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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2401957

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401957

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2401957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, Mme A C, représentée par

Me Laurent Toubale, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 du préfet de Loir-et-Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant l'Arménie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née le 12 février 1992, a déclaré être entrée sur le territoire français le 11 février 2023 sous couvert de son passeport valable jusqu'au 13 décembre 2032 revêtu d'un visa de type court séjour délivré par la Grèce valable du 7 février 2023 au 3 mars 2023. Elle s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la validité de son visa et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 2 mai 2023. Sa demande a été rejetée par une décision du 15 décembre 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 29 février 2024 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 26 avril 2024, le préfet de Loir-et-Cher l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Arménie et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de

celui-ci ". L'arrêté attaqué a été signé par M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par l'article 1er d'un arrêté n° 41-2023-08-21-00023 du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 41-2023-08-015 et mis en ligne sur le site de la préfecture, le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation à M. Faustin Gaden, secrétaire général, " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher à l'exclusion des déclinatoires de compétence, des arrêtés de conflits et ce qui concerne l'exercice du droit de passer outre à un avis défavorable du contrôle financier a priori et à l'exercice du droit de réquisition du comptable. ". Cet article précise " qu'à ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature n'est pas générale et absolue. Par ailleurs, si les prénom, nom et qualité de M. B sont difficilement lisibles sur l'arrêté attaqué, la signature est identique à celle figurant sur la lettre d'envoi de l'arrêté laquelle comporte de manière lisible le prénom et le nom de M. Faustin Gaden et l'arrêté attaqué vise l'arrêté de délégation de signature précité lequel rappelle que M. B est secrétaire général de la préfecture ce qui permettait de déterminer sans ambiguïté que l'arrêté a été signé par M. B. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente et méconnaît les prescriptions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, la requérante soutient que dans la mesure où elle avait introduit une demande d'admission au séjour au titre de l'asile et évoquait du même coup le sort de ses deux jeunes filles scolarisées en France, le préfet devait se prononcer sur cette demande. Toutefois, elle ne produit aucun document ou élément justifiant du dépôt d'une demande d'admission au séjour à un autre titre que l'asile. Par suite, et en tout état de cause, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Loir-et-Cher a méconnu l'étendue de sa compétence.

6. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. En se prévalant de ces stipulations, la requérante soutient qu'elle est certaine d'être persécutée à nouveau par son mari en cas de retour en Arménie. Toutefois, elle ne produit aucun élément ou document de nature à établir qu'elle ferait l'objet de persécutions de la part de son mari sans pouvoir bénéficier de la protection des autorités de son pays. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Céline BOISGARDLa République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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