mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401802 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | BOUGHAZI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2024, M. A B, représenté par Me Zoulhira Boughazi, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 du préfet du Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Algérie comme pays de destination de sa reconduite ;
2) d'enjoindre au préfet du Cher de réexaminer sa situation administrative dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans l'attente de la décision sur sa demande dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée, a méconnu son droit à être entendu, n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation personnelle et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du 14 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 2 octobre 2001, a fait l'objet le 5 avril 2024 d'un contrôle routier par les services de police de Bourges et a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Il a déclaré être entré en France le 20 septembre 2020 par l'Espagne. Par l'arrêté attaqué du 5 avril 2024, le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
3. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 5 avril 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels le préfet l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. En l'espèce, le requérant soutient que le préfet ne lui a pas permis de s'exprimer sur l'éventuelle décision d'éloignement et de produire ses éventuelles observations à ce sujet. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été entendu par les services de police le 5 avril 2024 avant l'intervention de l'arrêté attaqué et qu'il a indiqué les conditions de son entrée sur le territoire français et informé les services de police de son mariage à Bourges avec une ressortissante française et de la grossesse de son épouse, de ses études de coiffure en Algérie, de l'absence d'emploi et de l'envoi par son frère d'une somme mensuelle de 400 euros pour subsister. Au demeurant, il ne donne aucune précision sur les éléments ou documents qu'il entendait produire ou faire valoir devant le préfet du Cher autres que ceux qu'il a fait valoir devant les services de police et qui auraient pu avoir une incidence sur la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe précité ne peut être accueilli.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué qui rappellent les éléments de fait évoqués au point 5, que le préfet du Cher a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle et familiale du requérant.
7. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il réside en France depuis septembre 2020, que l'essentiel de ses attaches familiales et privées se situe désormais en France dès lors qu'il a fait le choix de s'y installer durablement pour y construire une famille, qu'il ne peut plus retourner dans son pays d'origine dans lequel il n'a plus aucune attache, qu'il a rencontré l'amour de sa vie le 29 août 2022, qu'il vit avec Mme C, ressortissante française, depuis le mois d'octobre 2022 et s'est marié avec elle le 16 décembre 2023 à la mairie de Bourges, qu'ils attendent un enfant dont la naissance est prévue le 3 août 2024, qu'il souhaite rester auprès de son épouse, préparer l'arrivée de son premier enfant et entend s'investir et contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant à naître, qu'il n'est pas polygame et respecte les lois de la République française. Toutefois, il est entré assez récemment en France et n'a pas cherché à régulariser sa situation au regard du droit au séjour même après son mariage avec Mme C. Par ailleurs, sa relation et son mariage avec Mme C sont très récents et rien ne fait obstacle à ce qu'il revienne en France rejoindre son épouse après avoir obtenu le visa délivré par les autorités françaises compétentes. En outre, l'enfant de Mme C, dont il est le père, n'est pas né à la date de l'arrêté attaqué. Enfin, l'intéressé n'établit pas qu'il n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine alors qu'au demeurant, il a indiqué aux services de police recevoir une somme mensuelle de 400 euros de son frère pour subvenir à ses besoins. Dans ces conditions, eu égard au caractère très récent du mariage du requérant et à la durée et aux conditions de son séjour en France et même si le préfet ne remet pas en cause la communauté de vie des époux, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
9. Il ressort de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Céline BOISGARDLa République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026