mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401282 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Cariou, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 février 2024 par laquelle le département de Loir-et-Cher a indiqué qu'il cesserait de prendre en charge ses frais d'hébergement à compter du 1er avril 2024 ;
3°) d'enjoindre au département de Loir-et-Cher de continuer à financer son hébergement au sein de l'hôtel la Renaissance, postérieurement au 1er avril 2024 ;
4°) de mettre à la charge du département de Loir-et-Cher le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant renonciation de celui-ci à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'urgence est constituée dès lors qu'elle est sans ressources et dans l'impossibilité de régler les frais de son hébergement au sein de l'hôtel où elle était jusque-là accueillie avec sa famille ; elle va donc se retrouver à la rue dans moins de huit jours avec quatre jeunes enfants, dont le dernier, né en janvier 2024, n'a pas été reconnu par son père, ce qui constitue une atteinte grave au droit à l'hébergement d'urgence reconnu à toute personne sans abri se trouvant en situation de détresse médicale, psychique ou sociale ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui n'est pas suffisamment motivée ;
- le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est également de nature à faire naître un doute sérieux sur cette décision ;
- il en va de même du moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, sa particulière vulnérabilité ne faisant aucun doute puisqu'elle élève seule quatre enfants, dont le dernier n'a pas été reconnu par son père et alors qu'elle est sans nouvelle des pères des trois ainés ; quand bien même elle serait régulièrement en lien avec eux, cela ne ferait pas obstacle à une prise en charge par le département ; en outre, en dénonçant avec un très court préavis la prise en charge hôtelière, le département ne lui a pas permis de disposer d'une autre solution d'hébergement en urgence ;
- est aussi susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigeuse le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de New-York.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2024, le département de Loir-et-Cher, représenté par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- en ce qui concerne l'urgence, la requérante n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'elle aurait accompli des démarches pour trouver un hébergement et que celles-ci auraient échoué ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la violation des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et de l'Union européenne consacrant un droit à être entendu sont inopérants ;
* il n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation puisqu'en l'espèce, alors que la naissance d'un quatrième enfant au cours de la période de prise en charge permet de douter de l'isolement de la mère, la requérante n'apporte aucun élément d'explication, notamment quant à sa relation avec le père ;
* il n'a pas été porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants, la requérante ayant bénéficié d'une information en amont, afin de lui permettre d'accomplir les démarches pour bénéficier d'autres dispositifs de prise en charge.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 mars 2024 sous le n° 2401281 tendant à l'annulation de la décision du 26 février 2024.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 avril 2024 à 14 h 00 :
- le rapport de Mme Rouault-Chalier, juge des référés ;
- les observations de Me Cariou, représentant Mme B, qui a conclu aux mêmes fins que dans la requête, sauf en ce qui concerne la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire qu'elle a indiqué abandonner après que le bénéfice de cette aide a été accordé à la requérante par une ordonnance du 12 avril 2024 ; elle a par ailleurs repris les différents moyens invoqués en les développant et en rappelant que la circonstance que deux des enfants de Mme B ont le même père et ont été reconnus a posteriori par ce dernier, ne change rien à la situation d'isolement de l'intéressée, au sens des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ; elle a en outre insisté sur le fait que le dernier enfant de la requérante, qui est âgé de trois mois, n'a pas, pour sa part, été reconnu par son père ; enfin, elle a souligné qu'il ne peut être reproché à Mme B de ne pas avoir recherché une autre solution de relogement compte tenu de la brutalité avec laquelle la décision a été prise, sans aucun préavis ;
- et les observations de Me Tissier-Lotz, représentant le département de Loir-et-Cher, qui a maintenu ses écritures en défense en insistant sur le fait que la sortie du dispositif instauré au profit des mères isolées n'induit pas la cessation de la fourniture de toutes autres prestations par le département ; elle a par ailleurs fait valoir que la naissance d'un ou de plusieurs enfants reconnus par le même père postérieurement à la prise en charge révèle l'existence " d'un projet de famille " faisant obstacle à ce que la mère puisse continuer à être considérée comme étant isolée et justifiant, le cas échéant, une prise en charge par l'Etat au titre du dispositif d'hébergement d'urgence ; elle a enfin indiqué, concernant la situation particulière de Mme B, et compte tenu du très jeune âge de son dernier enfant n'ayant pas été reconnu par son père, " s'en rapporter à la sagesse " sur la notion d'isolement.
En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, l'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 28 juillet 1994, est arrivée en juin 2018 en France. Mère de quatre enfants respectivement nés le 1er juin 2011, le 17 août 2018, le 18 décembre 2021 et le 7 janvier 2024, elle est prise en charge avec ces derniers au titre de l'aide sociale à l'enfance par le département de Loir-et-Cher depuis le 20 juillet 2022. Par sa requête ci-dessus analysée, elle demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 26 février 2024, notifiée le 14 mars 2024, par laquelle le département de Loir-et-Cher a indiqué qu'il cesserait de prendre en charge ses frais d'hébergement à compter du 1er avril 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental, au titre des dispositions de l'article L. 222-5 (4°) du code de l'action sociale et des familles, des " femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile ", la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il est demandé la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
4. D'une part, cette condition d'urgence est, ainsi qu'il a été dit au point précédent, en principe constatée dans le cas d'un refus de poursuivre la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance. D'autre part, le département de Loir-et-Cher ne fait état d'aucune circonstance particulière. Enfin, il résulte de l'instruction que Mme B établit être la mère de quatre enfants dont l'aîné, âgé de treize ans et demi, est né en République démocratique du Congo, dont les deux suivants, âgés de cinq ans et demi et deux ans, sont nés en France du même père qui les a reconnus et dont le dernier, âgé de trois mois, est né de père inconnu. La requérante soutient, sans être sérieusement contestée sur ce point, être sans ressources et ne disposer d'aucun soutien de quelque nature que ce soit, en particulier de la part du père de ses deuxième et troisième enfants, dont il résulte de l'instruction qu'il résidait dans le Val-de-Marne à la date du 30 septembre 2022 à laquelle il a reconnu l'enfant de Mme B né le 17 août 2018. La requérante indique qu'isolée avec deux jeunes enfants et un nourrisson, et ne disposant d'aucune solution d'hébergement, elle perdra, en l'absence de la prise en charge assurée par le département depuis le 22 juillet 2022, le bénéfice de son hébergement. Par suite, la décision en litige cause à la requérante un préjudice grave et immédiat.
5. Dès lors, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 222-5 (4°) du code de l'action sociale et des familles apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du département de Loir-et-Cher du 26 février 2024, notifiée le 14 mars suivant, de mettre fin à la prise en charge de Mme B et de ses enfants au titre de l'hébergement d'urgence à compter du 1er avril 2024.
7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 26 février 2024 par laquelle le département de Loir-et-Cher a mis fin à la prise en charge des frais d'hébergement à l'hôtel de Mme B et de ses enfants.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif qui la fonde, la présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre au département de Loir-et-Cher de maintenir sans délai la prise en charge des frais d'hébergement à l'hôtel de Mme B et de ses enfants, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête n° 2401281.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cariou, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département de Loir-et-Cher le versement à Me Cariou de la somme de 1 500 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 26 février 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête n° 2401281.
Article 2 : Il est enjoint au département de Loir-et-Cher de maintenir sans délai la prise en charge des frais d'hébergement à l'hôtel de Mme B et de ses enfants jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête présentée par l'intéressée devant ce tribunal.
Article 3 : Sous réserve que Me Cariou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, le département de Loir-et-Cher versera à Me Cariou une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au département de Loir-et-Cher et à Me Cariou.
Fait à Orléans, le 17 avril 2024.
La juge des référés,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026