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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402044

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402044

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLICOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2024, M. E C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 du préfet du Calvados portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-réadmission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature appropriée et régulièrement consentie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle ne pouvait, sans erreur d'appréciation, être fondée sur la circonstance qu'il constituerait une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article R. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été effectivement en mesure de déposer sa demande d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature appropriée et régulièrement consentie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature appropriée et régulièrement consentie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet ne pouvait, sans méconnaître le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer qu'il ne présente pas des garanties de représentation suffisantes.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature appropriée et régulièrement consentie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu de ses attaches en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'erreur entachant l'appréciation du risque pour l'ordre public est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République algérienne démocratique et populaire signée à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lacassagne, président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1 à L. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacassagne,

- les observations de Me Licoine pour M. C, qui a précisé que les craintes en cas de retour en Algérie sont fondées sur une prise de position critique à l'égard du régime que l'intéressé a rendue publique avant son départ de son pays,

En présence de :

- M. C, requérant,

- M. D désigné en qualité d'interprète du requérant par le président du tribunal administratif.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, est entré irrégulièrement en France en janvier 2022, selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet du Val-de-Marne le 21 décembre 2023, qu'il n'a pas exécutée. Il a été écroué le 11 mars 2024 pour une durée de 3 mois pour vol et recel de bien provenant d'un vol. Lors de sa détention, il a souhaité déposer une demande d'asile et a été mis en possession du dossier à cette fin. Par un arrêté du 21 mai 2024, le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a édicté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 mai 2024 :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B A, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Calvados 4 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. L'article 6 de cet arrêté lui donne compétence pour signer les refus de séjour, obligations de quitter le territoire français, décisions refusant ou octroyant un délai de départ volontaire, désignation du pays de destination et interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'incompétence doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée irrégulière et de séjour de M. C en France et les circonstances qu'il n'a pas introduit sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai de 21 jours, qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement, qu'il n'établit aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Calvados aurait omis de procéder à un examen complet de la situation de M. C.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 531-2 du même code : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat. L'autorité administrative compétente informe immédiatement l'office de l'enregistrement de la demande et de la remise de l'attestation de demande d'asile. / L'office ne peut être saisi d'une demande d'asile que si celle-ci a été préalablement enregistrée par l'autorité administrative compétente et si l'attestation de demande d'asile a été remise à l'intéressé. " Aux termes de l'article R. 531-2 du même code : " A compter de la remise de l'attestation de demande d'asile selon la procédure prévue à l'article R. 521-8, l'étranger dispose d'un délai de vingt et un jours pour introduire sa demande d'asile complète auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. "

6. Il résulte de ces dispositions que, si l'étranger ayant déposé sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dispose du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de celui-ci, il doit introduire sa demande d'asile complète dans le délai de 21 jours à compter de l'enregistrement de sa demande par l'autorité préfectorale et la remise par celle-ci de l'attestation de demande d'asile.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu remettre le 9 avril 2024 l'attestation de demande d'asile et l'ensemble des pièces nécessaires à l'introduction de sa demande d'asile auprès de l'OFPRA. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, le 21 mai 2024, le requérant n'avait pas saisi l'OFPRA. S'il soutient qu'il n'a pas pu déposer sa demande en temps utile au motif qu'alors qu'il était incarcéré et qu'il avait sollicité l'aide de la CIMADE pour rédiger sa demande d'asile, cette association ne l'a pas recontacté avant le terme du délai qui lui était imparti, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que l'assistance de cette association n'est pas requise à peine d'irrecevabilité de la demande d'asile.

8. Au surplus, il résulte de la combinaison des articles L. 542-1, L. 542-2 1° c) et

L. 753-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le droit au maintien sur le territoire ne bénéficie, pour les étrangers ayant sollicité l'asile en cours de rétention administrative, que jusqu'à la date de la décision de l'OFPRA. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA, saisi de la demande d'asile présentée par M. C au cours de sa rétention administrative, a statué par décision du 30 mai 2024. Par suite, alors même que le requérant aurait saisi la Cour nationale du droit d'asile d'un recours contre cette décision, il ne peut en tout état de cause pas invoquer le droit au maintien sur le territoire.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'est pas entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait par suite dans le champ d'application des dispositions citées au point précédent et le préfet du Calvados pouvait, pour cette raison, lui faire obligation de quitter le territoire français comme il l'a fait par l'arrêté contesté. Dès lors, le requérant ne peut utilement contester cette décision en invoquant la circonstance qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que M. C n'est pas fondé à prétendre que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

13. En second lieu, Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Enfin, aux termes de l'article L. 6123 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6,

L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

14. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, le préfet du Calvados s'est fondé sur le 8° de l'article L. 612-3 précité. Alors même que le requérant disposerait d'une résidence effective et permanente comme indiqué au 8° de ces dispositions, ce qui ne résulte d'ailleurs pas des pièces du dossier, le préfet pouvait légalement estimer qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il est constant que M. C ne dispose pas de documents d'identité ou de voyage.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement :

16. M. C se borne à indiquer qu'il craint pour sa vie et sa liberté en cas d'éloignement à destination de l'Algérie. Toutefois, outre la circonstance que le statut de réfugié lui a été refusé par l'OFPRA, le requérant ne précise pas les risque encourus et n'a fait qu'évoquer, lors de l'audience publique, la circonstance que ces craintes sont fondées sur une prise de position critique à l'égard du régime qu'il aurait rendue publique avant son départ de son pays. Il ne produit en revanche aucun élément relatif à sa situation personnelle permettant de regarder comme établies des circonstances de nature à faire légalement obstacle à cet éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

17. Dès lors, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays d'éloignement.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Calvados aurait omis de procéder à un examen complet de la situation de M. C.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 15 que M. C n'est pas fondé à prétendre que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire.

20. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

21. D'une part, M. C est entré sur le territoire en janvier 2022, selon ses déclarations, et ne revendique aucune attache sur le territoire hormis un frère en situation régulière mais à l'égard duquel il déclaré lors de son audition par les services de police qu'il n'entretient pas de bonnes relations. D'autre part, le requérant a été impliqué dans plusieurs affaires de vol et a été condamné à une peine de prison de trois mois pour vol et recel. Dans ces circonstances, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, le préfet du Calvados n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

22. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2024 doivent être rejetées.

Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

24. Le rejet des conclusions d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat délégué,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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