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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402784

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402784

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402784
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantYAMBA-TAMBIKISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 juillet 2024 et le 9 juillet 2024 sous le numéro 2402784, M. C B, représenté par Me Yamba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire d'instruire sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris dans le cadre d'une interpellation et il n'a pu présenter aucun élément ni justifier de sa demande de titre de séjour et de ce qu'il est le père d'un enfant français ; ainsi la décision méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il produit les éléments justifiant sa situation.

Par un mémoire enregistré le 8 juillet 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II- Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 juillet 2024 et le 9 juillet 2024 sous le numéro 2402785, M. C B, représenté par Me Yamba, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'assigné à résidence dans le département d'Indre-et-Loire.

Il soutient que :

- ni l'obligation de quitter le territoire français ni la décision litigieuse n'ont été précédées de la procédure de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ; aucun examen de sa situation n'a été réalisé ; les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Yamba, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre qu'il a produit les justificatifs de la demande de titre de séjour et qu'ainsi le préfet n'a pas procédé à un examen de la situation du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes présentées pour M. B concernent la situation d'un même requérant, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par le même jugement.

2. M. B, ressortissant marocain né en 1989 à Berkane, est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa de long séjour valable du 2 septembre 2019 au 2 septembre 2020. Il a été interpellé le 4 juillet 2024 par les forces de police et placé en garde à vue pour violences conjugales. Par un arrêté du 4 juillet 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a obligé le requérant à quitter le territoire français sans délai, sur le fondement des 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du même jour, le préfet d'Indre-et-Loire a assigné le requérant à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours.

En ce qui l'obligation de quitter le territoire français :

3. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal établi par les services de la police judiciaire le 4 juillet 2024, que M. B a été entendu par ces services dans le cadre de la procédure de retenue administrative dont il a fait l'objet. Le procès-verbal d'audition précité indique que le requérant a été entendu sur sa situation familiale et matérielle ainsi que sur l'irrégularité de sa situation administrative et l'existence de démarches entreprises en vue d'y remédier. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant été suffisamment avisé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été empêché de faire valoir les informations pertinentes tenant à sa situation administrative et personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit adopté l'arrêté en litige. Dans ces conditions, M. B ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, pour lesquelles le législateur a entendu, avec le livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

5. S'il soutient qu'il avait présenté une demande de titre de séjour et qu'il est le père d'un enfant français né le 3 juin 2023 de sa relation avec une ressortissante française, le requérant ne produit toutefois aucun élément, qu'il est à seul à même de produire, établissant la réalité et l'intensité de la relation alléguée, autre que le livret de famille et une attestation d'EDF. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 et, en tout état de cause, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. La décision litigieuse mentionne au demeurant que le requérant a déjà été interpellé par les services de police pour menace de mort réitérée commise par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant n'a pas été examiné que par le préfet.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

6. Si le requérant soutient que la décision du 4 juillet 2024 l'assignant à résidence dans le département d'Indre-et-Loire n'a pas été précédée d'un examen de sa situation, le moyen doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 et en tout état de cause de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc A

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2402784

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