par suite, M. A - qui au demeurant ne résidait pas habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué - n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû soumettre sa demande d'admission exceptionnelle au séjour à la commission du titre de séjour.

12. En cinquième lieu, si M. A résidait depuis près de six années en France à la date de l'arrêté attaqué, les quelques bulletins de salaire qu'il produit ne permettent pas de justifier d'une insertion professionnelle, ni de perspectives sérieuses d'une telle insertion. Il est célibataire, sans enfant, et ne fait état d'aucune attache familiale en France. Il se borne, s'agissant de ses relations sociales, à invoquer le lien amical qu'il a noué avec la personne qui l'héberge. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de cette mesure. Dès lors, la mesure d'éloignement prise à son encontre ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En sixième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour n'est pas illégale, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et la décision fixant le délai de départ volontaire devront être annulées par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 février 2024 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au profit du conseil de M. A en application de ces dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lombard, premier conseiller,

Mme Le Toullec, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

L'assesseur le plus ancien,

Alexandre LOMBARD

Le président-rapporteur,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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