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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402714

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402714

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGAUTHIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 16 juillet 2024, Mme B, représentée par Me Gauthier, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 28 mai 2024 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans l'attente de la décision rendue sur le fond et ce, dans un délai de 10 jours, injonction assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard suivant notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité du refus de renouvellement opposé :

* le préfet s'est fondé sur un texte non opposable, la convention franco-togolaise aurait dû être appliquée et a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

* le refus méconnaît les articles 9 et 11 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 : elle a un projet d'études sérieux ; si sa formation peut être effectuée en ligne, elle doit passer ses examens en présentiel et faire un stage en France et le module qu'elle doit repasser pour valider sa formation avec la Croix Rouge nécessite sa présence en France ; elle justifie d'une activité professionnelle accessoire lui permettant de subvenir à ses besoins ;

* la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a pas d'urgence : l'enseignement suivi par Mme A est un enseignement à distance qui ne permet pas de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante ;

- Mme A n'a pas présenté de titre de séjour sur le fondement de l'article 11 de la convention franco-togolaise qui n'avait pas à être examinée d'office ;

- aucun des moyens n'est susceptible d'entraîner un doute sur la légalité de la décision attaquée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.

Vu :

- l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier ;

- et la requête au fond n° 2402713 présentée par Mme A.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Best-De Gand pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 18 juillet 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Gautier, représentant Mme A, présent, qui a repris les moyens de sa requête et du mémoire en réplique et a insisté sur le fait que les dispositions appliquées ne sont pas les bonnes, le site internet d'enregistrement de la demande de renouvellement de titre ne présent pas de case convention franco-togolaise, les études poursuivies sont sérieuses et cohérentes, si la formation en BTS est effectuée en distantiel, elle doit effectuer des stages en France et par ailleurs, il lui reste un module de sa formation de technicien de l'intervention sociale et familiale à valider et ce module est dispensé en présentiel.

Le préfet d'Indre-et-Loire n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante togolaise née le 7 juillet 2000 est entrée sur le territoire français le 16 septembre 2019 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Son titre de séjour a ensuite été régulièrement renouvelé. Mme A a sollicité le 15 février 2024 un nouveau renouvellement de son titre de séjour qui lui a été refusé par une décision du 28 mai 2024. Mme A demande la suspension de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

En ce qui concerne l'urgence :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de renouveler le titre de séjour mention " étudiant " de la requérante, aussi cette dernière peut se prévaloir de la présomption visée au point précédent. En se bornant à relever que l'intéressée est inscrite dans une formation suivie à distance, alors que la requérante suivra également un module en présentiel de sa formation de technicien de l'intervention sociale et familiale, le préfet ne fait pas état d'éléments suffisants de nature à faire échec à la présomption d'urgence. En l'absence de toute autre considération contraire, la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit à avoir examiné la demande de renouvellement du titre étudiant de Mme A sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que seules les dispositions de la convention franco-togolaise sont applicables à la demande de l'intéressée est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre en litige.

6. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision en date du 28 mai 2024 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de délivrer à Mme A dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour et de travail, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n° 2402713. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gautier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gautier de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 28 mai 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n° 2402713.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de délivrer à Mme B dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour et de travail valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n° 2402713.

Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Me Gautier une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B, au préfet d'Indre-et-Loire et à Me Gautier.

Fait à Orléans, le 19 juillet 2024.

La juge des référés,

Armelle BEST-DE GAND

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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