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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401664

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401664

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 avril 2024 et le 25 avril 2024,

M. C B, représenté par Me Aubry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'étendu de sa compétence en faisant application des nouvelles dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de

l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 25 avril 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Le tribunal a été informé, le 19 avril 2024, de ce que, par un arrêté du 18 avril 2024, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé l'assignation à résidence de M. B pour une durée de quarante-cinq jours.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République du Congo, né le 28 janvier 1948, est entré en France le 19 mai 2018 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 15 mai au 16 juillet 2018 délivré par les autorités consulaires françaises à Brazzaville. Par un arrêté du 27 novembre 2019, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Le 5 avril 2023, il a déposé une demande de titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Par l'arrêté attaqué du 22 janvier 2024, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un arrêté du 18 avril 2024, le préfet de Loir-et-Cher a assigné à résidence M. B dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours en application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi, qu'il a été dit au point 1, M. B a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions accessoires à ces dernières ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par l'article 1er de l'arrêté n° 41-2023-08-21-00023 du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 41-2023-08-015, le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation à M. Faustin Gaden, secrétaire général, " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher à l'exclusion des déclinatoires de compétence, des arrêtés de conflits et ce qui concerne l'exercice du droit de passer outre à un avis défavorable du contrôle financier a priori et à l'exercice du droit de réquisition du comptable. ". Cet article précise " qu'à ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société

démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2018 avec son épouse, qu'il est hébergé chez son fils, M. A E, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 16 août 2025 avec ses quatre petits-enfants, qu'il bénéficie de revenus stables au titre de sa pension et qu'il est inséré dans la société française. Cependant, le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire à la suite du rejet de sa demande de délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. En outre, il ne fait valoir l'existence d'aucune autre attache familiale et personnelle sur le territoire français en dehors de son épouse qui se trouve également en situation irrégulière, de son fils et de ses petits-enfants. Il ne démontre pas davantage être dépourvu d'attache dans son pays d'origine, où il a vécu avec son épouse jusqu'à l'âge de soixante-dix ans et où il ne conteste pas que résident toujours quatre de ses cinq enfants. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Le requérant soutient que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de ses quatre petits-enfants dont deux petits-fils, nés en 2019 et en 2020, et pour lesquels le juge aux affaires familiales de Blois, a par une ordonnance du 23 mars 2023, fixé la résidence des enfants au domicile du père, M. A E en prenant notamment en compte la présence des grands-parents. Toutefois, l'intérêt supérieur d'un enfant mineur ne commande pas, en lui-même, que son grand-père réside de manière habituelle auprès de cet enfant. Si le requérant allègue s'occuper de ses petits-enfants au quotidien, il ne justifie toutefois pas qu'il contribuerait effectivement et habituellement à la garde, à l'éducation et à l'entretien de ses petits-enfants, à l'égard desquels il ne détient pas l'autorité parentale et qui sont à la charge de leurs parents et non de leurs grands-parents. L'obligation faite à M. B de quitter le territoire français n'est ainsi pas de nature à priver les petits-enfants de la présence d'une personne qui participerait effectivement et de manière habituelle à leur garde, à leur éducation ou à leur entretien dans des conditions mettant en cause leur intérêt supérieur. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision faisant obligation à

M. B de quitter le territoire français a pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, la situation de ses petits-enfants. Par suite, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant au sens des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. B dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté préfectoral du 22 janvier 2024 sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la requête dirigées contre la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour à M. B, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives au frais d'instance qui s'y rattachent sont renvoyées à la formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La magistrate désignée,

Fatoumata D

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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