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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402354

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402354

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHAMPILOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire, des pièces complémentaires et un mémoire en réplique, enregistrés les 11, 12, 14 et 17 juin 2024, M. A B, représenté par Me Corinne Champilou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°/ d'annuler l'arrêté du 9 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans, en assortissant ces décisions d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°/ d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour et de lui délivrer sans délai, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir du délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°/ de verser à son conseil la somme de 1 300 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs contre les décisions distinctes attaquées :

- l'existence d'une délégation de signature régulière n'est pas établie ;

- les décisions distinctes attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles procèdent d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'administration s'étant abstenue à tort de le convoquer pour s'enquérir de l'évolution de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait concernant les démarches entreprises pour régulariser sa situation administrative et les allégations de trouble à l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, en l'absence de risque du fait de ses garanties de représentation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Champilou représentant M. B et celles de celui-ci, qui confirme les termes de ses écritures.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que la partie requérante a formulé ses observations, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 21 février 2004 à Fes, dont le placement en rétention au centre de rétention administrative d'Olivet, décidé le 9 juin 2024 par la préfète du Bas-Rhin, a été prolongé pour une durée de 28 jours par une ordonnance du 12 juin 2024 du juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans, et confirmé par une ordonnance du 14 juin 2024 du juge des libertés et de la détention à la cour d'appel d'Orléans, demande au président du tribunal d'annuler l'arrêté du 9 juin 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans, en effectuant un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il assortit ses conclusions en annulation de conclusions à fins d'injonction et d'astreinte.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions distinctes attaquées :

2. Par un arrêté du 7 mai 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 19 de la préfecture, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat au nombre desquelles figure la police des étrangers, et en particulier les décisions distinctes en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions attaquées doit être écarté.

3. L'arrêté du 9 juin 2024 de la préfète du Bas-Rhin comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, il est suffisamment motivé à l'aune des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont le M. B entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions distinctes attaquées doit être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus d'admission au séjour, le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la mesure d'éloignement, ni de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision de refus d'admission au séjour et qu'en outre, il lui était loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a, lors de son audition de police le 9 juin 2024, été clairement informé de l'éventualité d'être éloigné à destination de son pays d'origine et a donc été en mesure de formuler toutes observations utiles sur cette perspective à laquelle il a d'ailleurs déclaré ne pas vouloir faire obstacle. Aussi l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mettre l'intéressé à même de présenter de nouvelles observations en le convoquant à un nouvel entretien. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de son droit à être entendu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

8. M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreurs de fait concernant les démarches qu'il a entreprises pour régulariser sa situation administrative et les allégations de trouble à l'ordre public qui lui sont imputées. Toutefois, il ressort de la notice du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) que M. B a commis plusieurs infractions consistant en vol aggravé en avril 2020, détention, offre ou cession illégales de stupéfiants et violence aggravée en octobre 2021 et détention illégale de stupéfiants en mai 2022, en sorte que la préfète du Bas-Rhin n'a pas commis d'erreur de fait ni d'ailleurs d'erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort également des pièces du dossier que si des démarches de régularisation ont été accomplies par ou pour M. B, lequel bénéficia d'un document de circulation pour étranger mineur valable du 1er juin 2021 au 20 février 2023, dès lors que son employeur a déposé le 24 septembre 2021 une demande d'autorisation provisoire de travail concernant l'intéressé et que celui-ci a lui-même déposé une demande de titre de séjour le 22 février 2023, ces demandes ayant donné lieu à des décisions implicites de rejet, la préfète du Bas-Rhin aurait pris la même mesure d'éloignement en retenant les autres motifs tirés du maintien irrégulier du requérant sur le territoire français et de la menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré des erreurs de faits doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si M. B a déclaré être entré en France en 2018 à l'âge de 14 ans, qu'il réside actuellement chez sa compagne française avec laquelle il a un projet de mariage et qu'il exerce des activités bénévoles dans le domaine sportif, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille et n'établit pas disposer d'attaches familiales et personnelles anciennes, stables et intenses en France, ni en être dépourvu dans son pays d'origine om il ne démontre pas être dans l'impossibilité d'y poursuivre sa vie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Pour les motifs exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en tout état de cause, être écarté. A supposer le moyen soulevé, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il devrait se voir délivrer un titre de séjour à raison de sa vie privée et familiale et qu'il serait ainsi protégé de l'éloignement.

12. Pour les motifs exposés aux points 8 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

13. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas dépourvue de base légale. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

14. Il ressort de l'arrêté du 9 juin 2024 de la préfète du Bas-Rhin que, pour décider de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. B, obligé de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale a estimé que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il ne présente pas de garanties de représentation, en l'absence notamment de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et de justification d'une domiciliation certaine. Par suite, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. B n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas privée de base légale. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

16. Pour les motifs exposés aux points 8 et 10 la décision fixant le pays de destination de M. B ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage affectée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Pour les motifs exposés aux points 8 et 10 la décision portant interdiction de retour de M. B sur le territoire français pendant une durée de cinq ans n'est affectée d'erreur d'appréciation ni dans son principe ni dans sa durée, ni davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

18. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas dépourvue de base légale. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu sur le siège le 18 juin 2024.

Le président,

Benoist C

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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