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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402962

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402962

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant nigérian, qui contestait un arrêté préfectoral du 28 juin 2024 l’obligeant à quitter le territoire français. Le juge a écarté le moyen d’incompétence du signataire, la délégation de signature au secrétaire général de la préfecture étant régulièrement publiée. Il a également validé la fixation du Nigéria comme pays de destination, estimant que la décision était conforme à l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et que le requérant ne démontrait pas de risque personnel de traitements contraires à l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. Enfin, le tribunal a jugé que l’interdiction de retour d’un an n’était pas disproportionnée, compte tenu de la situation de l’intéressé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Karen Mellier, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le Nigéria comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son avocat, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente et méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète du Loiret n'était pas contrainte d'édicter une interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, la préfète du Loiret, représentée par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Mellier, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 11 novembre 1984, a déclaré être entrée en France le 8 mars 2022 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 17 juin 2022, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 31 août 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 29 décembre 2023 par la cour nationale du droit d'asile. Le 11 janvier 2024, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour pour raisons médicales. Sa demande a été rejetée par une décision du 12 février 2024 de la préfète du Loiret. Le 22 avril 2024, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée, pour irrecevabilité, par une décision du 29 avril 2024 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 16 mai 2024. Par l'arrêté attaqué du

28 juin 2024, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Nigéria et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2024-05-29-00001 du

29 mai 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture

n° 45-2024-142 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions de comptable public. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Dès lors que l'arrêté du 29 mai 2024, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Par ailleurs, l'arrêté attaqué vise la décision de délégation de signature précitée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ".

4. Le requérant soutient qu'il n'a pas donné son accord pour être renvoyé vers tout pays dans lequel il est légalement admissible et qu'il n'est légalement admissible vers aucun pays car son titre de séjour ukrainien est expiré, la guerre perdure en Ukraine et le Nigéria est un pays classé comme dangereux. Toutefois, en vertu du 3° de l'article L. 721-4 précité, l'administration a pu légalement décider qu'il pourra être éloigné vers tout pays susceptible de l'accueillir légalement. Si le requérant soutient que la fixation d'un autre Etat que le pays d'origine de l'étranger concerné par la décision fixant le pays de renvoi ne peut se faire qu'avec son accord et qu'il n'a pas donné un tel accord, il ne peut utilement se prévaloir de cette circonstance dès lors que cet accord est une condition d'exécution de la mesure d'éloignement et non de sa légalité. Ainsi, l'arrêté satisfait, en tout état de cause, aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient qu'il est nigérian, qu'il a fui son pays pour échapper à la mort et a demandé l'asile, qu'il faisait partie d'un groupe appelé " Youth Against Banditry " dont l'objectif était de défendre la jeunesse ainsi que leurs terres agricoles contre un groupe terroriste appelé " Bergers Peuls " qui terrorisait par des meurtres et des kidnappings la communauté dont il faisait partie. Toutefois, il ne produit aucun élément ou document de nature à établir qu'il ferait l'objet de persécutions ou de traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine sans pouvoir se prévaloir de la protection des autorités de ce pays. D'ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et par la cour nationale du droit d'asile et sa demande de réexamen de cette demande a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

8. D'une part, si le requérant soutient que ces dispositions ne contraignaient pas la préfète du Loiret d'édicter une interdiction de retour sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret se serait crue en situation de compétence liée pour prendre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée.

9. D'autre part, le requérant soutient qu'il ne peut pas retourner au Nigéria, qu'il voulait s'éloigner de l'Ukraine, qu'il est donc entré en France et a sollicité l'asile puis un titre de séjour, qu'il parle le français et s'est investi dans des associations, qu'en raison de sa pathologie, il s'interdit une relation amoureuse car il craint de contaminer sa partenaire et qu'il est parfaitement intégré et altruiste. Toutefois, il est entré très récemment en France. Il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir des liens familiaux ou amicaux intenses, stables et anciens sur le territoire français. Par ailleurs, la mesure d'interdiction de retour n'a pas pour objet de le renvoyer au Nigéria ou en Ukraine. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas pris une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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