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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402018

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402018

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHAJJI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mai et 3 juin 2024, M. A F D, représenté par Me Hajji, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a prononcé son maintien au centre de rétention administrative d'Olivet ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'un vice d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est illégal dès lors que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle en particulier au regard de son état de vulnérabilité ;

- méconnaît l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public ;

- est illégal dès lors qu'il ne prend pas en compte son état de santé ;

- méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un arrêté du 17 mai 2024, le préfet de la Sarthe a placé M. D au centre de rétention administrative d'Olivet.

Par une ordonnance du 19 mai 2024 le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans a prolongé la rétention de M. D pour une durée de 28 jours.

Par une ordonnance du 22 mai 2024 le juge des libertés et de la détention à la cour d'appel d'Orléans a confirmé l'ordonnance de prolongation de la rétention de M. D pour une durée de 28 jours.

Par une décision du 24 mai 2024, le directeur de l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile présentée le 24 mai 2024 par M. D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juin 2024 à 14h30 :

- le rapport de M. Gauthier, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Hajji, représentant M. D, en présence de ce dernier assisté de Mme B, interprète. Me Hajji indique notamment que M. D a consulté le matin même de l'audience un médecin qui lui a remis une ordonnance prescrivant un traitement médicamenteux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant russe né le 21 mai 1986, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 mai 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a prononcé son maintien au centre de rétention administrative d'Olivet.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, par un arrêté préfectoral n° 72-2024-04-15-00014 du 15 avril 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné à Madame E C, directrice de cabinet, signataire de l'arrêté attaqué, délégation de signature à l'effet de signer notamment " les arrêtés de maintien en rétention administrative ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ". Et aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision. En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3 ".

8. Le maintien en rétention administrative de M. D est justifié par le fait qu'il s'est soustrait à l'exécution des obligations de quitter le territoire français prononcées à son encontre les 19 novembre 2020 et 12 juillet 2023, n'a justifié d'aucune démarche afin de s'y conformer spontanément et n'a d'ailleurs pas respecté l'obligation de pointage lorsqu'il fut un temps assigné à résidence. En outre, et en tout état de cause, le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 mai 2024, n'établit pas par les pièces qu'il produit qu'il serait exposé à des menaces ou risques personnels, réels et actuels dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que la demande d'asile que M. D a présentée en rétention l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement du 12 juillet 2023 qui, à défaut d'avoir été contestée devant la juridiction administrative, est devenue définitive. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur de droit.

9. En cinquième lieu, M. D soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné, d'une part, le 25 avril 2019 par le tribunal correctionnel d'Alençon à une peine de 6 mois d'emprisonnement pour des faits de voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valide et, d'autre part le 5 décembre 2023 par le tribunal judiciaire du Mans à une peine de 8 mois d'emprisonnement pour des faits de vol dans un local d'habitation ou lieu d'entrepôt en récidive, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, violence sur un militaire de la gendarmerie nationale sans incapacité, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, non-respect de l'assignation à résidence par étranger devant quitter le territoire français et violence n'ayant entraîné aucune incapacité de travail. Il ressort également de l'extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé qu'il a été condamné également à 13 reprises entre le 7 octobre 2014 et le 17 février 2021. Eu égard à la répétition des faits commis par le requérant et au caractère récent de certains d'entre eux, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que la présence en France de M. D constituait une menace pour l'ordre public.

10. En sixième lieu, si M. D soutient que l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il ne prend pas en compte son état de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier que la pathologie dont souffre l'intéressé l'empêcherait de voyager et ne pourrait être prise en charge dans son pays d'origine.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. D ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale en France. Il ne justifie d'aucune intégration sur le territoire national. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnaît ni le droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F D, à Me Hajji et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Eric GAUTHIER

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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