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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402964

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402964

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402964
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. A B, représenté Me Selatna, par demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 30 mai 2024 par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B doit être considéré comme soutenant que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

* méconnaissent les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par une pièce enregistrée le 9 septembre 2024, le préfet de Loir-et-Cher a informé le Tribunal qu'il a édicté un arrêté pris le 30 août et notifié le 9 septembre suivant assignant M. B à résidence.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 11 septembre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 17 septembre 2024, M. B, représenté par Me Toubale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mai 2024 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'annuler la décision du 30 août 2024 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 au titre de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- l'arrêté portant assignation à résidence :

* est disproportionnée ;

* est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle d'Orléans du 10 juillet 2024, l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% a été accordée à M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1, L. 776-2 et R. 776-1 à R. 776-34, L. 777-2 et R. 777-2 à R. 777-2-5 du code de justice administrative dans leur rédaction antérieure au 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Toubale, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre :

* à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour au motif :

** d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que M. B a déposé une demande d'asile dont il ne connaît pas encore les suites ;

** de l'atteinte portée à sa vie privée et familiale ;

** d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* à l'encontre de la décision portant assignation à résidence :

** l'erreur de droit dès lors que le recours formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français est suspensif en sorte qu'on ne peut lui opposer de s'en être soustrait ;

** l'erreur manifeste d'appréciation au regard de son caractère superflu dès lors qu'il respecte ses obligations de pointages dits administratifs contenues dans la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- et M. B qui indique être présent depuis quatre ans, qu'il a déposé dès son arrivée une demande d'asile tout en recherchant et trouvant parallèlement du travail et qu'il joue dans un club de football depuis trois ans.

Le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h02.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 7 février 1991 à Bouzegueme (République algérienne démocratique et populaire), est entré en France en janvier 2021 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité l'octroi d'un titre de séjour pour un motif lié au travail le 10 novembre 2023. Par arrêté du 30 mai 2024, le préfet de Loir-et-Cher a refusé à l'intéressé un titre de séjour, l'obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par arrêté du 30 août 2024, la même autorité l'a assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 30 mai 2024.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour :

2. M. B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le séjour, décision contenue dans le même arrêté que celui contenant la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée et donc notifiée au même moment. Lorsqu'un ressortissant étranger fait l'objet d'un placement en rétention administrative, il appartient seulement au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il a désigné de se prononcer, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable au contentieux de la présente décision qui est antérieure au 15 juillet 2024, sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision d'assignation à résidence ainsi que sur celles dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, refusant d'accorder un délai de départ volontaire et, le cas échéant, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et non sur les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour dont la formation collégiale demeure saisie. Par suite, les conclusions de la requête de M. B présentées aux fins d'annulation de la décision, figurant à l'arrêté du 30 mai 2024, par laquelle le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le séjour, celles à fin d'injonction qui s'y rattachent doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du refus de séjour :

3. Il ressort de la pièce communiquée à l'audience que M. B a déposé le 16 février 2021 une demande d'asile enregistrée par le préfet des Hauts-de-Seine. Une telle demande d'asile régulièrement enregistrée figure dans le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " accessible en consultation par les services des préfectures. En l'absence de tout élément établissant la suite donnée à cette demande d'asile, l'intéressé doit être considéré comme bénéficiant du droit au maintien sur le territoire en application de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le préfet peut toujours édicter un refus de séjour sur un autre fondement, il n'en demeure pas moins que cet élément relatif à la demande d'asile est important dans le parcours du requérant. Dans ces conditions, en l'état du dossier, le préfet de Loir-et-Cher a entaché son refus de séjour d'un défaut d'examen de la situation de M. B.

4. Il résulte ainsi de ce qui précède que le refus de délivrance d'un titre de séjour est illégal et emporte, par voie de conséquence dès lors qu'elle est exclusivement fondée sur le refus de séjour, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés dans le cadre de l'exception d'illégalité du refus de séjour, l'illégalité de la mesure d'éloignement dont M. B est donc fondé à demander l'annulation.

5. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire emporte, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination contenue dans le même arrêté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 731-1 (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

7. En premier lieu, eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de Loir-et-Cher réexamine la situation de M. B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

8. En deuxième lieu, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. B fait l'objet à la date de la notification du présent jugement.

9. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision du 30 mai 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et les conclusions accessoires dont elles sont assorties sont renvoyées en formation collégiale.

Article 2 : Les décisions du 30 mai 2024 par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'État (préfet de Loir-et-Cher) versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. B.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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