mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402850 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | CABINET DUPLANTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, Mme B F née D, représentée par Me Gaëlle Duplantier, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la République de Guinée comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de l'admettre au séjour pendant le temps de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son avocat, la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la préfète du Loiret a entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'était pas tenue de prendre l'obligation de quitter le territoire attaquée ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, n'est pas motivée et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Duplantier, avocate de Mme C, et de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C née D, ressortissante de la République de Guinée née le 25 mai 1995, a déclaré être entrée en France le 26 octobre 2022 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 15 décembre 2022, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 11 août 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 15 janvier 2024 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du
20 juin 2024, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République de Guinée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la requête :
4. En premier lieu, la requérante soutient que la préfète du Loiret a commis une erreur de droit car, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'était pas tenue de prendre une obligation de quitter le territoire au motif que sa demande d'asile et de protection subsidiaire avait été définitivement rejetée. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret, qui a examiné l'ensemble de la situation de l'intéressée, se serait crue liée par les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut être accueilli.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen attentif et particulier de la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure ne peut être accueilli.
6. En troisième lieu, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en se prévalant de craintes en cas de retour dans son pays d'origine en faisant valoir qu'en raison des activités professionnelles de son époux, chauffeur du commandant A E, fortement impliqué dans le coup d'Etat ayant renversé le président Alpha Condé, elle a subi des sévices alors que son mari n'était plus là pour la protéger, qu'elle a été enlevée et séquestrée pendant dix jours, interrogée et maltraitée, qu'elle a été libérée en raison de son mauvais état de santé et qu'elle a fui vers le Sénégal où elle a retrouvé son mari puis est partie pour la Turquie. Elle fait aussi valoir que sa belle-famille, qui lui est totalement hostile, a repris ses enfants, que son petit garçon est décédé des suites de mauvais traitements, que ses deux filles ont été excisées malgré son opposition et ont été confiées comme domestiques, que sa dernière fille, âgée de sept ans est exposée à ce même risque d'excision tandis que ses deux filles aînées sont exposées à des risques de viol. Elle en déduit qu'elle ne peut repartir dans son pays d'origine et souhaite rester en France pour présenter une demande de réexamen de sa demande d'asile. Toutefois, elle se borne à produire deux témoignages et le certificat de décès de son fils de quatre ans qui mentionne comme cause de la mort " dénutrition sévère et état de choc septique ". Ces éléments sont insuffisants pour établir la réalité de ses craintes. D'ailleurs, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. En outre, elle est entrée très récemment en France, le 26 octobre 2022. Elle n'établit pas, ni même n'allègue, avoir des liens familiaux ou amicaux anciens, stables et intenses en France et ne conteste pas que son mari et ses enfants, à l'exception de celui né en France en 2022, ne résident pas sur le territoire français. Rien ne fait obstacle à ce que son enfant né en France l'accompagne dans son pays d'origine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En quatrième lieu, il ressort de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
9. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
10. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
11. L'arrêté attaqué rappelle les termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que nonobstant le fait que la requérante n'ait pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public, elle ne peut justifier d'une ancienneté de présence sur le territoire français et d'une vie familiale ou amicale établie sur ce territoire car elle déclare être mariée, que son conjoint ne réside pas en France et qu'elle est la mère de cinq enfants mineurs, dont un présent en France dont la situation est indissociable de la sienne.
12. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret se serait crue en situation de compétence liée pour prendre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée.
13. D'autre part, il ressort de ce qui a été dit au point 11 que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée et satisfait aux prescriptions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Enfin, la requérante soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'un an est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, pour les motifs rappelés au point 11, dont la réalité n'est pas sérieusement contestée, la préfète du Loiret n'a pas pris une mesure disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C née D est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête présentée par Mme C née D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F née D et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026