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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402774

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402774

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE - CRA OLIVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2024 et un mémoire en réplique enregistré le 8 juillet 2024, M. H, représenté par Me Achille Da Silva, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'être admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Orne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- les décisions distinctes attaquées sont signées d'une autorité dont la délégation de signature régulière n'est pas établie ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Da Silva pour M. F, présent à l'audience, assisté de M. A G, interprète en langue arabe, et les observations du requérant lui-même, qui confirment les écritures, en y ajoutant les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et une demande d'assignation à résidence.

Le préfet de l'Orne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 14 h 50 après que la partie requérante a formulé ses observations, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /(). ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence à statuer sur la requête de M. F, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

3. M. F, ressortissant tunisien né le 19 décembre 1990, dont le placement en rétention au centre de rétention administrative d'Olivet a été prolongé par une ordonnance du 6 juillet 2024 de la juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans, demande au président du tribunal d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Orne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

En ce qui concerne la légalité externe :

4. Par un arrêté du 15 avril 2024, publié le lendemain au recueil spécial n° 8 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Orne a donné délégation à M. E I, directeur adjoint du directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de ce directeur, M. C D, les actes et décisions relevant de la police des étrangers, parmi lesquelles figurent les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions attaquées doit être écarté.

5. L'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de l'Orne comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, il est suffisamment motivé à l'aune des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont le requérant entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Dès lors que M. F ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, le préfet de l'Orne a pu légalement décider de l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 (1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort de l'arrêté en litige que, contrairement aux allégations du requérant à l'audience, le préfet n'a pas entendu fonder la mesure d'éloignement sur l'existence d'une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

7. M. F fait état de ce qu'il est entré en France en 2020 et qu'il vit depuis mai 2024 en concubinage avec une ressortissante française enceinte de ses œuvres et dont il ignore la date de naissance. Toutefois, l'intéressé est sans charge de famille et a déclaré être hébergé chez un tiers à Argentan. Il allègue sans l'établir avoir jamais entamé des démarches en vue de régulariser sa situation. Il n'est pas dépourvu d'attaches en Tunisie où résident plusieurs membres de la fratrie et où lui-même a vécu trente ans. Ainsi, compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressé et de l'absence d'attaches anciennes, intenses et stables établies sur le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Pour les motifs exposés au point précédent, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Pour les motifs exposés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation de M. F doit être écarté.

10. Il ressort de l'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de l'Orne que, pour décider de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. F, obligé de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale a estimé que le comportement de l'intéressé constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été placé en garde à vue le 3 juillet 2024 pour des faits de violences volontaires sur conjoint, menace de mort par objet sur conjoint et détention de produits stupéfiants. Compte tenu de ces éléments, et alors que le requérant a minimisé à l'audience la gravité des violences commises sur sa compagne et indiqué ne pas être poursuivi pénalement à raison de ces faits, le préfet de l'Orne n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation en retenant le motif tiré de la menace pour l'ordre public. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. F pour se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

11. Dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. F pour quitter le territoire français, et que celui-ci ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, le préfet de l'Orne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, compte tenu de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France et de l'absence de justification par lui d'attaches anciennes, intenses et stables en France, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en fixant à trois années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. Pour les motifs exposés au point 7, la décision portant interdiction de retour de M. F sur le territoire français pendant une durée de trois ans n'a pas été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Le moyen invoqué par M. F tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut donc qu'être écarté.

14. Le président du tribunal administratif ne tirant d'aucune disposition la faculté de substituer à la mesure de rétention litigieuse une mesure d'assignation à résidence, les conclusions de M. F tendant à être assigné à résidence sont irrecevables et ne peuvent donc qu'être rejetées.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. F doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J F et au préfet de l'Orne.

Rendu sur le siège le 8 juillet 2024.

Le président rapporteur,

Benoist B

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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