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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402306

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402306

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS BOUZID AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 juin 2024 et le 11 juin 2024, M. A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, en assortissant ces décisions d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder au réexamen de sa situation administrative.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs contre les décisions distinctes attaquées :

- l'existence d'une délégation de signature régulière n'est pas établie ;

- les décisions distinctes attaquées sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est demandeur d'asile en Allemagne ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est affectée d'erreur manifeste d'appréciation sur la menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les garanties de représentation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 juin 2024 et le 12 juin 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de M. B pour M. C, absent de l'audience, qui confirme les termes de sa requête y ajoutant une demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et, à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire, le moyen tiré de l'atteinte à la présomption d'innocence.

Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 14 h 45 après que la partie requérante a formulé ses observations, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /(). ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence à statuer sur la requête de M. C, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. M. C, ressortissant nigérian né le 15 janvier 1990 à Aba, dont le placement en rétention au centre de rétention administrative d'Olivet décidé le 6 juin 2024 a été prolongé par une ordonnance du 9 juin 2024 non contestée du juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans, demande au président du tribunal d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, en effectuant un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il assortit ses conclusions en annulation de conclusions à fins d'injonction et d'astreinte.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions distinctes attaquées :

4. Par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243 le même jour, le préfet du Calvados a donné délégation à M. F E, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous actes, relevant des attributions du bureau asile et éloignement, au nombre desquels figurent les décisions distinctes en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions attaquées doit être écarté.

5. L'arrêté du 6 juin 2024 du préfet du Calvados comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, il est suffisamment motivé à l'aune des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont le requérant entend se prévaloir. S'agissant, en particulier, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, elle est motivée par les circonstances que M. C se maintient irrégulièrement sur le territoire français, se déclare marié et avoir un enfant qui vit en Allemagne, ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France, n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Nigéria et représente une menace pour l'ordre public. Cette décision distincte est donc suffisamment motivée à l'aune des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

7. Si M. C soutient être demandeur d'asile en Allemagne, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations, et il ne ressort d'aucune des pièces versées à l'instance qu'une demande d'asile déposée à son nom serait, à la date de la décision attaquée, pendante en Allemagne, pays qu'il a d'ailleurs quitté. La circonstance établie qu'il a déposé le 21 avril 2023 une pré-demande de titre de séjour ne fait pas obstacle à son éloignement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Calvados n'a pu légalement décider de l'éloigner à destination de son pays d'origine, le Nigéria, ni qu'il devrait être transféré en Allemagne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il ressort de l'arrêté attaqué que M. C a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2022 et être hébergé chez une amie à Saint-Denis (93), qu'il est dépourvu d'attaches familiales et personnelles anciennes, stables et intenses en France alors que son épouse et son enfant résident en Allemagne et que les parents de l'intéressé vivent au Nigéria où le requérant n'établit ni même n'allègue qu'il serait dans l'impossibilité d'y poursuivre sa vie. En outre, il a été placé en garde à vue le 4 juin 2024 par les services de police de Caen pour des faits de rébellion, de violences volontaires avec arme par destination en état d'ivresse manifeste, de violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique en état d'ivresse manifeste. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. Il ressort de l'arrêté du 6 juin 2024 du préfet du Calvados que, pour décider de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. C, obligé de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale a estimé que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il a déclaré, lors de son audition du 5 juin 2024, ne pas vouloir être reconduit dans son pays d'origine et qu'il ne présente pas de garanties de représentation. Compte tenu des éléments exposés au point 8, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant le motif tiré de la menace pour l'ordre public et, en tout état de cause, n'a pas davantage porté atteinte à la présomption d'innocence dont bénéficie l'intéressé dont le conseil a indiqué à la barre qu'il était convoqué au tribunal en mars 2025 à raison des faits ci-dessus. En outre, l'intéressé a bien déclaré lors de son audition de police ne pas souhaiter quitter le territoire français et ne justifie pas détenir des documents d'identité et de voyage ni résider chez une amie rue Gabriel-Péri à Saint-Denis (93). Par suite, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. C n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas illégale par voie de conséquence. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".

12. Si, comme il est dit au point 7, M. C soutient être demandeur d'asile en Allemagne, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations, et il ne ressort d'aucune des pièces versées à l'instance qu'une demande d'asile déposée à son nom serait, à la date de la décision attaquée, pendante en Allemagne, pays qu'il a d'ailleurs quitté. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Calvados n'a pu légalement décider de l'éloigner à destination de son pays d'origine, le Nigéria, ni qu'il devrait être remis aux autorités allemandes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas illégale par voie de conséquence. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

14. Pour les motifs exposés au point 8 la décision fixant le pays de destination de M. C n'est pas affectée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Pour les motifs exposés aux points 8 et 9 la décision portant interdiction de retour de M. C sur le territoire français pendant une durée d'un an n'est affectée d'erreur d'appréciation ni dans son principe ni dans sa durée, ni davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

16. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas illégale par voie de conséquence. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Rachid B et au préfet du Calvados.

Rendu sur le siège le 12 juin 2024.

Le président rapporteur,

Benoist D

La greffière,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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