vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402237 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | BAL |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 15 mai 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par M. B C en application des articles R. 221-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.
Par une requête, enregistrée le 28 avril 2024 au greffe du tribunal administratif de Marseille, M. C, représenté par Me Camille Bal, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant l'Algérie comme pays de destination de sa reconduite, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'informant de son signalement dans le système d'information Schengen ;
2) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une autorisation de séjour l'autorisant à travailler ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, a méconnu son droit à être entendu, n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation, méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision de refus d'un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, a méconnu son droit à être entendu, n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation, méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, a méconnu son droit à être entendu et n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, a méconnu son droit à être entendu, n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Bal, avocate de M. C et de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 25 septembre 1981, a été interpellé le 25 avril 2024 par les services de police pour usage de faux en écriture et conduite d'un véhicule sans permis de conduire et sans assurance. Il est entré dans l'espace Schengen au mois décembre 2018 et s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 26 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de l'Algérie et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A H, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 13-2024-03-22-00005 du 22 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 13-2024-075 du même jour et mis en ligne sur le site de la préfecture, le préfet des Bouches-du-Rhône, a donné délégation à M. F D, directeur des migrations, de l'intégration et de la nationalité, à l'effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire et décisions fixant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. L'article 2 de l'arrêté dispose que dans le cadre de la délégation consentie à l'article 1er et sous l'autorité de monsieur le directeur des migrations, de l'intégration et de la nationalité, délégation de signature est également donnée, notamment, à Mme G E, attachée principale, cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile. Enfin, l'article 3 de l'arrêté dispose que dans le cadre des dispositions des articles 1er et 2, délégation de signature est donnée, dans la limite des attributions du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, notamment à M. A H, attaché, adjoint à la cheffe de bureau, pour l'ensemble des attributions exercées par Mme G E. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom des délégataires. Dès lors que l'arrêté du 22 mai 2024, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Par ailleurs et en tout état de cause, il ne ressort pas de l'arrêté que la signature de M. H serait électronique. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
6. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 26 avril 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale et personnelle, à raison desquels le préfet l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
8. En l'espèce, le requérant soutient qu'il n'a pas été entendu et mis en mesure de présenter des observations avant l'intervention de la décision contestée. Toutefois, il a été entendu lors de son interpellation par les services de la police le 25 avril 2024 et a pu faire valoir tous éléments de nature à influer sur le sens de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe précité ne peut être accueilli.
9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant avant de prendre l'obligation de quitter le territoire.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il est entré en France en décembre 2018 et y réside depuis lors de manière continue et ininterrompue, qu'il s'est marié religieusement avec une ressortissante algérienne avec laquelle il a eu un fils, que depuis son arrivée, il a construit sa vie de famille et professionnelle en France de sorte qu'il y a déplacé le centre de ses intérêts privés, familiaux et professionnels, qu'il est locataire d'un logement à Blois et que son épouse est enceinte d'une second enfant. Toutefois, il est entré assez récemment en France, en décembre 2018, et s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa sans chercher à régulariser sa situation administrative. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale composée du requérant, de son épouse, qui est en situation irrégulière sur le territoire français, et de leurs enfants mineurs se reconstitue dans leur pays d'origine dont ils ont tous la même nationalité. Il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir des liens familiaux anciens, intenses et stables en France et n'est pas dépourvu de tels liens dans son pays d'origine dans lequel résident ses parents et sa fratrie selon l'arrêté attaqué. Il suit de là que, compte tenu du caractère assez récent de son entrée sur le territoire français et des conditions de son séjour en France et même s'il a exercé une activité professionnelle et bénéficie d'une promesse d'embauche, l'obligation de quitter le territoire attaquées ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien en tout état de cause et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont motivées. ".
13. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté d'obligation de quitter le territoire, que le refus d'accorder au requérant un délai de départ volontaire a été pris au motif qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en l'absence de présentation d'un passeport en cours de validité, qu'il ne justifie pas d'un lieu de résidence permanent, qu'il a déclaré vouloir se maintenir en France et qu'il existe ainsi un risque que l'intéressé, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire, se soustraie à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, l'arrêté vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision refusant un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.
14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4, 8 et 11, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente, en méconnaissance de son droit à être entendu et des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle et familiale du requérant avant de prendre la décision refusant un délai de départ volontaire.
16. Enfin, le requérant ne conteste pas qu'il s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de la durée de validité de son visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, il ne produit pas de passeport en cours de validité. Ces deux motifs, qui se rattachent aux dispositions, rappelées au point 12, des 2° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, permettaient au préfet des Bouches-du-Rhône de considérer qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et, dès lors, de prendre la décision attaquée de refus d'un délai de départ volontaire. Si l'intéressé fait valoir qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il dispose de garanties de représentation solides et effectives et d'une adresse stable à Blois couverte par un contrat de bail et d'un emploi dûment déclaré et bien rémunéré depuis quatre années et que le risque de fuite n'est nullement caractérisé par le simple fait qu'il aurait déclaré vouloir se maintenir en France parce qu'il pensait pouvoir le faire légalement dans le cadre d'une prochaine demande de régularisation de sa situation, qu'il peut désormais solliciter directement une régularisation sur la base de sa situation professionnelle et une autorisation de travail sans l'intervention de son employeur depuis la loi du 26 janvier 2024, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision sur les seuls motifs tirés de son maintien irrégulier sur le territoire français sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et sur l'absence de production d'un passeport en cours de validité. Par suite, la décision refusant un délai de départ volontaire ne méconnaît pas les dispositions rappelées au point 12 des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
17. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4, 8 et 11, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente, en méconnaissance de son droit à être entendu et des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
18. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle et familiale du requérant avant de prendre la décision fixant le pays de renvoi.
19. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou de résidence habituelle où il est effectivement admissible. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
21. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
22. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
23. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4 et 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente et en méconnaissance de son droit à être entendu.
24. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle et familiale du requérant avant de prendre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
25. En troisième lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée du 26 avril 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration, rappelle qu'en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une interdiction de retour peut être prononcée pour une durée allant jusqu'à dix ans à l'encontre de l'étranger obligé de quitter sans délai le territoire français et mentionne qu'en l'absence de circonstances humanitaires, il ressort de l'examen de la situation du requérant qu'il déclare être entré en France en 2018 et ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il peut poursuivre sa vie familiale avec son épouse, en situation irrégulière, et son enfant hors de France, qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et sa fratrie nonobstant la présence d'une de ses sœurs en France. Par ailleurs, l'article 2 de l'arrêté fixe la durée de l'interdiction de retour à deux ans. Dès lors qu'il ne retenait pas de motif relatif à une menace à l'ordre public, le préfet n'était pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément. Ainsi, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
26. Enfin, le requérant soutient qu'en l'espèce la durée et la continuité de sa résidence en France depuis plus de cinq années, l'intensité de ses attaches familiales et socio-professionnelles établies dans ce pays qui est devenu le centre de tous ses intérêts, constituent des circonstances humanitaires qui s'opposent à l'édiction d'une interdiction de retour. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 11, il est entré assez récemment en France, en décembre 2018, et s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa sans chercher à régulariser sa situation administrative. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale composée du requérant, de son épouse, qui est en situation irrégulière sur le territoire français, et de leur enfant mineur se reconstitue dans leur pays d'origine dont ils ont tous la même nationalité. Il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir des liens familiaux anciens, intenses et stables en France et n'est pas dépourvu de tels liens dans son pays d'origine dans lequel résident ses parents et sa fratrie selon l'arrêté attaqué. Enfin, il ne justifie pas d'une situation professionnelle stable en France. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas pris une mesure contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
27. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes du IV de l'article 2 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Peuvent également être inscrits dans le fichier à l'initiative des autorités administratives compétentes : () 6° Les étrangers faisant l'objet d'une interdiction de retour en application des articles L. 612-6, L. 612-7 ou L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pendant sa période de validité ; () ".
28. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4 et 8, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen a été prise par une autorité incompétente et en méconnaissance de son droit à être entendu.
29. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle et familiale du requérant avant de prendre la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
30. Enfin, le requérant soutient que l'inscription dans le fichier du système d'information Schengen a pour conséquence l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen, qu'en l'espèce, une telle mesure serait excessive alors qu'il est particulièrement bien intégré professionnellement depuis son arrivée en France et qu'il justifie d'un travail dûment déclaré depuis quatre années consécutives sur les cinq années de résidence en France et qu'il ne pourrait pas obtenir de nouveau visa et son employeur qui éprouve des difficultés de recrutement serait tout autant pénalisé ce qui serait contraire aux intérêts de l'économie française. Toutefois, et en tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 11, la décision de signalement dans le système d'information Schengen ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas disproportionnée.
31. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête présentée par M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026