jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401331 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | KONATE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, M. A B, représenté par Me Konate, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
3°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous la même astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
Le refus de séjour :
- est insuffisamment motivé ;
- est illégal dès lors que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
L'obligation de quitter le territoire :
- est insuffisamment motivée ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'assignation à résidence :
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;
- est entachée d'un défaut de base légale, le délai de départ volontaire n'étant pas expiré ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés, d'une part, de ce que " les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont tardives et irrecevables " et, d'autre part, de ce que " l'arrêté du 30 novembre 2023 étant définitif, l'exception d'illégalité de cet arrêté présentée à l'encontre de la décision portant assignation à résidence ne peut qu'être écartée ".
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 à 10h00 :
- le rapport de M. Gauthier, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Konate, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 25 mars 1976, est entré en France le 25 janvier 2022 muni d'un visa de long séjour " stagiaire " valant titre de séjour. Par une lettre du 8 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en se prévalant d'un contrat de travail conclu avec un club de football pour un emploi d'entraîneur. Par une décision du 27 juillet 2022, le préfet de Loir-et-Cher a, d'une part, rappelé à l'intéressé qu'il ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour en qualité de " stagiaire " et, d'autre part, refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un jugement n° 2203784 du 25 janvier 2024 le tribunal administratif d'Orléans a, d'une part, annulé cette décision au motif qu'elle était insuffisamment motivée en droit et, d'autre part, enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé. Entre-temps, M. B a sollicité le 15 mai 2023 son admission exceptionnelle au séjour mais par un arrêté du 30 novembre 2023 le préfet de Loir-et-Cher a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Et par un arrêté du 21 mars 2024 ce préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés des 30 novembre 2023 et 21 mars 2024.
Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.
En ce qui concerne l'arrêté portant refus de titre et obligation de quitter le territoire :
Sur l'étendue du litige :
4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions accessoires à ces dernières ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire :
5. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 30 novembre 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire a été envoyé à M. B par lettre recommandée avec accusé de réception. Un avis de passage du facteur a été remis à l'intéressé le 4 décembre 2023 lui indiquant qu'il pourrait retirer le pli au bureau de poste de Contres à compter du 6 décembre suivant. Si le requérant soutient s'être présenté au bureau de poste le 18 décembre 2023 soit dans le délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile et que les services de la poste n'ont pas pu lui remettre le pli qui avait été retourné au service expéditeur, il ne l'établit pas, alors que le pli a été retourné avec la mention " Pli avisé non réclamé " à la préfecture qui l'a reçu le 28 décembre 2023.
7. En application des dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B disposait d'un délai de trente jours pour saisir le tribunal administratif. Sa requête, enregistrée au greffe du tribunal le 4 avril 2024 est tardive et, par suite, irrecevable.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
8. En premier lieu, il résulte des points 5 à 7 du jugement que l'arrêté du 30 novembre 2023 étant devenu définitif, l'exception d'illégalité de cet arrêté présentée à l'encontre de la décision portant assignation à résidence ne peut qu'être écartée
9. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le délai de départ volontaire d'une durée de trente jours fixé par l'arrêté du 30 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français était expiré à la date de l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, ce dernier arrêté n'est pas entaché de défaut de base légale.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré () ".
11. M. B, qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dont le délai de départ volontaire est expiré, est au nombre des étrangers susceptibles de faire l'objet d'une assignation à résidence. Le requérant, par les documents qu'il verse aux débats, ne démontre pas que l'exécution de la décision d'éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Le préfet a pu légalement assortir sa décision d'assignation à résidence de l'obligation pour l'intéressé de se présenter à la gendarmerie de Contres tous les lundis, mercredis et vendredis, y compris les jours fériés à 8 heures 30, compte tenu de la nécessité de mettre en œuvre aussi rapidement que possible l'éloignement de l'étranger. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qui entacherait l'arrêté d'assignation à résidence doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. B, dont l'ensemble de la cellule familiale réside dans son pays d'origine, n'établit pas que l'obligation de se présenter à la gendarmerie de Contres présenterait un caractère excessif. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, d'une part, de l'arrêté du 30 novembre 2023 du préfet de Loir-et-Cher en tant qu'il a fait obligation à M. B de quitter le territoire et a fixé le pays de destination et, d'autre part de l'arrêté 21 mars 2024 du préfet de Loir-et-Cher portant assignation à résidence de M. B, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 novembre 2023 du préfet de Loir-et-Cher refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Eric GAUTHIER
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026