jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402886 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL BAUR ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 13 juillet 2024, le 15 juillet 2024 et le 20 juillet 2024, sous le n° 2402886, M. B F, représenté par Me Kanté, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise a prononcé son maintien en rétention administrative et a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en le signalant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et à défaut de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 13 juillet 2024 est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la procédure est irrégulière au regard de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de ses craintes réelles en cas de retour dans son pays d'origine ;
- l'arrêté du 9 juillet 2024 en ce qu'il porte obligation de quitter le territoire français est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire du 9 juillet 2024 est insuffisamment motivée ;
- elle est contraire aux objectifs de la directive dite " Retour " ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi du 9 juillet 2024 est illégale en ce qu'il risque de subir des traitements inhumains ou dégradants ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français du 9 juillet 2024 est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Kanté, représentant M. E qui soutient également que les conditions d'interpellation étaient irrégulières ;
- de M. E qui répond aux questions posées par le tribunal ;
La préfète de l'Oise n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h24.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant centrafricain, a fait l'objet le 9 juillet 2024 d'un arrêté de la préfète de l'Oise l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'une année. Il a été placé en rétention. M. E a sollicité, en rétention, l'octroi d'une protection internationale. Par l'arrêté attaqué du 13 juillet 2024, la préfète de l'Oise a décidé de maintenir en rétention le temps de l'examen de sa demande de protection par l'OFPRA.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2024 :
4. Les conclusions dirigées contre l'arrêté du 9 juillet 2024, présentées dans le mémoire enregistré le 20 juillet 2024, doivent être rejetées étant entendu que le requérant a initié un recours contre cet arrêté par une requête enregistrée sous le n° 2402848, sur laquelle il a été statué par une décision du 25 juillet 2024. Par suite, tous les moyens soulevés à l'encontre de cet arrêté du 9 juillet 2024 doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté 13 juillet 2024 :
5. En premier lieu, l'arrêté du 13 juillet 2024 a été signé par Mme C D, directrice de cabinet de la préfecture de l'Oise, auquel la préfète établit avoir délégué sa signature aux fins de signer toute décision relevant des attributions de l'État dans le département de l'Oise, par un arrêté en date du 1er juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".
7. La décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
9. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. E a été mis à même, lors de son audition par les services de police le 9 juillet 2024, de présenter toute observation utile sur son parcours migratoire, sur les démarches effectuées aux fins d'obtention d'une protection internationale. S'il ne peut être établi que M. E aurait été informé de la possibilité que soit prise à son encontre une décision le maintenant en rétention à la suite du dépôt d'une demande de protection internationale en rétention, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait eu à faire valoir, s'il tel avait été le cas, des éléments pertinents de nature à influencer le contenu de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. E à être entendu doit être écarté.
11. En quatrième lieu, le requérant soutient qu'il a des craintes en cas de retour dans son pays d'origine en raison de sa conversion au christianisme, du décès de ses parents, d'une agression de la part de la milice anti-balakas, du décès de sa sœur survenu en 2020, de l'incendie de sa maison. Toutefois, l'arrêté souligne que le requérant a été débouté d'une précédente demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 janvier 2023 et qu'il n'avait pas exprimé le souhait de demander le réexamen de sa demande d'asile avant d'être placé en rétention. Il n'apporte aucun élément probant de nature à justifier le dépôt de sa demande de réexamen plus d'un an après le rejet définitif de sa première demande de protection internationale. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant dilatoire la demande de protection internationale formée par l'intéressé en rétention.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2024 par laquelle la préfète de l'Oise l'a maintenu en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et à la préfète de l'Oise.
Lu en audience publique le 25 juillet 2024
La magistrate désignée,
Anne-Laure A
La greffière,
Céline BOISGARDLa République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026