vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402835 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FROUJY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrées les 8 juillet et 11 et 12 septembre 2024, M. C A B, représenté par Me Froujy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a imposé une obligation de pointage ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à titre infiniment subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A B soutient que :
- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :
* est entachée d'une erreur de droit et de faits ;
* est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* méconnaît les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;
* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de pointage administratif :
* est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;
* est disproportionnée.
Par un courrier enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de Loir-et-Cher a communiqué au Tribunal un arrêté du 30 août 2024 par lequel il a assigné à résidence M. A B.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A B n'est fondé.
Le cabinet Actis Avocats s'est constitué au profit du préfet de Loir-et-Cher le 9 septembre 2024.
Par une décision du 23 août 2024, le bureau d'aide juridictionnelle d'Orléans a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1, L. 776-2 et R. 776-1 à R. 776-34, L. 777-2 et R. 777-2 à R. 777-2-5 du code de justice administrative dans leur rédaction antérieure au 15 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- et Me Jacquard, représentant le préfet de Loir-et-Cher, absent, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.
M. A B n'était ni présent ni représenté.
Après avoir reporté à l'audience la clôture d'instruction au mardi 17 septembre 2024 à 14 heures.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain, né le 1er janvier 1977 à Sidi Smaïl (Royaume du Maroc), est entré au Royaume d'Espagne par le port d'Algésiras le 21 mars 2010 muni d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type D délivré par les autorités italiennes et valable du 13 mars au 12 septembre 2010 puis, selon ses déclarations, en France en juin 2010. L'intéressé a été bénéficiaire de titres de séjour du 11 octobre 2012 au 5 mars 2019 en qualité de conjoint de Français puis, suite à la séparation du couple, d'une carte de séjour temporaire en qualité d'auto-entrepreneur renouvelé chaque année jusqu'au 26 juillet 2023. Suite à sa demande de renouvellement de ce titre de séjour en date du 31 mai 2023, par arrêté du 4 juin 2024 notifié le 7 suivant, le préfet de Loir-et-Cher a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une obligation de pointage afin d'indiquer les démarches engagées par ses soins dans le cadre de la préparation de son départ. Par arrêté du 30 août 2024 notifié le 5 septembre 2024, la même autorité l'a assigné à résidence. M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 4 juin 2024.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour :
2. M. A B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le renouvellement de son droit au séjour, décision contenue dans le même arrêté que celui contenant la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée et donc notifiée au même moment. Lorsqu'un ressortissant étranger fait l'objet d'une assignation à résidence comme en l'espèce, il appartient seulement au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il a désigné de se prononcer, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable au contentieux de la présente décision qui est antérieure au 15 juillet 2024, sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et non sur les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour dont la formation collégiale demeure saisie. Par suite, les conclusions de la requête de M. A B présentées aux fins d'annulation de la décision, figurant à l'arrêté du 4 juin 2024, par laquelle le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le séjour, ainsi que les conclusions et injonctions y afférentes, doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation des autres décisions en litige :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
Quant à l'exception d'illégalité du refus de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale' d'une durée maximale d'un an. ".
4. Pour refuser la demande de titre de séjour à M. A B sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet de Loir-et-Cher a retenu que l'intéressé n'apportait aucun élément permettant d'attester d'une activité régulière avec des ressources suffisantes, que le registre de tenue de son activité n'est plus tenu depuis 2018 et qu'il a déclaré travailler en intérim quand il ne trouve pas de voitures à réparer puis à revendre alors qu'il n'a pas le droit d'exercer une activité salariée sous couvert de son titre de séjour " auto-entrepreneur ". Il ressort des pièces du dossier une très faible déclaration de revenus au titre de chacune des années fiscales de 2020 à 2023. Les déclarations trimestrielles de chiffres d'affaires pour le quatrième trimestre 2021 et les premier, deuxième et quatrième trimestres 2023, outre qu'ils sont insuffisants dès lors qu'il manque au dossier l'ensemble des déclarations trimestrielles, sont peu probantes dès lors que le chiffres d'affaires déclaré de vente de marchandises est systématiquement un nombre dit " rond " à savoir respectivement 3 000, 8 000, 12 000 et 6 000 euros. Par ailleurs, les fiches de paie produites démontrent une activité salarié incompatible avec le titre de séjour fondé sur les dispositions précitées. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait, en lui refusant le séjour, méconnu les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité administrative n'a davantage entaché à cet égard sa décision d'aucune erreur de fait ni d'aucun défaut d'examen de sa demande de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de fait et du défaut d'examen doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. A B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il vit en France depuis 2010, soit près de quinze années, ayant été en situation régulière depuis 2012 et est parfaitement inconnu des services de police. Toutefois, il est de jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l'homme que la seule durée de présence d'un ressortissant étranger sur le territoire ne justifie pas l'existence d'une vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (13 mai 2003, Chandra c. Pays Bas, n°53102/99 ; 6 juillet 2006, Yash Priya c. Danemark, n°13594/03). Par ailleurs, il n'apporte aucun élément d'existence d'une vie privée et familiale établie en France. Enfin, M. A B, célibataire ou à tout le moins séparé et sans enfant à charge, ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 33 ans. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En dernier lieu, les documents cités au point 4, eu égard à leur faible valeur probante ou à la faiblesse des revenus, ne permettent pas de considérer M. A B comme justifiant d'une intégration professionnelle suffisante en France. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de M. A B doit être écarté.
Quant à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
9. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige par voie de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour doit, pour les motifs précisés aux points 4, 6 et 7, être écarté.
10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux cités au point 6.
En ce qui concerne la décision portant obligation de pointage administratif :
11. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".
12. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige par voie de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour doit, pour les motifs précisés aux points 4, 6 et 7, être écarté.
13. En tant qu'il fixe une obligation de présentation au commissariat de Blois les mardis et jeudis à 8 h 30, l'arrêté du 4 juin 2024 du préfet de Loir-et-Cher ne détermine pas des modalités entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 4 juin 2024, par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une obligation de pointage administratif.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. A B tendant à l'annulation de la décision du 4 juin 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et les conclusions en injonction y afférentes sont renvoyées en formation collégiale.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA
Le greffier,
Sébastien BIRCKEL
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026