mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402746 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | GOMEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, Mme C A, représentée par Me Kévin Gomez, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la République de Guinée comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée de contradiction de motifs, n'est pas motivée et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, la préfète du Loiret, représentée par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Gomez, avocat de Mme A, et de Mme A.
Une note en délibéré présentée pour Mme A, représentée par Me Gomez, a été enregistrée le 4 septembre 2024 à 14 heures 50, après l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de la République de Guinée née le 6 février 1983, a déclaré être entrée en France le 23 avril 2017 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le
27 juin 2017, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 30 novembre 2017 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 3 septembre 2018 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 26 décembre 2018, le préfet du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français. Le 6 avril 2023, la requérante a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 7 août 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 8 décembre 2023 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 12 juin 2024, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République de Guinée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 12 juin 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la décision fixant le pays de renvoi vise, notamment, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité de la requérante et les décisions prises par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile et indique que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention précitée en cas de retour dans le pays dans lequel elle est légalement admissible et que la décision ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention précitée. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est également suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Si la requérante entend se prévaloir de ces dispositions, elle ne justifie pas avoir formulé de demande auprès des services préfectoraux sur leur fondement. Par suite et en tout état de cause, elle ne peut prétendre à la délivrance d'une carte de séjour au titre cet article.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. La requérante soutient que la décision attaquée porte atteinte à sa vie privée et familiale en faisant valoir qu'elle vit en concubinage depuis près de quatre ans avec
M. B qui l'héberge et que ses enfants résidant dans son pays d'origine sont majeurs et n'ont pas besoin de sa présence. Toutefois, elle est entrée assez récemment et irrégulièrement en France, le 23 avril 2017, et s'est maintenue sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelles dont il est fait état au point 1. Sa communauté de vie avec
M. B est récente dès lors que selon l'attestation de l'intéressé, produite par la requérante, elle a débuté le 10 décembre 2021, soit depuis environ deux ans et demi. Elle n'est pas dépourvue de liens familiaux dans son pays d'origine dans lequel résident ses enfants. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressée et eu égard aux effets d'une obligation de quitter le territoire, la décision attaquée ne méconnaît pas, en l'espèce, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. La requérante soutient qu'elle craint d'être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en République de Guinée, pays dans lequel les mutilations génitales sont pratiquées. Toutefois, les documents médicaux qu'elle produit sont insuffisants pour établir la réalité de ses craintes. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
11. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. En l'espèce, pour prendre sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète a rappelé qu'en application de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une interdiction de retour peut être prononcée pour une durée maximale de cinq ans à l'encontre du ressortissant étranger qui n'a pas exécuté sa mesure d'éloignement dans le délai qui lui était imparti, à moins que des circonstances humanitaires ne l'empêchent, que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressée a été effectué, relatif à la durée de l'interdiction de retour, au regard notamment de l'article L. 612-10 du code précité et que, nonobstant le fait qu'elle n'est pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ni ne représente une menace pour l'ordre public, la requérante ne peut justifier ni d'une ancienneté de présence sur le territoire français ni d'une vie familiale ou amicale établie sur le territoire français, déclarant être en concubinage et mère de deux enfants mineurs ne résidant pas en France et qu'il résulte de cet examen que, compte-tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale.
13. La requérante soutient que les motifs de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français sont entachés de contradiction, que la décision n'expose pas les motifs propres et circonstanciés concernant sa situation, que la durée d'interdiction ne fait l'objet d'aucune appréciation en soi et que la décision est entachée d'erreur d'appréciation. Toutefois, il ressort des motifs ci-dessus rappelés que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prend en compte les quatre critères définis par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi qu'il a été dit au point 10, la préfète n'avait pas à motiver distinctement le principe et la durée de l'interdiction de retour et à indiquer l'importance accordée à chaque critère. En outre, alors même que la motivation indique que la requérante n'avait pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement alors qu'elle avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 26 décembre 2018, la motivation permettait à la requérante de contester utilement la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, la préfète du Loiret n'a pas pris une mesure disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation alors même que l'intéressée ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026