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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403014

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403014

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMEKARBECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024 et des pièces complémentaires enregistrées les 21, 22 et 23 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Mekarbech, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 notifié le 18 juillet 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire, a refusé de lui accorder un délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision disposait d'une délégation de signature régulière lui donnant compétence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été signée par une autorité incompétente.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été signée par une personne incompétente.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la perspective d'éloignement n'est pas raisonnable ;

- elle a été signée par une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article L. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Mekarbech représentant M. A, présent et assisté de M. B, interprète. Me Mekarbech précise que le requérant n'entend pas maintenir les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour, décision ne figurant pas dans l'arrêté du 12 juillet 2024 attaqué, arrêté dont le conseil n'avait pas copie au moment du dépôt de la requête. Me Mekarbech reprend les moyens de sa requête et fait valoir en ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour, que dès lors que M. A est déjà présent sur le territoire français, sa demande, doit être examinée au regard des dispositions de droit commun c'est-à-dire les dispositions du code du travail et plus précisément les articles L. 5221-2, R. 5221-3, R. 5221-11 et R. 5221-15 de ce code. Le préfet ne pouvait refuser d'examiner la demande de M. A au motif qu'il ne produit pas de contrat de travail visé par l'autorité compétente ou d'autorisation de travail sans avoir transmis la demande aux services compétents placés sous son autorité. M. A travaille depuis 2020 pour la société ayant effectué la demande d'autorisation de travail. La décision par laquelle le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. La décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation.

Le préfet d'Eure-et-Loir n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 23 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 10 octobre 1981, est entré sur le territoire français le 15 novembre 2015 selon ses déclarations. M. A a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié le 20 février 2023. Par le premier arrêté attaqué du 12 juillet 2024, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par une seconde décision attaquée du 12 juillet 2024 notifiée le 18 juillet 2024, M. A a été assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative dans leur version applicable, qu'en cas d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

3. Les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 12 juillet 2024 en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision et les conclusions relatives aux frais d'instance.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour :

4. Pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre, M. A soulève par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour au titre d'une telle activité. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation en faveur d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles l'accord subordonne la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas entaché cette appréciation d'une erreur manifeste.

7. Le requérant soutient qu'il travaille en France depuis plusieurs années. Il produit une attestation du gérant de l'entreprise de restauration dans laquelle il travaille selon laquelle il dispose des qualifications et des aptitudes nécessaires au travail en restauration et qui précise que M. A est motivé par le métier et apprécié des clients. Il ressort des pièces du dossier que le requérant dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis septembre 2020 à temps complet. Il n'est pas contesté par ailleurs que les services de la main d'œuvre étrangère ont délivré un avis favorable à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le requérant démontre son insertion professionnelle et sociale sur le territoire. Dès lors, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation, par la voie de l'exception, de la décision du 12 juillet 2024, par laquelle le préfet d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les décisions du 12 juillet 2024 refusant d'accorder un délai et fixant le pays de destination, qui se trouvent privées de base légale, doivent également être annulées, ainsi que, pour le même motif, l'arrêté du 12 juillet 2024 l'assignant à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. L'exécution du présent jugement, compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 12 juillet 2024, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de justice, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : L'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 12 juillet 2024 est annulé en tant qu'il fait obligation à M. A de quitter le territoire français, ne lui accorde pas de délai et fixe le pays de destination.

Article 3 : L'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 12 juillet 2024 portant assignation à résidence de M. A est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet d'Eure-et-Loir et à Me Mekarbech.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Armelle D

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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