lundi 27 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402841 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | VIEILLEMARINGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par heure de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est également entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dans l'application de ces dernières dispositions ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- les décisions relatives au délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi seront annulées par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Dicko-Dogan a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 3 novembre 2005, est entrée irrégulièrement en France le 10 septembre 2022 selon ses déclarations. Le 24 novembre 2023, elle a demandé son admission au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 juin 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande, a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
2. En premier lieu, d'une part, la décision portant refus de titre de séjour, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, et en particulier les articles L. 435-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique de manière précise les motifs pour lesquels le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande, en précisant notamment que la requérante ne justifie pas de considérations humanitaires ou exceptionnelles, qu'elle n'est pas entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois et ce alors qu'elle n'était pas dispensée de présenter un tel visa. D'autre part, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour qui est suffisamment motivée, ainsi qu'il vient d'être dit. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à Mme A, le préfet d'Indre-et-Loire s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas du visa de long séjour exigé par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce dont il est constant. La requérante fait cependant valoir qu'elle remplissait les conditions posées à l'article L. 422-1 du même code, pour être dispensée de visa de long séjour. Toutefois, si ces dispositions permettent au préfet, notamment en cas de nécessité liée au déroulement des études, d'accorder un titre de séjour portant la mention " étudiant " sans que soit opposable la condition de visa de long séjour, c'est sous réserve d'une entrée régulière en France. Or, il est constant que Mme A n'est pas entrée régulièrement en France. Au demeurant, en se bornant à soutenir qu'elle est inscrite en première STMG dans un lycée à Tours pour l'année 2023-2024, elle n'établit pas l'existence d'une nécessité liée au déroulement de ses études. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, ni entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de Mme A, que le préfet d'Indre-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Mme A fait valoir sa présence en France depuis deux ans et la circonstance qu'elle a fui son pays d'origine avec sa mère et ses frère et sœur en raison des menaces et représailles qu'elle y subissait du fait de l'engagement politique de son père. Cette circonstance, qui n'est pas établie, n'est pas constitutive d'une circonstance humanitaire ni d'un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce alors que l'intéressée est entrée récemment en France, que sa mère est en situation irrégulière et qu'elle ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Le moyen tiré de ce que le préfet d'Indre-et-Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour doit donc être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas, en édictant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme A, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises, et ce malgré la scolarisation de l'intéressée en France pendant deux ans. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Mme A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait contraire à l'intérêt supérieur de ses frère et sœur mineurs, dont elle serait séparée si elle était seule à retourner dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mère de la requérante est en situation irrégulière en France et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale soit reconstituée hors de France, et en particulier en République démocratique du Congo, pays dont ils ont tous la nationalité. Le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut ainsi qu'être écarté.
11. En dernier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français par voie de conséquence. En outre, Mme A n'ayant pas formellement présenté de conclusions à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi, contenues dans l'arrêté du 14 juin 2024, le moyen qu'elle invoque à l'encontre de ces décisions, tiré de l'annulation de ces décisions par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français, est inopérant. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit, que cette dernière décision n'étant pas illégale, le moyen ne pourrait qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.
La rapporteure,
La présidente,
Fatoumata DICKO-DOGAN
Sophie LESIEUX
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026