Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 avril 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Guard Force Agency, représentée par Me Khiter, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 13 mars 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privés de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une autorisation d’exercer une activité de sécurité privée ;
2°) d’enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer cette autorisation dès la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en l’absence de respect du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle se fonde sur la prétendue mauvaise moralité de son dirigeant alors que celui-ci dispose d’un titre de dirigeant depuis 2019 ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’elle remplit les conditions posées par les articles L. 612-9 à L. 612-19 du code de la sécurité intérieure, ce que le directeur du CNAPS s’est abstenu d’apprécier.
Par ordonnance du 15 novembre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 16 décembre 2024.
Un premier mémoire en défense, présenté par le CNAPS a été enregistré le 15 septembre 2025, postérieurement à la clôture d’instruction, et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- et les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Par une décision du 13 mars 2024, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté la demande de délivrance d’une autorisation d’exercer une activité privée de sécurité, présentée pour le compte de la société par actions simplifiée (SAS) Guard Force Agency par son dirigeant, titulaire en cette qualité d’un agrément délivré le 22 octobre 2019. La SAS Guard Force Agency demande au tribunal d’annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure « Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes (…) ». Aux termes de l’article L. 612-1 de ce code : « Seules peuvent être autorisées à exercer à titre professionnel, pour elles-mêmes ou pour autrui, les activités énumérées aux 1° à 3° de l'article L. 611-1, et à titre professionnel, pour autrui exclusivement, l'activité mentionnée au 4° du même article L. 611-1 : / 1° Les personnes physiques ou morales immatriculées au registre du commerce et des sociétés (…) ». Aux termes de l’article L. 612-6 du même code : « Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat (…) ». En vertu du dernier alinéa de l’article L. 612-7, cet agrément ne peut être délivré à la personne dont il résulte de l’enquête administrative que son « comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions » précédemment énumérées.
D’autre part, aux termes de l’article L. 612-9 du code de la sécurité intérieure : « L'exercice d'une activité mentionnée à l'article L. 611-1 est subordonné à une autorisation distincte pour l'établissement principal et pour chaque établissement secondaire (…) ». Aux termes de l’article L. 612-16 du même code : « L'autorisation prévue à l'article L. 612-9 peut être retirée : (…) 2° A la personne morale ou à l'établissement secondaire qui conserve comme dirigeant ou gérant une personne titulaire de l'agrément mais ne remplissant plus les conditions exigées à l'article L. 612-7, ou une personne dont l'agrément a été retiré (…) ». Aux termes de l’article R. 612-6 de ce code : « Le dossier de la demande d'autorisation administrative présentée par les entreprises exerçant les activités mentionnées aux articles L. 611-1 et L. 613-13 comprend également les justifications requises par l'article L. 612-7 ».
Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à la SAS Guard Force Agency la délivrance d’une autorisation d’exercer une activité privée de sécurité sur le fondement des articles L. 612-9 et suivants du code de la sécurité intérieure, le directeur du CNAPS s’est fondé sur la circonstance que son dirigeant ne remplissait plus les conditions exigées à l’article L. 612-7 du même code dès lors qu’il résultait de l’enquête administrative ayant donné lieu à consultation des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les service de police et de gendarmerie nationales, que celui-ci avait été mis en cause pour des faits de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commis du 25 avril au 31 août 2015. Il est cependant constant qu’à la date de la décision attaquée, le dirigeant de cette société disposait d’un agrément en cette qualité, délivré le 22 octobre 2019 et valable jusqu’au 22 octobre 2024. Dans ces conditions, ainsi que le soutient la SAS Guard Force Agency, le directeur du CNAPS ne pouvait légalement lui refuser la délivrance d’une autorisation d’exercice.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la SAS Guard Force Agency est fondée à demander l’annulation de la décision du 13 mars 2024.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
En raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sous réserve de l’absence de changement survenu dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que l’autorisation sollicitée soit délivrée à la société requérante sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d’enjoindre au directeur du CNAPS de délivrer cette autorisation à la SAS Guard Force Agency dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SAS Guard Force Agency dans le cadre du présent litige et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité du 13 mars 2024 est annulée.
Article 2 : Sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, il est enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à la SAS Guard Force Agency l’autorisation d’exercer une activité privée de sécurité dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera la somme de 1 500 euros à la SAS Guard Force Agency au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Guard Force Agency et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l’audience du 18 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025.
La rapporteure,
Fatoumata DICKO-DOGAN
La présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.