lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402803 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL BAUR ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 juillet 2024, le 9 juillet 2024 et le 15 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Kanté, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de cette interdiction ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant qu'il constituait une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant mineur tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant mineur tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est illégale en ce qu'elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet n'ayant pas exercé son pouvoir d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant mineur tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
- l'annulation de cette décision devra entraîner l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Par un mémoire, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dicko-Dogan pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Kanté, représentant M. A, et du requérant lui-même, assisté par M. F, interprète en langue arabe.
Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue après ces observations orales, à 14 heures 58.
Le dispositif du jugement assorti de la formule exécutoire a été communiqué sur place aux parties présentes à l'audience qui en ont accusé réception.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 5 septembre 2002, déclare être entré irrégulièrement en France en 2021. Il a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 10 février 2023. Par un jugement du tribunal correctionnel d'Angers du 4 octobre 2023 il a été condamné à huit mois d'emprisonnement délictuel à titre de peine principale assortie d'une interdiction d'entrer en contact avec les victimes pour une durée de trois ans à titre de peine complémentaire. Le 9 février 2024, il a été condamné par le tribunal correctionnel d'Angers à trois mois d'emprisonnement. M. A a été incarcéré à la maison d'arrêt d'Angers du 2 octobre 2023 au 8 juillet 2024. Libéré le 8 juillet 2024, M. A a fait l'objet le même jour d'un placement au centre de rétention administrative d'Olivet, en vue de l'exécution de l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de cette interdiction. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
4. En premier lieu, l'arrêté en litige ne comportant aucun refus de titre de séjour, M. A n'ayant déposé aucune demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation, les moyens relatifs à la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et invoqués à l'encontre d'une telle décision ne peuvent qu'être écartés.
5. En second lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet et par délégation par M. C E, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers. Par un arrêté du n° 2024-08 du 28 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er mars 2024, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation de signature à M. E à l'effet de signer, notamment : " () h) Les décisions d'éloignement des étrangers (obligations de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, décisions fixant le pays de renvoi, d'interdiction de retour, suppression de délai départ volontaires () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué du 3 juillet 2024 doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui rappelle les dispositions citées au point précédent, indique que l'intéressé a été condamné à huit mois d'emprisonnement délictuel à titre de peine principale assortie d'une interdiction d'entrer en contact avec les victimes pour une durée de trois ans à titre de peine complémentaire pour vol avec destruction ou dégradation, tentative et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique par le tribunal correctionnel d'Angers, le 4 octobre 2023 et qu'il a été condamné le 9 février 2024 à trois mois d'emprisonnement délictuel pour recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement et détention non autorisée de stupéfiant. Le préfet de Maine-et-Loire, qui n'avait pas à rappeler l'ensemble des éléments de la situation, notamment familiale, du requérant, a ainsi indiqué avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du fichier traitement d'antécédents judiciaires que M. A a fait l'objet de signalements pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui commis le 17 juillet 2022, d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique commis le 7 octobre 2022, de vol en réunion commis le 14 octobre 2022, de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D commis le 14 octobre 2022, de violation de domicile commis le 8 février 2023, d'usage illicite de stupéfiants, d'acquisition non autorisée de stupéfiants, de transport non autorisé de stupéfiants, d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, de détention non autorisée de stupéfiants commis le 14 mars 2023, de vol aggravé par deux circonstances et dégradation ou détérioration de bien d'autrui commise en réunion, le 20 septembre 2023. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné à une peine principale de huit mois d'emprisonnement délictuel assortie d'une interdiction d'entrer en contact avec les victimes pour une durée de trois ans à titre de peine complémentaire pour vol avec destruction ou dégradation, tentative et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique par le tribunal correctionnel d'Angers, le 4 octobre 2023 et qu'il a également été condamné le 9 février 2024 à trois mois d'emprisonnement délictuel pour recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement et détention non autorisée de stupéfiant. Eu égard à la gravité des faits commis par M. A et au caractère répété des infractions commises le préfet de
Maine-et-Loire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public et en l'obligeant, pour ce motif, à quitter le territoire français.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. A soutient qu'il réside régulièrement en France depuis 2021 où résident ses frères, qu'il y a fixé le centre de sa vie privée et familiale notamment auprès de sa concubine et de son fils né le 10 mai 2024 et qu'il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. S'il ressort des pièces du dossier et notamment des courriers non datés, des photographies et des convocations au parloir que M. A est en couple avec une ressortissante française, Mme B, avec laquelle il a eu un fils né en mai 2024, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette relation est récente, l'intéressé n'établissant pas la réalité et la stabilité de la relation avant son incarcération en octobre 2023 par la seule production de deux photographies et alors même que le précédent arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 10 février 2023 mentionne que M. A s'est déclaré " célibataire et sans enfant ". Il ressort également des pièces du dossier que le requérant est sans emploi, s'est régulièrement déclaré auprès des autorités administratives comme étant sans domicile fixe et n'établit pas l'intensité de ses relations avec ses frères qui résident sur le territoire français. Enfin, l'intéressé ne serait pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident encore ses parents et ses trois sœurs. Ainsi, et eu égard à la gravité des faits qu'il a commis, la mesure d'éloignement prise à son encontre ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but d'ordre public poursuivi par le préfet de Maine-et-Loire. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
12. Ainsi qu'il a été dit au point 10, si M. A est père d'un enfant français né en mai 2024, il ne justifie toutefois pas, par la production d'aucune pièces justificatives, qu'il contribuerait effectivement et habituellement, à l'éducation et à l'entretien de cet enfant né durant son incarcération. L'obligation faite à M. A de quitter le territoire français n'est ainsi pas de nature à priver l'enfant de la présence d'une personne qui participerait effectivement et de manière habituelle à son éducation ou à son entretien dans des conditions mettant en cause son intérêt supérieur. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français a pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, la situation de son enfant. Par suite, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant au sens des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. En dernier lieu, M. A ne peut utilement invoquer les risques encourus en Tunisie à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est distincte de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
15. La décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, qui constitue une mesure distincte de l'obligation de quitter le territoire français, doit faire l'objet d'une motivation spécifique.
16. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui fait obligation à M. A de quitter le territoire français " à destination de tout pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible " permet ainsi de procéder à l'éloignement du requérant à destination de la Tunisie, pays dont il a la nationalité. L'arrêté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Maine-et-Loire a fait application et indique que M. A est de nationalité tunisienne. L'arrêté attaqué précise en outre que l'intéressé n'établit pas de risques auxquels il pourrait être exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen manque en fait et doit être écarté.
17. En deuxième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui est dit aux points 4 à 13 ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.
18. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
19. En dernier lieu, pour les mêmes éléments que ceux développés aux points 9 à 12, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
20. En premier lieu, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, qui cite les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que l'intéressé entre dans le champ d'application de ces articles, dès lors qu'il représente une menace pour l'ordre public. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.
21. En deuxième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui est dit aux points 4 à 13 ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.
22. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A, avant de lui refuser un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée de ce chef la décision en litige doit être écarté.
23. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
24. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet s'est fondé sur la circonstance selon laquelle l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public. Pour ce seul motif, le préfet de Maine-et-Loire pouvait prendre la mesure refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. A. Une telle décision n'est entachée ni d'une erreur de droit, ni d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
25. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas opérant au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant refus d'un délai de départ volontaire.
26. En dernier lieu, à supposer même que l'intéressé puisse utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant à l'encontre d'un refus de départ volontaire, il résulte de ce qui a été dit au point 12, que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les dispositions précitées. Par suite le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
27. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
28. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise les motifs pour lesquels le préfet prononce une interdiction de retour sur le territoire français, au regard des critères fixés par la loi. Par suite, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait.
29. En deuxième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui est dit aux points 4 à 19 ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français et la décision refusant un délai de départ volontaire ne sont pas entachées des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
30. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être en France depuis 2021, s'est maintenu sur le territoire français et ne justifie pas avoir demandé son admission au séjour. S'il ressort des pièces du dossier qu'il peut être déduit une présence sur le territoire à compter de juillet 2022, date de signalement de faits relatifs à la dégradation ou la détérioration d'un bien appartenant à autrui, M. A n'apporte aucun élément permettant d'attester de sa présence avant cette date. De surcroît, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que l'intéressé a fait l'objet, le 10 février 2023, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, ainsi que d'une décision du même jour portant assignation à résidence et pour laquelle il ressort du procès-verbal de carence en date du 3 avril 2023 que M. A a cessé de pointer au commissariat à compter du 17 mars 2023. Le requérant ne fait en outre état d'aucune circonstance humanitaire qui ferait obstacle à la mesure contestée. Par suite, eu égard à la gravité des faits qu'il a commis, et alors même qu'il justifie de sa récente relation avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un fils né en mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, fixer à trois années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que celles présentées à fin d'injonction et celles relatives au frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est accordé à titre provisoire à M. A.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à D A et au préfet de Maine-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Fatoumata DICKO-DOGAN
La greffière,
Florence PINGUETLa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026