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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402921

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402921

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE - CRA OLIVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2024, M. E A, représenté par Me Beaufreton, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2024 par lequel la préfète du Loiret a maintenu son placement en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine.

La procédure a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Beaufreton, représentant M. E A qui demande que le tribunal enjoigne au préfet de procéder au réexamen de sa situation, et de M. E A, assisté de M. D, interprète en langue arabe ;

- la préfète du Loiret n'étant ni présent ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h25.

Considérant ce qui suit :

1. M E A, ressortissant soudanais, né le 5 février 1980, est entré sur le territoire français en juin 2008. Sa demande de protection internationale a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 25 octobre 2008, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 avril 2010. Il a été placé en centre de rétention administrative suite à son interpellation par des policiers le 8 juillet 2024. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 13 juillet 2024. Par un arrêté 13 juillet 2024, la préfète du Loiret a décidé de maintenir son placement en rétention administrative en notant que la demande d'asile était dilatoire. Par une décision du 18 juillet 2024, l'OFPRA a déclaré sa demande de réexamen irrecevable.

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, l'arrêté du 13 juillet 2024 est signé de M. C F, directeur de cabinet de la préfète du Loiret, qui, aux termes de l'article 2 de l'arrêté réglementaire n° 45-2023-10-23-00004 du 23 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2023-325 mis en ligne sur le site électronique de la préfecture dans la rubrique " Recueil des actes administratifs ", a reçu délégation de la préfète du Loiret à l'effet de signer, lors des permanences qu'il est amené à assurer " les décisions de maintien en local administratif ne dépendant pas de l'administration pénitentiaire d'étrangers faisant l'objet d'une mesure d'éloignement ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C F n'aurait pas assuré la permanence du corps préfectoral à la date de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

4. L'arrêté attaqué énonce les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Il est dès lors suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, le requérant soutient craindre pour sa vie en cas de retour au Soudan, pays qu'il a fui l'âge de 17 ans après l'assassinat des membres de sa famille, du fait de la situation de conflit au Darfour, dont il est originaire. Il soutient que la situation sécuritaire au Darfour se dégrade. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa demande de protection internationale a été définitivement rejetée par un jugement de la cour nationale du droit d'asile le 6 janvier 2010. Le requérant n'a pu justifier des raisons pour lesquelles il a attendu d'être placé en rétention à l'issue de son incarcération pour solliciter le réexamen de sa demande d'asile. Par ailleurs, la situation sécuritaire au Soudan ou la circonstance, non démontrée, que le requérant serait susceptible d'être persécuté en cas de retour dans cet Etat, sont sans incidence sur l'appréciation du caractère dilatoire de sa demande d'asile en rétention, la décision de maintien en rétention, n'ayant ni pour objet ni pour effet d'éloigner le requérant vers son pays d'origine, n'est pas fondée sur les risques encourus par l'intéressé en cas de retour dans son pays d'origine mais sur des critères objectifs de nature à établir que la demande d'asile présentée en rétention l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la préfète du Loiret n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant dilatoire la demande de protection internationale formée par M. E A en rétention.

6. Il résulte de ce qui précède que M. E A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2024 par lequel la préfète du Loiret a décidé de le maintenir en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E A et à la préfète du Loiret.

Lu en audience publique le 25 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Anne-Laure B

La greffière,

Céline BOISGARDLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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