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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402305

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402305

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHAJJI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistré le 7 juin 2024, M. A C demande au président du tribunal d'annuler la décision du 6 juin 2024 par laquelle la préfète du Loiret a décidé son maintien au centre de rétention administrative d'Olivet le temps de l'instruction de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée est signée d'une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, la préfète du Loiret, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués dans la requête n'est fondé.

Par une décision notifiée le 18 mai 2024 la préfète du Loiret a décidé le placement de M. C au centre de rétention administrative d'Olivet.

Par une ordonnance du 20 mai 2024, la juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans a prolongé la rétention de M. C pour une durée de 28 jours.

Par une ordonnance du 22 mai 2024, la juge des libertés et de la détention à la cour d'appel d'Orléans a confirmé l'ordonnance de prolongation de la rétention de M. C pour une durée de 28 jours.

Par une décision du 11 juin 2024, notifiée au demandeur le 11 juin 2024, le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté comme tardive et donc irrecevable la demande d'asile présentée par M. A C.

Vu :

- le jugement n° 2401596 du 29 avril 2024 de la magistrate désignée du tribunal administratif d'Orléans ;

- les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience :

- le rapport de M. Guével, président-rapporteur,

- les observations de Me Hajji pour M. C et les observations de celui-ci, qui confirment les termes de la requête en y ajoutant une demande d'aide juridictionnelle provisoire et des allégations tenant à l'entrée régulière de l'intéressé en France avec son père, à sa scolarité effectuée sur le territoire français, à l'existence d'attaches familiales en France en la personne de sa compagne et de leurs deux enfants français et à l'absence d'attaches au Maroc, pays qu'il ne connait pas et où il craint pour sa vie.

La préfète du Loiret n'était ni présente ni représentée.

L'instruction a été clôturée après que les parties ont formulé leurs observations.

Le dispositif du jugement assorti de la formule exécutoire a été communiqué sur place aux parties présentes à l'audience qui en ont accusé réception.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 25 octobre 1993, est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 12 avril 2024 et qu'il a contestée sans succès devant la magistrate désignée qui a rejeté sa requête par jugement n° 2401596 du

29 avril 2024 à l'encontre duquel il a interjeté un appel pendant devant la cour administrative d'appel de Versailles. Placé au centre de rétention administrative d'Olivet le 18 mai 2024, il y a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décision du 11 juin 2024 du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. L'intéressé sollicite du président du tribunal administratif l'annulation de la décision du 6 juin 2024 par laquelle la préfète du Loiret a décidé son maintien au centre de rétention administrative d'Olivet.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /(). ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence à statuer sur la requête de M. C, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation de la décision de maintien en rétention :

4. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ".

5. Aux termes de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision. En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ".

6. L'arrêté du 6 juin 2024 en litige est signé de M. B D, directeur de cabinet de la préfète du Loiret, qui, aux termes de l'article 2 de l'arrêté réglementaire n° 45-2023-10-23-00004 du 23 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2023-325 mis en ligne sur le site électronique de la préfecture dans la rubrique " Recueil des actes administratifs ", a reçu délégation de la préfète du Loiret à l'effet de signer, lors des permanences qu'il est amené à assurer " les décisions de maintien en local administratif ne dépendant pas de l'administration pénitentiaire d'étrangers faisant l'objet d'une mesure d'éloignement ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B D n'aurait pas assuré la permanence du corps préfectoral à la date de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. L'arrêté du 6 juin 2024 en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. C entend se prévaloir, en particulier les craintes personnelles, réelles et actuelles qu'il indique éprouver à la perspective du retour dans son pays d'origine. Dès lors, cet arrêté répond à l'exigence de motivation prescrite par les dispositions spéciales de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnées au point 4. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

9. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus d'admission au séjour, le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la mesure d'éloignement, ni de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision de refus d'admission au séjour et qu'en outre, il lui était loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a présenté plusieurs demandes infructueuses de titre de séjour et qui, lors de son audition de police le 10 avril 2024, a été en mesure de formuler toutes observations utiles, doit être regardé comme parfaitement instruit de l'éventualité d'être éloigné à destination de son pays d'origine. Aussi l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la mesure de maintien en rétention administrative attaquée, ni de l'inviter à réitérer ses observations ou à présenter de nouvelles observations. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de son droit à être entendu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

11. Il ressort de l'arrêté attaqué du 6 juin 2024 de la préfète du Loiret que le maintien en rétention administrative de M. C repose sur les motifs tirés de ce que celui-ci s'est vu opposer trois décisions de refus de séjour dont la dernière en date, en 2022, était assortie d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français à laquelle l'intéressé s'est soustrait, que celui-ci n'a pas apporté de preuves probantes de menaces graves et ne justifie pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et qu'ainsi sa demande d'asile présentée en rétention est dilatoire et doit être regardée comme n'ayant été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement. Dès lors, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur d'appréciation à l'aune des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que la demande d'asile que M. C, qui a déclaré être entré en France en 2002, a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement du 5 novembre 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Karima Hajji et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le président du tribunal Le greffier

Benoist GUÉVEL Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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