vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | ECHCHAYB |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 4 juin 2024, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Dijon transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par
M. D C en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024 au greffe du tribunal administratif de Dijon et un mémoire complémentaire, enregistré le 5 juillet 2024, M. C, représenté par
Me Nadia Echchayb, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 du préfet de l'Yonne l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant le Maroc comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, de procéder au réexamen de sa demande sous astreinte de 100 euros à compter du jugement à intervenir et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, méconnaît l'article 4 de la loi du 12 avril 2000, n'est pas motivée, n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation, de l'examen de sa demande de titre de séjour et de la saisine de la commission du titre de séjour, méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain, les articles
L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par le cabinet Centaure, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Echchayb, avocate de M. C, de M. C et de
Me Lacoeuilhe, avocat du préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 18 août 1995, a été interpellé le 28 mai 2024 par les services de police d'Auxerre lors d'un contrôle routier pour conduite d'un véhicule sans permis de conduire et assurance et a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour sur le territoire français. Il est entré dans l'espace Schengen le 1er avril 2015 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa valable jusqu'au 26 avril 2015. Suite à son mariage avec Mme B A célébré le 23 février 2019 dans la commune de Beaulieu-sur-Loire (Loiret), il a sollicité son admission au séjour. Un titre de séjour lui a été délivré pour la période du 14 décembre 2020 au 13 décembre 2021, renouvelé pour la période du 21 décembre 2021 au 20 décembre 2022. Par l'arrêté attaqué du 30 mai 2024, le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination du Maroc et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2024 :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Yonne a pris l'obligation de quitter le territoire attaquée sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que le requérant se maintenait irrégulièrement sur le territoire français dès lors qu'il n'avait pas déposé de demande de renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, le requérant produit la lettre du 26 février 2023 du bureau du séjour du service de l'immigration et de l'intégration de la sous-préfecture de Montargis lui confirmant que sa demande de rendez-vous pour demander le renouvellement de son titre de séjour avait été enregistrée par le service et l'invitait à se présenter le jeudi 16 mars 2023 à la sous-préfecture de Montargis muni des pièces nécessaires à la constitution de son dossier. Il produit également l'historique des traces de l'envoi d'un pli adressé à la préfecture du Loiret le 10 janvier 2024 et distribué le 11 suivant qui contenait, selon l'intéressé, les pièces qui lui étaient réclamées pour compléter son dossier. Ainsi, le requérant justifie avoir sollicité le renouvellement du titre de séjour qui lui a été délivré pour la période du 14 décembre 2020 au
13 décembre 2021 et renouvelé pour la période du 21 décembre 2021 au 20 décembre 2022. Le préfet de l'Yonne ne soutient pas que cette demande de renouvellement aurait été rejetée par la préfète du Loiret ou que le requérant n'aurait pas donné suite à sa demande. Par suite, le préfet de l'Yonne ne pouvait prendre l'obligation de quitter le territoire attaquée sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 30 mai 2024 par le préfet de l'Yonne ainsi que, par voie de conséquence, la décision refusant un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de renvoi et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions en injonction :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". A la suite de l'annulation d'une décision d'obligation de quitter le territoire, il incombe au préfet, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour.
7. Le présent jugement qui annule l'arrêté du 30 mai 2024 du préfet de l'Yonne implique nécessairement que la préfète du Loiret, préfète territorialement compétente dès lors que l'intéressé réside dans le Loiret, se prononce sur le droit au séjour de M. C et le munisse d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dès lors, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de prescrire à la préfète du Loiret de munir immédiatement M. C d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur sa situation et de fixer à deux mois, à compter de la notification du présent jugement, le délai dans lequel elle devra prendre une décision sur son droit au séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. En second lieu, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Selon l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. Les données enregistrées au titre du 5° du IV de l'article 2 sont effacées, au plus tard, trois ans après la date à laquelle l'obligation de quitter le territoire français a été signée () ".
9. Il résulte de ces dispositions que l'annulation, par le présent jugement, de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français de M. C implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Yonne de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
10. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Echchayb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de l'Yonne) le versement à Me Nadia Echchayb de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. C.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 30 mai 2024 du préfet de l'Yonne obligeant M. C à quitter sans délai le territoire français à destination du Maroc et lui interdisant le retour sur le territoire français est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de munir immédiatement M. C d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur son cas. La décision prise à l'issue de l'examen du droit au séjour de M. C devra intervenir dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il est également enjoint au préfet de l'Yonne de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Nadia Echchayb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier (préfet de l'Yonne) versera à Me Echchayb, avocate de
M. C, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. C.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de l'Yonne et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne et à la préfète du Loiret, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026