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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401696

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401696

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMABOUANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2024, M. H G, représenté par Me Mabouana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a assigné à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui restituer son passeport et de le munir d'un récépissé de demande de titre de séjour, le tout dans un délai de deux semaines suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de procéder un réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

4°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut, à son bénéfice en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence en l'absence de justification d'une délégation de signature régulière au bénéfice de l'auteur de l'acte ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'abord, qu'il a été relevé de sa peine d'interdiction judiciaire du territoire par un arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Orléans en date du 7 juin 2012, ensuite, que l'arrêté prononçant son expulsion a été implicitement abrogé à la suite de l'obtention le 2 mars 2012 d'une carte de résident en qualité de réfugié régularisant sa situation et, enfin, en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement, dès lors que son statut de réfugié ne peut lui être retiré sans information et invitation préalable à faire valoir ses observations, qu'il n'a pas davantage été rendu destinataire d'une telle décision conformément aux dispositions des articles L. 562-1 à L. 562-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il bénéficie toujours et en tout état de cause de la qualité de réfugié ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de douze ans, qu'il est père de deux enfants de nationalité française et qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de ses enfants et que son comportement n'est pas de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'il encourt un risque de mauvais traitement en cas de retour forcé au Tchad.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2024, le préfet d'Indre-et-Loire, représenté par Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Mabouana, représentant M. G, et de Me Termeau, représentant le préfet d'Indre-et-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. M. H G, ressortissant tchadien né le 23 juillet 1979, est entré irrégulièrement en France le 19 janvier 2001. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 août 2001, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 septembre 2004. Le 18 mai 2001, M. G a été condamné par le tribunal correctionnel d'Orléans à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence. Le 24 novembre 2003, il a été condamné par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel d'Orléans à une peine de cinq ans d'emprisonnement et à une interdiction du territoire français pendant trois ans pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme, extorsion et agression sexuelle, ainsi qu'à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales. A la suite de ces condamnations, le préfet d'Eure-et-Loir, par un arrêté du 12 décembre 2005, a prononcé l'expulsion de M. G du territoire français et le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement de ce tribunal du 17 juin 2008 confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 30 juin 2009. A la suite du réexamen de sa demande d'asile, la CNDA statuant sur le recours formé contre la décision de l'OFPRA du 23 mars 2011 rejetant sa demande, a, par une décision du 2 mars 2012, annulé cette décision et reconnu à M. G le statut de réfugié et, le 2 mars 2012, l'intéressé s'est vu attribuer pour ce motif une carte de résident d'une durée de dix ans par le préfet d'Indre-et-Loire. Puis par une décision du 23 décembre 2022, le directeur général de l'OFPRA a mis fin au statut de réfugié de M. G sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par un arrêté du 24 avril 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a prononcé l'assignation à résidence de M. G pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable. Par sa requête, M. G demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. G à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B I, directrice de cabinet de la préfecture d'Indre-et-Loire. Par un arrêté du 4 mars 2024 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, M. F C, préfet d'Indre-et-Loire, a donné à Mme B I délégation à l'effet de signer les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, M. E D, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'ait pas été absent ou empêché lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () / 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal () ".

6. D'une part, il résulte des énonciations de l'arrêté attaqué que la décision portant assignation à résidence de M. G est fondée sur la double circonstance qu'il fait l'objet d'un arrêté d'expulsion et qu'il s'est vu infliger une peine d'interdiction judiciaire du territoire français à titre définitif.

7. Il ressort des pièces du dossier que si M. G a été condamné à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français à titre définitif par la cour d'assises d'appel d'Indre-et-Loire le 8 décembre 2007 à raison de la commission de faits de viol en réunion, la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Orléans, par un arrêt du 7 juin 2012, l'en a relevé en totalité. Il en résulte que la situation du requérant ne satisfait pas aux conditions d'application des dispositions du 7° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Toutefois, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 632-3 du même code : " La décision d'expulsion peut à tout moment être abrogée ". Aux termes de L. 632-4 du même code : " Lorsque la demande d'abrogation est présentée à l'expiration d'un délai de cinq ans à compter de l'exécution effective de la décision d'expulsion, elle ne peut être rejetée qu'après avis de la commission mentionnée à l'article L. 632-1, devant laquelle l'intéressé peut se faire représenter ". Aux termes de l'article L. 632-5 de ce code : " Il ne peut être fait droit à une demande d'abrogation d'une décision d'expulsion présentée plus de deux mois après la notification de cette décision que si le ressortissant étranger réside hors de France. Cette condition ne s'applique pas : 1° Pour la mise en œuvre de l'article L. 632-6 ; 2° Pendant le temps où le ressortissant étranger subit en France une peine d'emprisonnement ferme ; 3° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une décision d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 ". Aux termes de l'article L. 632-6 dudit code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de cette décision. L'étranger peut présenter des observations écrites. / A défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours. Le réexamen ne donne pas lieu à consultation de la commission mentionnée à l'article L. 632-1 ". Aux termes de l'article R. 632-9 du même code : " La décision d'expulsion peut à tout moment être abrogée par l'autorité qui l'a prise ". Il résulte de ces dispositions qu'un arrêté d'expulsion a le double effet d'obliger l'étranger qui en fait l'objet à quitter le territoire français et de lui interdire d'y revenir aussi longtemps qu'il demeure en vigueur.

9. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'arrêté d'expulsion du 12 décembre 2005 aurait été abrogé, la délivrance d'un titre de séjour par le préfet d'Indre-et-Loire ne pouvant équivaloir à une abrogation implicite de cet acte. Dans ces conditions, l'arrêté du 12 décembre 2005 demeurant exécutoire, l'arrêté attaqué pouvait légalement s'appuyer sur ce motif précisément visé par le 6° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer l'assignation à résidence de M. G.

10. Il résulte de l'instruction que le préfet d'Indre-et-Loire aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif pour prononcer l'assignation à résidence de M. G. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris en sa première branche, doit être écarté.

11. D'autre part, M. G soutient qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement du fait de son statut de réfugié et à défaut de sa qualité de réfugié. Cependant, s'il est constant que le requérant s'est vu reconnaître le statut de réfugié par une décision de la CNDA du 2 mars 2012 et qu'il a bénéficié en cette qualité d'une carte de résident ayant expiré au 1er mars 2022, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 23 décembre 2022 notifiée le 7 mars suivant, le directeur général de l'OFPRA a mis fin à ce statut sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et M. G ne démontre, ni même n'allègue avoir formé un recours contre cette décision. Par ailleurs, s'il est exact que la perte de ce statut est sans effet sur la qualité de réfugié dont le requérant peut toujours se prévaloir et qui implique, notamment, la protection contre l'expulsion vers un pays où sa vie ou sa liberté serait menacée, l'arrêté en litige portant assignation à résidence n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner à destination de son pays d'origine. Au demeurant, il est constant qu'aucune décision fixant le pays de renvoi, requise pour procéder à l'exécution d'office de l'arrêté d'expulsion, n'était édictée à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces circonstances et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de l'arrêté d'expulsion ne demeurerait pas une perspective raisonnable à la date de la décision contestée portant assignation à résidence, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas davantage entaché sa décision d'illégalité pour ce motif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris en sa seconde branche, doit également être écarté.

12. En troisième lieu, si l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile interdit au préfet, sauf en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes, de prononcer l'expulsion de certaines catégories d'étrangers, cette disposition ne saurait être utilement invoquée à l'encontre d'un arrêté portant assignation à résidence, qui constitue une mesure d'exécution d'une décision d'expulsion antérieurement prise, dont au demeurant la légalité a été confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes en date du 30 juin 2009.

13. En dernier lieu, M. G ne peut utilement soutenir que la décision l'assignant à résidence lui fait courir un risque au cas de retour au Tchad dès lors qu'ainsi qu'il l'a été dit au point 11, cette mesure n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner à destination de son pays d'origine.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 avril 2024 présentées par M. G, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. G au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : M. G est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. G est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H G et au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Emmanuel A

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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