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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402764

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402764

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024 et un mémoire en réplique enregistré le 9 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Charlotte Tournier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de le reconduire vers le pays dont il déclare avoir la nationalité ou tout autre pays où il serait légalement admissible.

Le requérant soutient que :

- il n'est pas justifié d'une délégation de signature régulière de la signataire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du contradictoire ;

- elle méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 5 de la directive 2008/115/ CE ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/ CE ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénal ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Tournier, pour M. A, présent à l'audience, assisté de Mme G, interprète en langue arabe, et de M. A lui-même, qui confirment ses écritures.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 15 h 30 après que la partie requérante a formulé ses observations, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /(). ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence à statuer sur la requête de M. A, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. M. B A, ressortissant algérien né le 12 novembre 1998, retenu au centre de rétention administrative d'Olivet, et dont la rétention a été prolongée pour une durée de 28 jours par une ordonnance du 6 juillet 2024 du juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans, confirmée par une ordonnance du 8 juillet 2024 du juge des libertés et de la détention à la cour d'appel d'Orléans, demande au président du tribunal d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de le reconduire vers le pays dont il déclare avoir la nationalité ou tout autre pays où il serait légalement admissible, en exécution de la peine d'interdiction du territoire français prononcée à titre de peine complémentaire pour une durée de 10 ans par un jugement correctionnel du 7 juin 2022 du tribunal judiciaire de Saint-Nazaire.

4. L'arrêté contesté a été signé par Mme F E, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui, par arrêté du 31 mai 2024 du préfet de la Loire-Atlantique, publié au recueil des actes administratifs n° 81 du 1er juin 2024 de la préfecture, a reçu délégation à l'effet de signer notamment les décisions fixant le pays de renvoi, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de Mme I H, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. J C, son adjoint. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme H et M. C n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions attaquées doit être écarté.

5. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, il est suffisamment motivé à l'aune des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. A entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre du 18 juin 2024, notifié le 26 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a informé M. A qu'il envisageait de le reconduire à destination du pays dont il a déclaré avoir la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible et que, dans le respect de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, il l'invitait à faire connaître ses éventuelles observations dans un délai de 24 heures à compter de la notification du courrier. M. A a formulé dès le 26 juin 2024 des observations par lesquelles il faisait valoir son souhait de rester en France à Saint-Nazaire avec sa femme et son fils, ne plus avoir de famille en Algérie et devoir se faire opérer de l'épaule gauche. Dès lors, le requérant a été mis à même de formuler toutes observations utiles avant le prononcé de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. A se prévaut de ce qu'il est arrivé en France en 2019, qu'il est en couple depuis plus de trois ans avec une femme en situation régulière avec laquelle il a un projet de mariage, qu'ils ont eu ensemble un enfant âgé de 9 mois qu'il n'a pas pu reconnaître du fait de son incarcération, qu'ils sont hébergés chez un oncle à Saint-Nazaire, qu'il n'a plus de famille en Algérie et qu'il devait subir une opération à l'épaule gauche le 7 juillet 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que l'intéressé allègue sans l'établir, à défaut de produire quelque justificatif que ce soit, être en concubinage et avoir même un enfant, dont il indique à l'audience sans le démontrer qu'il serait français, et, d'autre part, qu'il a été condamné à une peine d'emprisonnement ferme de 16 mois pour des infractions aux législations sur les étrangers et sur les stupéfiants et a passé au centre pénitentiaire de Nantes une partie de son séjour en France. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

11. M. A n'établit pas qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, l'Algérie, en se bornant à faire état de ce qu'il doit subir une opération à l'épaule gauche sans justifier de la gravité de son état de santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 3.1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. /(). ".

13. Pour les motifs exposés au point 9 le moyen tiré de l'atteinte portée à l'intérêt supérieur de l'enfant et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

14. M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article 5 de la directive 2008/115/ CE, dès lors que cette directive a donné lieu à une transposition dont la complétude n'est pas contestée.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Charlotte Tournier et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu sur le siège le 12 juillet 2024.

Le président rapporteur,

Benoist D

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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