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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401463

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401463

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE - CRA OLIVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 avril 2024 et le 15 avril 2024, M. A B, représenté par Me Thominette, avocate, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et a été pris en méconnaissance de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 17 avril 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par un arrêté du 12 avril 2024, le préfet des Côtes-d'Armor a prononcé le placement de M. B en centre de rétention administrative.

Par une ordonnance du 14 avril 2024, le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans a prolongé la rétention de M. B pour une durée de vingt-huit jours.

Par une ordonnance du 16 avril 2024, le premier président de la cour d'appel d'Orléans a confirmé l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du 14 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Thominette, représentant M. B, et de M. B, assisté de M. C interprète. M. B persiste dans ses conclusions et ajoute que les faits de violence conjugale qui lui sont reprochés par le préfet ne sont pas avérés comme en atteste l'avis de classement sans suite du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc, qu'il a un projet personnel et professionnel bien établi et que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10 heures 47.

Le dispositif du jugement assorti de la formule exécutoire a été communiqué sur place aux parties présentes à l'audience qui en ont accusé réception.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 5 janvier 1994, est entré sur le territoire français le 30 septembre 2021 muni d'un passeport revêtu d'un visa C famille de français valable quatre-vingt-dix jours. Le 2 novembre 2021, il a déposé une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante français avec laquelle il s'était marié le 28 décembre 2020. Un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " valable du 8 novembre 2021 au 7 novembre 2022 lui a été délivré par le préfet des Côtes-d'Armor. A l'occasion du renouvellement de son titre de séjour, il a sollicité un changement de statut et demandé que lui soit délivré un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 1er février 2023, le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Rennes qui par un jugement du 26 mai 2023, confirmé par une ordonnance du 11 décembre 2023 du président de la cour administrative d'appel de Nantes, a rejeté sa requête. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français, il a été interpellé le 11 avril 2024 par les forces de l'ordre dans le cadre d'un contrôle routier. Par l'arrêté attaqué du 12 avril 2024, le préfet des Côtes-d'Armor a, en application des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et par un arrêté du même jour, il a ordonné son placement en centre de rétention.

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte par d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

3. Il est constant que le requérant n'a pas déféré à l'obligation qui lui a été faite, par arrêté du 1er février 2023, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dès lors, en l'absence de circonstances humanitaires s'y opposant, le préfet pouvait légalement prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant justifie être entré sur le territoire français de manière régulière en septembre 2021, alors qu'il était âgé de vingt-sept ans, qu'il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " valable du 8 novembre 2021 au 7 novembre 2022 et qu'il n'est pas dépourvu de toute attache en France dès lors qu'y résident trois de ses frères, dont deux ont la nationalité française. Par ailleurs, il justifie d'une vie commune depuis près d'un an avec une ressortissante française et d'une promesse d'embauche. Si ces éléments ne constituent pas une circonstance humanitaire faisant obstacle à l'adoption d'une interdiction de retour, ou ne sont pas de nature à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. B, qui n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement, ni d'aucune condamnation - la plainte déposée à son encontre ayant fait l'objet d'un classement sans suite -, est malgré tout fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée d'interdiction du territoire. Par suite, la décision attaquée est annulée en tant qu'elle excède la durée d'un an.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 12 avril 2024 du préfet des Côtes-D'Armor portant interdiction de quitter le territoire français est annulée en tant qu'elle excède la durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Stéphane D

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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