vendredi 31 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ROULET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 juin 2024 et le 4 novembre 2024, Mme E B, représentée par Me Roulet, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- cet arrêté est entaché d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- cette décision méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- cette décision méconnaît le 4e de l'article L. 721 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-347 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les observations de Me Beaufreton, représentant Mme B qui était présente.
Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 20 janvier 2025.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante du Suriname, née le 16 mars 1975, est entrée irrégulièrement en France le 15 décembre 2012. Elle a, le 28 juin 2013, déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 juillet 2015. Elle a obtenu un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter du 7 août 2017 qui lui a été régulièrement renouvelé jusqu'au 6 mars 2023, du fait de son concubinage avec un ressortissant camerounais en situation régulière, M. D, et avec lequel elle a eu une fille, A, née le 26 septembre 2015. Elle a, le 29 mars 2023, demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 14 décembre 2023, notifié le 20 février 2024, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
3. Il ressort des pièces du dossier et notamment du jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants C du 16 juin 2023, antérieur à l'arrêté attaqué, que A a été placée provisoirement le 8 octobre 2020 au regard du contexte de violences conjugales, de délaissement maternel et de déresponsabilisation des parents. Le placement a été renouvelé jusqu'au 31 mai 2021, la requérante et M. D, résidant séparément, s'étant vus accorder un droit de visite médiatisé deux fois par mois. Par une ordonnance du 8 octobre 2021, les droits de la requérante ont été suspendus compte tenu de son comportement inadapté lors des visites ainsi que des troubles du comportement chez A. Par un jugement du 16 décembre 2021, le placement de l'enfant a été renouvelé jusqu'au 30 juin 2023, les droits de la requérante ayant été réservés et ceux du père accordés en présence d'un tiers. Le juge aux affaires familiales a fixé la résidence A chez son père et réservé les droits de la mère par un jugement du 22 juin 2022. Par une ordonnance du 9 mars 2023, le père s'est vu accorder un droit de visite libre en alternance avec un droit de visite médiatisé. Dans son jugement du 16 juin 2023, le juge des enfants indique que les visites avec le père A ont évolué, un lien affectif ayant été constaté et ce dernier souhaitant le retour de sa fille à son domicile et que la mère, qui n'avait pas vu sa fille pendant deux ans, souhaite renouer des liens. A, pour qui le placement s'avère très positif, voudrait néanmoins rentrer chez son père et aimerait revoir sa mère. Il rapporte aussi que M. D veille à l'intérêt supérieur de sa fille et n'est plus en conflit avec Mme B et qu'un " travail doit être mené avec la mère ". Il a alors décidé de renouveler le placement de l'enfant jusqu'au 31 décembre 2024, de mettre en place le dispositif accompagnement au placement à domicile (DAPAD) à compter du 1er janvier 2024, d'accorder au père un droit de visite et d'hébergement progressif les week-ends et les vacances à compter du 1er janvier 2024 et à la mère un droit de visite médiatisé une fois par mois. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'une attestation du président du conseil départemental du Loiret datée du 19 juin 2024 que depuis l'audience du 16 juin 2023, Mme B a rencontré A en visites médiatisées le 27 septembre 2023, le 11 octobre 2023, le 8 novembre 2023 et le 3 avril 2024. A la date de l'arrêté attaqué, tout lien entre la requérante et sa fille n'était ainsi pas rompu et le père était désireux de maintenir une relation avec Mme B, attestant de la prise de conscience de cette dernière et de ce que A a besoin de ses deux parents. Il s'ensuit qu'à la date de l'arrêté attaqué, le maintien du lien de cette enfant à sa mère, en cours de construction, participe de son intérêt supérieur. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, et eu égard à la situation familiale à la date de l'arrêté attaqué, Mme B est fondée à soutenir que la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2023 portant refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'annulation prononcée par le présent jugement, eu égard à ses motifs, implique seulement que la préfète du Loiret réexamine la situation de Mme B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de verser à Me Roulet une somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 14 décembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Roulet une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Roulet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
M. Lombard, premier conseiller,
Mme Le Toullec, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026