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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401866

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401866

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSELARL FREDERIC ALQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2024, Mme F B A, représentée par Me Frédéric Alquier, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 du préfet d'Indre-et-Loire rejetant sa demande d'admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la République Démocratique du Congo comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que le refus de séjour méconnaît l'article L. 425-9 et les articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 27 décembre 2016.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de la République Démocratique du Congo née le 4 mars 1976, a déclaré être entrée en France le 25 janvier 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 28 mars 2019, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 9 septembre 2019 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 10 février 2020 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 9 juin 2020, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine. Par un jugement n° 2002106 du 14 octobre 2020 devenu définitif, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif d'Orléans a rejeté son recours tendant à l'annulation de cet arrêté. Le 16 juin 2020, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée pour irrecevabilité par une décision du 22 juin 2020 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 22 décembre 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite d'un avis favorable du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 16 août 2021, le préfet d'Indre-et-Loire lui a délivré une autorisation provisoire de séjour de six mois, renouvelée pour une nouvelle période de six mois. A la suite d'avis favorables du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration des 7 avril 2022 et 10 juin 2023, une carte de séjour temporaire de dix-huit mois lui a été délivrée. Le 22 août 2023, l'intéressée a sollicité une nouvelle carte de séjour pour raisons médicales. A la suite d'un avis défavorable du collège des médecins de l'office précité, le préfet d'Indre-et-Loire, par l'arrêté attaqué du 29 janvier 2024 a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la requête :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". En vertu de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 n'est pas délivré. Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès la réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa. Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. Il peut être assisté d'un interprète et d'un médecin. Lorsque l'étranger est mineur, il est accompagné de son représentant légal. () ". Enfin, en vertu de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, le collège de médecins du service médical de l'OFII désigné afin d'émettre un avis doit préciser : " a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

3. D'une part, la requérante soutient qu'il convient au préfet de produire l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration afin de démontrer qu'il a été émis conformément à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité, notamment quant à la collégialité des débats. Le préfet d'Indre-et-Loire produit l'avis du collège des médecins en date du 18 décembre 2023 qui mentionne le nom du médecin rapporteur et les noms des trois médecins formant le collège qui a rendu l'avis, lequel ne comprend pas le médecin rapporteur, ainsi que le " bordereau de transmission " mentionnant que le rapport médical a été établi le 20 novembre 2023 par le docteur C D et que le rapport de ce médecin a été transmis au collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration le 22 novembre 2023 lequel a rendu son avis le 18 décembre 2023. Il s'ensuit que l'avis a été émis dans le respect des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Par suite, la procédure suivie devant le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas entachée d'irrégularité.

4. D'autre part, selon l'avis du 18 décembre 2023 du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers ce pays. La requérante soutient qu'elle souffre d'un symptôme d'apnée du sommeil sévère, qu'elle a connu des embolies pulmonaires, qu'elle a développé un symptôme dépressif et qu'elle est obèse. Toutefois, l'attestation médicale du 17 février 2024 de praticiens de la faculté de médecine de l'université de Kinshasa est insuffisante, eu égard à son contenu peu circonstancié et se bornant à indiquer que le matériel dont ils disposent ne peut leur permettre d'assurer la prise en charge du symptôme d'apnée du sommeil de l'intéressée dans les mêmes conditions que celles d'établissements assez modernes à l'étranger, pour établir qu'elle ne pourrait bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. Il en est de même du certificat en date du 21 février 2024 établi par un médecin d'un cabinet de pneumologie de Tours qui se borne à indiquer que la requérante est appareillée par ventilation nocturne en pression positive continue pour un syndrome d'apnées du sommeil sévère qui justifie un suivi régulier sans aucune précision sur la possibilité ou non pour l'intéressée de bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. Ces documents sont donc insuffisants pour remettre en cause l'avis du collège de médecins et la décision du préfet. Par suite, la requérante ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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