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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402693

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402693

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024 sous le numéro 2402693, M. A B, représenté par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et obligation de pointage ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 72 heures, sous astreinte de 100 euros par heure de retard suivant la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire de réexaminer sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de ce conseil à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il a été pris sans examen sérieux de sa situation ; l'administration n'a pas fait état de l'avis du Conseil départemental ni de la nature de ses liens avec la famille restée au pays ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 435-3 du CESEDA qui impose que soit appréciée par l'administration la nature des liens avec la famille restée au pays ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 423-23 du CESEDA car le préfet a appliqué les conditions prévues par l'article L. 435-1 du CESEDA ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'appréciation car il justifie du caractère réel et sérieux de la formation qu'il suit ;

- il justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du CESEDA ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de pointage fixée au titre de l'article L. 721-7 du CESEDA :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car la fréquence de cette obligation de pointage à la gendarmerie de Mer, située à plus de 16 kilomètres de son domicile alors qu'il est engagé dans un contrat d'apprentissage à Blois est disproportionnée par rapport aux exigences professionnelles qui sont les siennes ;

En ce qui concerne le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de renvoi :

- ces décisions sont illégales en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Le 27 août 2024, le tribunal a été informé de ce que par arrêté du 26 août 2024 notifié le même jour, M. B a été assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de 45 jours.

II. Par une requête enregistrée le 28 août 2024 sous le numéro 2403625, M. A B, représenté par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de ce conseil à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit et sa motivation est contradictoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car il a formé un recours suspensif contre la mesure d'éloignement prise à son encontre et par suite, en l'absence de connaissance de la date à laquelle le jugement de ce recours interviendra il n'est pas démontré que son éloignement pourra se faire dans une perspective raisonnable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de ses requêtes. Il soutient que les moyens soulevés dans les requêtes ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M B, ressortissant malien né le 25 avril 2005, est arrivé en France en 2021 et, par ordonnance de placement provisoire du 29 octobre 2021, a été confié à l'aide sociale à l'enfance. Par ordonnance du 22 novembre 2021, une tutelle d'État a été ouverte à son profit et confiée au président du conseil départemental de Loir-et-Cher. Le 8 mars 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il a bénéficié d'un récépissé valable du 3 août 2023 au 2 novembre 2023 puis d'un autre valable du 23 février 2024 au 22 mars 2024. Par une première requête, enregistrée le 1er juillet 2024 sous le numéro 2402693, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juin 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et obligation de pointage et d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par une seconde requête enregistrée le 28 août 2024 sous le numéro 2403625, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de 45 jours.

2. Les requêtes n° 2402693 et n° 2403625, qui concernent la situation de M. B ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 10 juillet 2024, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la compétence du magistrat désigné :

4. L'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de M. B étant intervenu avant le 15 juillet 2024, les conclusions dirigées contre cet arrêté doivent être examinées selon les modalités définies par les dispositions du CESEDA dans leur rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2024-42 eu 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024.

5. Par un arrêté du 26 août 2024, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé l'assignation à résidence de M. B sur le fondement de l'article L. 731-1 du CESEDA. Il appartient dès lors au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, en application des dispositions des articles L. 614-3 du CESEDA et R. 776-17 du code de justice administrative, de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence et les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachent, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction et de renvoyer à la formation collégiale du tribunal les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et, en tant qu'elles s'y rattachent, des conclusions accessoires à fin d'injonction ainsi que les conclusions relatives aux frais de l'instance.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, des décisions fixant un délai de départ volontaire le pays de renvoi, de l'obligation de pointage et de l'arrêté du 26 août 2024 portant assignation à résidence :

6. A l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, M. B soutient notamment que cette mesure d'éloignement est dépourvue de base en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

7. Aux termes de l'article L. 435-3 du CESEDA : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

8. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

9. Aux termes de l'arrêté en litige, le préfet de Loir-et-Cher pour considérer que M. B ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-3 du CESEDA s'est borné à retenir qu'il " ne justifie pas suivre une formation assidue et sérieuse destinée à lui apporter une qualification professionnelle " et qu'il " ne confirme pas le caractère sérieux du suivi de sa formation depuis au moins 6 mois ". Ainsi le préfet de Loir-et-Cher qui n'a pas examiné la nature des liens de M. B avec sa famille restée dans son pays d'origine et l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de celui-ci dans la société française a entaché son refus de titre d'une erreur de droit. Cette illégalité du refus de titre de séjour prive l'obligation de quitter le territoire français de base légale.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que l'obligation de quitter le territoire français prise le 8 juin 2024 à l'encontre de M. B par le préfet de Loir-et-Cher doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, d'une part, l'obligation de pointage fixée au titre de l'article L.721-7 du CESEDA, la décision fixant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de renvoi prises le même jour, d'autre part, l'arrêté du 26 août 2024 portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 614-16 du CESEDA : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

12. L'exécution du présent jugement, compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du CESEDA, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Loir-et-Cher de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 8 juin 2024 du préfet de Loir-et-Cher est annulé en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui fait obligation de pointage et fixe un délai de départ volontaire et le pays de renvoi.

Article 3 : L'arrêté du 26 août 2024 du préfet de Loir-et-Cher portant assignation à résidence de M. B est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Les conclusions de dirigées contre la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher en date du 8 juin 2024, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de justice, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M A B, au préfet de Loir-et-Cher et à Me Vieillemaringe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Anne C

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2402693

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